Éthique et culture religieuse: contre tous les dogmatismes

«Le cours d’ECR m’offre [...] l’occasion de parler de la spiritualité qui est la commune condition humaine (qu’on soit religieux ou pas)», plaide Christine Cossette.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir «Le cours d’ECR m’offre [...] l’occasion de parler de la spiritualité qui est la commune condition humaine (qu’on soit religieux ou pas)», plaide Christine Cossette.

Depuis quelque temps, le cours d’ECR est mis à mal par différents intervenants. Je prends la peine de lire patiemment tout ce qu’on en dit. Aujourd’hui, je voudrais rompre ce silence en vous parlant de son volet le plus malmené, à savoir la culture religieuse.

À l’instar du philosophe Roger-Pol Droit, j’estime que le phénomène religieux offre des « trésors d’humanité » ; ce qui ne veut pas dire que je le présente à mes élèves comme une panacée. Tant s’en faut ! Ce ne serait pas un bon moyen de former leur jugement critique. Si je n’hésite pas à mettre en lumière certains événements des religions comme des pages noires de leur histoire, je ne voudrais cependant pas les réduire à celles-ci. Je présente alors les religions comme une façon d’être au monde à côté d’autres moyens dans un contexte de tolérance que l’UNESCO définit comme « une vertu qui contribue à substituer une culture de la paix à la culture de la guerre ».

Pour produire de la tolérance, il faut « encourager la connaissance », quelle qu’elle soit. La connaissance de tous ceux et celles qui forment cette humanité dans laquelle nous sommes. N’est-ce pas être ignorant de sa religion que de tuer au nom de son Dieu ? N’est-ce pas être ignorant des religions que de mépriser ceux et celles qui ont le goût de se relier à un Dieu ? La connaissance est au coeur des leçons d’ECR. Grâce à leur cours, mes élèves comprennent que, pour mieux vivre ensemble, il est important de comprendre « l’autre » et que cet « autre » partage la même humanité.

Esprit critique

Je dis aussi à mes élèves que le doute fait partie de la foi et la rend plus intelligente en l’éloignant des dogmatismes. La foi n’est pas une évidence ; elle doit se soumettre constamment à l’esprit critique. Je la présente donc non pas comme une instance qui dit quoi penser, mais plutôt comme celle qui donne des outils pour mieux penser sa vie. C’est alors que la religion est au service de l’homme et non le contraire.

Ce que le volet Culture religieuse m’autorise à faire, c’est de mettre en lumière le nécessaire travail d’exégèse sur les textes sacrés. En étudiant par exemple la question de l’origine de la vie, je vois le darwinisme et j’analyse le contexte d’écriture des récits de la Genèse qui peuvent, s’ils sont lus mot à mot, mener à de l’obscurantisme. Mes élèves comprennent donc que, dans ces textes, scientifiques et bibliques, deux discours se côtoient mais ne s’opposent pas et qu’un scientifique peut donc être croyant ou non.

Le cours d’ECR m’offre aussi l’occasion de parler de la spiritualité qui est la commune condition humaine (qu’on soit religieux ou pas). En effet, l’être humain n’a pas nécessairement besoin de se lier à une quelconque divinité pour vivre de valeurs qui le grandissent. La spiritualité appartient à l’homme dans son humanité la plus profonde, précisément parce qu’il porte en lui un mystère qui le dépasse. L’occasion est belle ici de parler de ceux qui ont ouvert d’incroyables chemins d’humanité grâce à leur foi, à leur générosité ou à leur réflexion philosophique.

Mondialisation

La mondialisation, avec ses limites et ses grandeurs, nous oblige à réfléchir sur l’avenir de l’humanité : comment en arriver à sauver un espace de dialogue entre chacun de nous ? Le combat n’est plus à faire entre les athées et les croyants, mais bien entre les esprits ouverts et les esprits dogmatiques qui, eux, prétendent connaître la Vérité. Or, on sait que le dogmatisme se cache autant dans le monde religieux que dans l’univers anti-religieux. « Pour mener ce combat pour la liberté et pour la tolérance, dit Comte-Sponville, nous avons besoin de faire la paix entre croyants et incroyants, de nous allier contre notre ennemi commun, qui n’est pas la religion, qui n’est pas l’athéisme, mais qui est le dogmatisme. »

Le cours d’ECR me permet de proposer cet espace de réflexion pour une humanité plus respectueuse des uns et des autres. Il me donne cette possibilité aussi de présenter ce que l’orthodoxe Olivier Clément appelle le « noyau de feu » de chacune des grandes religions en mettant en lumière ce qui les unit. Après tout, n’est-il pas honnête de dire que d’autres avant nous ont laissé des trésors pour vivre en humanité ?

J’aime donner ce cours. J’estime qu’il contribue à former des citoyens justes, courtois et à l’esprit critique. Mais je suis fatiguée de lire toutes les inepties qu’on peut en dire. Je rêve du jour où, enfin, ses détracteurs se donneront la peine de lire, non pas les cahiers d’exercices, mais bien le programme tel qu’il a été pensé, tout en précisant qu’il devrait être un peu plus balisé pour obliger ses professeurs à toujours plus de rigueur à travers l’apprentissage de fondements philosophiques, historiques et théologiques.

