Pour un Fonds québécois en journalisme international

Le fonds proposé par les auteurs serait géré par et pour les journalistes, et parrainé par la Fédération professionnelle des journalistes du Québec.
Photo: Anna Bryukhanova Getty Images Le fonds proposé par les auteurs serait géré par et pour les journalistes, et parrainé par la Fédération professionnelle des journalistes du Québec.

C’est devenu un lieu commun. Que ce soit par ses entreprises, ses échanges commerciaux, ses artistes, ses travailleurs humanitaires, ses délégations à l’étranger, les produits culturels étrangers et les quelque 50 000 immigrants qui arrivent chaque année, le Québec est plus que jamais traversé par la mondialisation. Mais au même moment, l’élection de Donald Trump, le Brexit et la montée des populismes de gauche comme de droite un peu partout dans le monde signalent une sérieuse remise en question de cette mondialisation, annonçant des années de turbulences qui ne manqueront pas de secouer le Québec.

Tout cela se produit alors que les médias d’information d’ici subissent de plein fouet la migration de leurs revenus publicitaires vers ces titans de ce « village global » en expansion que sont Google, Facebook et consorts. Si cette érosion des revenus publicitaires traditionnels a forcé les médias d’information québécois à innover pour survivre, elle a fait du financement des reportages à l’étranger un véritable défi. Malgré les efforts de plusieurs rédactions, les nouvelles internationales n’occupent depuis plusieurs années qu’entre 1 et 4 % de l’espace-temps dans l’ensemble des médias d’information, selon la firme Influence Communication.

D’où ce paradoxe : il est de plus en plus difficile de financer le reportage à l’étranger dans un Québec au destin toujours plus lié au reste du monde. Plus que jamais, une information internationale qui prend en compte nos débats de société, notre histoire et le rapport au monde qui nous est propre, est primordiale pour faire des choix de société éclairés.

Témoigner de réalités à l’étranger

Nous proposons donc la création d’un Fonds québécois pour le journalisme international dont le but sera d’aider les médias et les journalistes d’ici à témoigner de réalités à l’étranger pour le public d’ici. L’objectif n’est pas de créer un nouveau média ou une agence de presse québécoise consacrée à l’international, mais d’appuyer les journalistes et leurs rédactions afin de soutenir un droit de regard québécois sur le monde en haussant significativement l’offre d’information internationale aux Québécois.

Le fonds que nous voulons mettre sur pied sera géré par et pour les journalistes, et parrainé par la Fédération professionnelle des journalistes du Québec. Un comité de journalistes aura le mandat d’attribuer plusieurs bourses par année au mérite des dossiers pour des projets à l’étranger. Les bourses — allant de 500 à 9000 dollars, selon les projets — iront à tous les journalistes travaillant ou faisant de la pige pour des médias québécois. Ce comité se réunirait environ six fois par année et lors d’événements majeurs nécessitant le déploiement rapide de reporters sur le terrain. Chaque année, de 30 à 50 reportages originaux de plus apparaîtront chaque année autant dans les grands médias que dans les hebdomadaires.

Notre objectif est d’amasser 300 000 dollars pour financer les trois premières années d’activité du fonds en sollicitant les gouvernements, les fondations, les mécènes et les entreprises et par le truchement du socio-financement. Pour garantir l’indépendance du fonds, aucun bailleur n’aurait d’influence directe sur le choix des projets financés et sur les contenus diffusés.

Pour nous, ce fonds est une solution novatrice et d’impact pour soutenir le journalisme international d’ici et pour contribuer au droit de regard des Québécois sur le monde.

Pour en savoir plus : www.facebook.com/fondsjournalismeinterqc

2 commentaires
  • Pierre Fortin - Abonné 21 mars 2017 10 h 44

    Dépendance aux agences de presse


    On ne peut qu'adhérer à votre plaidoyer pour un meilleur journalisme portant sur les affaires internationales. Et cette préoccupation doit nous mener à constater d'abord notre dépendance aux grandes agences de presse que sont Agence France Presse (AFP), Associated Press (AP) et Reuters, lesquelles dominent outrageusement le marché de l'information internationale. Il faut fouiller les médias alternatifs pour découvrir ce qu'elles ne disent pas, ce qui ne signifie pas pour autant qu'elles nous le cachent.

    Bien sûr, ces agences ont leur utilité, mais elles ont aussi leurs défauts. On n'a qu'à jeter un œil à nos différents quotidiens pour y voir la répétition des mêmes articles émanant des mêmes sources. Or, il faut reconnaître l'immense pouvoir dont elles disposent en matière de choix rédactionnel. Autrement dit, ce sont souvent ces agences qui déterminent ce qui doit être traité et comment ce le sera, nos quotidiens n'ayant pas les moyens de les concurrencer sur ce terrain. Mais sommes-nous toujours bien servis ?

    Un exemple récent : le Huffpost Algérie a publié samedi dernier un article citant qu'une « Économiste de formation, âgée de 63 ans, Rima Khalaf a préféré démissionner de son poste de chef de la ESCWA [Commission économique et sociale pour l’Asie occidentale] plutôt que de retirer le rapport de sa commission accusant Israël de soumettre le peuple palestinien à un régime d’apartheid. Face à la presse, la Jordanienne a présenté sa démission comme un acte de protestation contre les pressions du SG de l'ONU Guterres. »

    Une recherche sur le site de AFP ne mène à aucun résultat concernant Rima Khalaf. Il s'agit pourtant d'un sujet de grande importance qu'on a jugé bon de ne pas diffuser.

    Source : http://www.huffpostmaghreb.com/2017/03/18/la-jorda

    Le rapport de la ESCWA : http://www.jadaliyya.com/content_images/file/Apart

  • François Beaulé - Abonné 21 mars 2017 12 h 54

    Le journalisme en crise

    Comme les auteurs, j'ai lu récemment l'importance des pertes du financement publicitaire des journaux au profit d'internet, principalement et de loin Facebook et Google. Sur un graphique qui se termine en 2015, on peut voir la courbe en forte pente décroissante pour les quotidiens et en forte pente croissante pour internet. On peut facilement extrapoler que la tendance se maintient et se maintiendra en 2016, 2017 et pour les années suivantes. Le journalisme de qualité sera de plus en plus difficile à financer.

    Le problème est grave. La démocratie a besoin d'un journalisme dynamique, d'abord au Québec et au Canada, avant de se préoccuper du journalisme international.

    Il faut revoir le financement de l'ensemble des médias en interdisant le financement publicitaire pour tous les médias. Actuellement, de plus en plus d'argent échappe aux entreprises de presse pour se retrouver dans la poche d'entreprises médiatiques qui ne pratiquent pas un véritable journalisme indépendant.

    Le problème est pressant et appelle une solution radicale. Notre démocratie est en jeu.

    La justification à l'origine du financement publicitaire des médias était d'augmenter les moyens dont disposaient les journaux pour informer adéquatement les citoyens. Avec le détournement actuel de ce financement, la justification disparaît. Répétons que ce sont les citoyens-consommateurs qui assument en fait le coût des publicités qui financent les médias.