Quel avenir pour le Vieux-Québec?

On peut craindre que la fermeture du Marché du Vieux-Port puisse servir de catalyseur à la mort du Vieux-Québec.
Photo: Pascal Germain / CC On peut craindre que la fermeture du Marché du Vieux-Port puisse servir de catalyseur à la mort du Vieux-Québec.

Après avoir parcouru un très récent article du New York Times intitulé « As France’s Towns Wither, Fears of a Decline in Frenchness » (27 février) et qui exposait le cas de la ville d’Albi, dans le sud de la France, on se rend compte que la préservation du coeur historique d’une ville tient beaucoup de la volonté politique de ses élus et de l’appui de ses élites pour que celui-ci reste vivant.

Des questions se posent à l’égard du Vieux-Québec et de son avenir. Comme Albi, qui s’est développé par des centres commerciaux et des restaurants de fast-food en banlieue pour conserver son dynamisme économique, au détriment de son coeur historique, est-ce que le Vieux Québec n’est pas en train de vivre cela également ? On peut craindre que la fermeture du Marché du Vieux-Port puisse servir de catalyseur à cet égard. Celui-ci représente un atout indéniable pour le quartier du Vieux-Québec. Ce lieu rassemble des services de proximité très importants pour les résidents du quartier, il est également fréquenté par un grand nombre de personnes de la ville de Québec et par des résidents d’autres municipalités. Enfin, le Marché du Vieux-Port est également un attrait touristique indéniable, les marchés sont fréquentés par les touristes dans toutes les villes du monde. Les touristes qui se rendent dans ce lieu souhaitent un contact avec des gens d’ici — c’est une des façons privilégiées de prendre contact avec le mode de vie des gens du pays ou de la région visitée.

Perte de résidents

La fermeture du Marché du Vieux-Port, prévue pour la fin de l’année 2018, ne sera pas sans conséquence. On ne peut que faire des hypothèses à cet égard, des hypothèses qui s’avèrent cependant fort plausibles. Certains restaurants fermeraient leurs portes, n’ayant plus à proximité l’accès aux produits frais dont ils se servent une très grande partie de l’année. Le quartier pourrait également perdre des résidents, ceux-ci souhaitant vraisemblablement avoir un accès plus facile à des services de proximité diversifiés, ce dont ils ne pourraient plus profiter. Cela pourrait risquer d’inverser la situation qui paraît commencer à s’améliorer, selon les indications fournies par les professeurs Berthold et Aubin, du Département de géographie de l’Université Laval et membres du Programme de recherche sur les quartiers centraux, à partir des données de recensement 2016, le quartier du Vieux-Port continue à attirer des résidents, la population y ayant augmenté de 5 % entre 2011 et 2016. Mais sans services de proximité, qu’en serait-il réellement ? Quant aux touristes, généralement attirés par des quartiers vivants, qu’en serait-il si le quartier, en voie de dévitalisation, se « désertifiait » ? Est-ce que le Vieux-Québec ne serait pas appelé à vivre une situation analogue ? C’est à craindre sérieusement.

En un mot, le quartier pourrait être appelé à changer d’allure et, peu à peu, se transformer à l’image de ce qu’Adam Nossiter décrit dans son article portant sur Albi. Si cela arrivait, il est clair qu’il faudrait blâmer les décideurs qui ne se sont pas préoccupés de la vitalité du quartier, vitalité qui ne peut être réelle sans que des résidents y vivent sur une base permanente, pas des spéculateurs qui achètent des bâtiments pour les louer grâce à des sites comme Airbnb.

Pour contrer ce mouvement que certains observent déjà sur le terrain, il faut donner aux habitants du quartier et à ceux qui pourraient souhaiter s’y établir les conditions nécessaires pour ce faire, ce qui suppose, entre autres, des services de proximité et des logement à des prix raisonnables, que la classe moyenne est en mesure d’assumer, de même que des parcs et une couverture végétale satisfaisante. L’objectif étant de garder le Vieux-Québec et le Vieux-Port vivants pour que le trésor historique que les générations précédentes nous ont légué continue de vivre et d’attirer l’intérêt de tous.