20 commentaires
  • Marc Therrien - Abonné 16 janvier 2017 01 h 50

    Et pour tous les scepticismes?

    « Le cours d’ECR me permet de proposer cet espace de réflexion pour une humanité plus respectueuse des uns et des autres. Il me donne cette possibilité aussi de présenter ce que l’orthodoxe Olivier Clément appelle le « noyau de feu » de chacune des grandes religions en mettant en lumière ce qui les unit. »

    Je me suis efforcé de lire le programme ECR. J’en comprends les intentions et les processus mis en place. Bien entendu, à travers les grandes lignes présentées, on n’accède pas au détail du contenu discuté. J’imagine alors qu’on présente et défend les bonnes raisons lumineuses d’adhérer à une religion : les bienfaits de la foi et de la croyance pour donner un sens à la vie, l’utilité de l’obéissance et de la soumission aux dogmes pour assurer une discipline de vie, le respect des rôles de l’homme et de la femme dans la perpétuation de la tradition et de l’ordre social qui assure une sécurité psychologique, la visée de l’au-delà qui rend la vie de l’ici-bas moins pénible en permettant l’espoir, etc.

    Malgré la belle présentation de l’usage de sa marge de manœuvre par Madame Cossette que je veux bien croire sur parole, je serais étonné d’apprendre qu’on aborde clairement les zones d’ombre qui peuvent amener à créer un doute et à opter pour l’athéisme : le mépris du corps, des pulsions et de la sexualité, le contrôle du corps des femmes, le pouvoir sur la raison et l’intelligence à travers la connaissance qui tient dans un seul livre, le culte de la mort en rapport avec le rêve de l’au-delà, etc.

    Et je me dois d'apprécier quand même sa reconnaissance du besoin d'amélioration lorsqu'elle conclut en disant "tout en précisant qu’il devrait être un peu plus balisé pour obliger ses professeurs à toujours plus de rigueur à travers l’apprentissage de fondements philosophiques, historiques et théologiques."

    Marc Therrien

    • André Joyal - Inscrit 16 janvier 2017 11 h 15

      Toujours très intéressants vos commentaires M. Therrien. Vous verrez plus bas, si je ne suis pas censuré comme il m'arrive souvent, que je partage votre avis.

  • Marcel (Fafouin) Blais - Abonné 16 janvier 2017 03 h 19

    … de l’intelligence ?!?

    « Je dis aussi à mes élèves que le doute fait partie de la foi et la rend plus intelligente en l’éloignant des dogmatismes. » (Christine Cossette, Professeure, ÉCR, C Jean-de-Brébeuf)

    De cette citation, douceur double + une :

    A Lieu de connaissance et du « vivre-ensemble », la « foi » se définit comment et pourquoi ? ;

    B Le « dogmatisme », manière de penser et d’agir sur l’univers des théories et pratiques humaines, semble être, en dehors de la foi ?, une idéologie, une philosophie, ou une politique qui, relié au monde totalitaire, demeurerait l’unique voie de de vérité, notamment celle issue des principes-doctrines touchant les nombres et le prosélytisme acharnés, et ;

    C finalement, et compte tenu de l’ère des Duplessis- Léger (non-encore résolue, même après la Révolution dite Tranquille ?!?) et de la culture nord-américaine ambiante (c judéo-chrétienne et laïcisme), il est comme compréhensible que des résistances s’y présentent et cumulent quelques tensions de société !

    Entre l’enseignement du cours ÉCR et celui du Monde des Fables et des Petit Prince, est-il audacieux et de sagesse de privilégier, dans un contexte de transition souhaitable et autrement-ailleurs, l’univers du vivre-ensemble et ...

    … de l’intelligence ?!? - 16 jan 2017 -

    • Marcel (Fafouin) Blais - Abonné 16 janvier 2017 11 h 18

      « de de » : lire plutôt « de » (nos excuses)

  • Serge Morin - Inscrit 16 janvier 2017 09 h 38

    Dogmatisme

    La citation de Comte-Sponville résume bien la situation.
    Effectivement,vous représentez l 'enseignement idéal du fameux cours qui est pris en otage par les dogmatiques.
    Mais toujours se rappeler que ce cours est un pis-aller,un compromis où les mécontents sont nombreux.

  • Bernard Terreault - Abonné 16 janvier 2017 09 h 53

    Faire la morale

    L'auteure de la lettre aime enseigner ce cours qui lui donne l'occasion de faire la morale à ses élèves, une morale de tolérance qui souligne les "bons côtés" des religions, ceux qui collent au concensus officiel bien-pensant d'aujourd'hui -- mais qui se heurte dans certains cas aux valeurs (ou appelez-les préjugés) des parents. Ce ne devrait pas être le rôle de l'école de faire la morale! Elle devrait s'en tenir à l'éducation civique, c'est à dire, informer les élèves des droits, lois et règlements précis que notre société a adoptés.

  • Gilbert Turp - Inscrit 16 janvier 2017 11 h 03

    Encore une fois...

    Je n'ai pas de problème avec le cours ECR au cegep (contrairement au primaire où il confine au bourrage de crâne) mais il demeure que ce cours prend la place d'autre chose qui n'est pas là et qui manque cruellement : Un cours d'HISTOIRE des religions me semblerait tellement plus intéressant et pertinent.