Nous sommes solidaires de nos enseignants

On ne le dira jamais assez: vos conditions de travail, ce sont nos conditions d’apprentissage, écrivent des élèves à leurs professeurs.
Photo: Annik MH De Carufel Le Devoir On ne le dira jamais assez: vos conditions de travail, ce sont nos conditions d’apprentissage, écrivent des élèves à leurs professeurs.

Aux professeurs des écoles publiques du Québec,


Nous, élèves du secondaire, sommes très conscients de la direction que prend le Québec depuis les dernières années. Nous la connaissons trop bien : c’est le seul projet que nous nous sommes fait présenter par les gouvernements de notre vivant. Nous savons que les services publics sont de plus en plus négligés, nous savons que les étudiantes et les étudiants ainsi que les malades sont maintenant nommés « clients », que la seule priorité semble être le déficit zéro ; que protéger l’environnement dans lequel nous allons vivre, malgré les chiffres effrayants qui ne cessent d’apparaître, est la dernière chose sur la liste.

 

L’éducation publique est l’une des plus grandes victimes de cette mentalité dévastatrice. En tant qu’élèves, nous avons peur. Sachant qu’une éducation accessible est la base d’une société égalitaire, nous nous questionnons — et le mot est faible — sur les choix actuels du gouvernement. L’éducation, c’est le bagage qui nous permettra de nous débrouiller dans la vie. C’est ce qui fera de nous de réelles citoyennes et de réels citoyens. C’est ce qui nous donne le pouvoir et l’envie d’agir et de remettre les choses en question. C’est d’ailleurs grâce à elle que nous avons trouvé les mots aujourd’hui pour vous écrire.

Dans un monde où l’on se sent très souvent impuissant (particulièrement nous, les jeunes) par rapport aux décisions des dirigeantes et dirigeants, c’est notre seul outil. Le système public, trop souvent oublié — pour ne pas dire méprisé —, permet que toutes et tous aient accès à cette belle chose qu’est l’éducation. C’est ce même système public qui est actuellement frappé de plein fouet. Et croyez-nous, comme vous, nous sommes au bon endroit pour constater comment il est affecté par les compressions gouvernementales et par tout ce qu’on tente aujourd’hui de vous imposer.

Les coupes dans les services, les modifications des ratios prof-élèves, l’augmentation de vos tâches, la dévalorisation de votre mission : bref, la détérioration générale de vos conditions de travail… Tout ça ne fera que vous épuiser davantage alors que le travail qu’on vous demande est déjà magistral. Nous en prenons conscience au quotidien.

Dans un contexte où l’éducation secondaire privée gagne du terrain et où le déséquilibre budgétaire entre les deux systèmes se fait de plus en plus sentir, fragiliser davantage l’école publique devrait être impensable. Cela relève de l’irresponsabilité. C’est premièrement comme défenseurs du système public que nous nous affirmons solidaires de votre lutte. On ne le dira jamais assez : vos conditions de travail, ce sont nos conditions d’apprentissage. Mais ce n’est pas seulement pour ça. C’est surtout parce que nous vous connaissons et que nous savons que vous êtes habités par une mission sincère de participer à notre épanouissement et, par le fait même, à celui de la société de demain. Nous savons que vous croyez entièrement à l’importance de ce que vous faites. Nous ne pouvons qu’être extrêmement fières et fiers de vous voir porter encore ces valeurs — dans la rue cette fois-ci —, de vous voir mener ce combat que vous faites en grande partie pour nous. Nous allons nous arrêter ici parce qu’aujourd’hui, c’est à votre tour de prendre la parole et la place qui vous est due, vous qui êtes trop souvent dans l’ombre. Nous sommes derrière vous.

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5 commentaires
  • Gaston Bourdages - Abonné 30 septembre 2015 07 h 01

    Mercis à vous trois et bravos.

    Vous avez une très belle plume. Je remarque, une déception, qu'aucun garçon ne s'est joint à vous pour si bien décrire. Leurs intérêts sont ailleurs?
    Il m'arrive de me demander comment et pourquoi toutes ces gens affectés par ces décisions politiques font pour garder le cap, conserver le moral, rester autant dédiés? Pas sûr que je me comporterais de la sorte. Ce sont, à mon humble avis, de grands professionnels dans leurs champs de compétence respective et des chapeaux elles et ils méritent.
    De me demander s'il y a aussi austérité pour des gens travaillant sur les infrastructures, dont les grands chantiers ?
    Gaston Bourdages

  • François Dugal - Inscrit 30 septembre 2015 08 h 06

    Le bon peuple applaudit

    Si les gouvernements libéraux successifs ont été élus, c'est qu'ils répondaient aux attentes de leurs électeurs. Force est de reconnaître qu'une part importante de la population québécoise est totalement indifférente à la démolition évidente du systeme d'éducation.
    Ceux qui désirent une éducation de qualité accessible à tous et qui descendent dans la rue pour manifester leur volonté se font joyeusement matraquer par les forces policières : le bon peuple applaudit.

  • Nicole Delisle - Abonné 30 septembre 2015 09 h 31

    Bravo aux étudiants(tes)!

    Votre lettre fait du bien à tout enseignant(e) ou retraité(e) de l'enseignement et démontre votre compréhension et votre solidarité à cet enjeu fondamental d'une société: l'éducation de son peuple.
    Vous êtes la génération montante et votre avenir vous préoccupe. Si seulement les
    gens de ce gouvernement pouvaient vous lire, vous entendre, mais ce ne semble pas
    leur principale préoccupation en ce moment. Ils sont dans les coupures alors que
    vous êtes dans l'ouverture, ancré vers un futur qui feront de vous nos dirigeants de
    demain.

  • Yves Corbeil - Inscrit 30 septembre 2015 11 h 49

    Je suis avec vous de toute ma raison et mon coeur

    Faudrait juste que les autres partis du Québec et les 70% de la population qui n'ont pas voter pour ces libéraux démoniaques se réveillent et arrête la destruction de toutes la sociale démocratie que le Québec c'est donné depuis la révolution tranquille.

    Impossible qu'on les regardent allé sans rien faire pendant encore 3 ans, sinon on ne mérite pas mieux comme peuple de peureux qui s'écrase devant l'oppresseur.

  • Jean Piuze - Abonné 30 septembre 2015 13 h 08

    L'éducation, pierre d'angle de notre société

    J'appuie sans réserve vos propos et vous en remercie. J'aimerais bien que vos aînés manifestent aussi clairement leur appui à nos éducateurs. J'ai de nombreux enfants et petits-enfants et puis affirmer que nos enseignants québécois compétents, dévoués et altruistes ont contribué, et continuent de contribuer, de façon importante à faire de toutes ces personnes que j'aime des citoyens éduqués, renseignés et sensibilisés. J'ai une belle-fille qui enseigne au cégep, un gendre qui le fait au secondaire et une fille, au primaire. Je suis très fier d'eux et leur souhaite, comme à tous les enseignants, d'obtenir le respect et la reconnaissance qui leur sont dus de la part des politiciens et de la société en général pour le travail essentiel qu'ils accomplissent.