M. Barrette, vous me pénalisez!

«La pratique de la médecine familiale n’est pas monolithique, mais multiple, avec des particularités qui ne sauraient s'accommoder d'une formule unique.»
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir «La pratique de la médecine familiale n’est pas monolithique, mais multiple, avec des particularités qui ne sauraient s'accommoder d'une formule unique.»

Je vous écris pour vous sensibiliser au fait que la pratique de la médecine familiale n’est pas monolithique. En tant que médecin généraliste, je traite des humains dans leur globalité, avec tout l’humanisme que cela demande. Pour vous prouver que votre projet de loi 20 dénote une méconnaissance de la pratique, je vous présente mon cas.

Je reçois au-delà de 1300 visites par année à mon cabinet auprès d’une clientèle obstétricale qui sera touchée par votre projet de loi 20 (PL20). Pourquoi ? Je travaille dans un groupe de médecine familiale (GMF) et j’ai suivi et accompagné dans leur accouchement plus de 3000 femmes pendant 25 ans, mais maintenant je prête main-forte à mon équipe en assumant le suivi de grossesse de 100 femmes enceintes par année (13 visites par patiente par grossesse) sans pratique hospitalière depuis cinq ans. Cette clientèle transitoire n’est pas inscrite comme GMF, donc elle n’est pas calculée dans ma clientèle inscrite, n’étant pas leur médecin de famille. Cette clientèle s’ajoute à mes 1300 patients déjà inscrits. Or, les suivis de grossesses que je fais ne sont pas considérés par votre projet de loi dans votre calcul. Pourtant, dans la réalité, c’est comme si je suivais de 1700 à 1800 inscrits (1300 visites pour la clientèle obstétricale équivalent à au moins 400 inscriptions de clientèles vulnérables). Vous me pénaliserez avec votre projet de loi ! Quels choix s’offrent à moi ? Cesser mes suivis obstétricaux, mais pour les transférer à qui ? Vous ferez perdre à cette clientèle le fruit de 30 ans d’expertise obstétricale ! En avez-vous conscience ?

De plus, j’ai une clientèle dont l’âge varie de la vie intra-utérine jusqu’au « bel âge » ; cela me fait un grand champ d’expertise à conserver. Cela non plus n’est pas calculé dans votre PL20. J’ai aussi à coeur la thérapie autre que pharmaceutique, elle a moins d’effets secondaires, mais cela demande un minimum de relation. Cela non plus n’est pas calculé dans votre PL20 ! Le temps consacré à la bureaucratie, qui a plus que quintuplé depuis le début de ma pratique, non plus ! L’accès difficile à un plateau technique et aux spécialistes non plus ! Je crois que ces deux derniers points sont une des voies des plus intéressantes à corriger, si vous souhaitez voir plus de médecins prendre davantage de clientèle. Pour les médecins qui doivent partager leur temps entre l’hôpital et la clinique, ces différents points rendent la prise en charge rebutante.

Je me garde des plages horaires pour voir des urgences, mais j’ai une clientèle qui, de par son lieu de travail, opte parfois pour consulter dans un sans rendez-vous à Montréal, ou plus proche de leur domicile, puisque j’ai dans ma clientèle des gens qui habitent sur la Rive-Sud, à Berthier, dans le nord de Lanaudière ou à Gatineau. Vous comprenez donc que pour certaines situations, ils consultent dans leur territoire. Pourquoi en serais-je pénalisée ? Comment la RAMQ fera-t-elle pour distinguer les moments où nous sommes en vacances ou alors malades par rapport à la fidélisation ?

Je suis profondément inquiète, je comprends le désarroi des patients sans médecins traitants, mais votre PL20 demande plus de réflexion dans son application afin d’éviter une désorganisation monstre et une démotivation-déprime dans les troupes ! Une réorganisation des soins s’impose sur le plan du « qui fait quoi », avant tout ! Votre PL20 ne fera que nuire grandement au Québec. Il vous faut prendre en compte que la pratique de la médecine familiale a ses particularités et qu’un projet mur à mur ne conviendra jamais à la réalité.

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7 commentaires
  • Sylvain Legault - Abonné 18 février 2015 08 h 07

    Au suivant

    Peut-être que BB (Big Barette ou Big Brother, au choix) vous fera un billet du médecin pour approuver votre absence pour maladie... C'est désolant de voir le manque de consultation du ministre pour un projet de loi aussi important. Je suis un citoyen qui n'a malheureusement pas de médecin de famille et je ne vois pas en quoi le PL20 y changerai vraiment quelque chose. Tant qu'à faire, BB n'a qu'à ajouter un nombre maximun de phrases à utiliser pour une consultation et au diable l'humanisme et la compassion car selon BB, réparer une voiture ou un humain c'est du pareil au même... Au suivant, bienvenue en Absurdistan.

  • Claude Saint-Jarre - Abonné 18 février 2015 09 h 16

    Médecins de quartier

    Comment fonctionne à Rosario, Argentine, le modèle des médecins de quartier, inspiré de Cuba, dont parle peu Marie-Monique Robin dans son livre Sacrée Croissance?

  • Claude Smith - Abonné 18 février 2015 09 h 34

    Question ?

    Nous assistons depuis plusieurs années à une augmentation de médecins qui optent pour la pratique privée. Quel sera l'imparct du PL20 sur cette tendance vers la privatisation de la médecine ?

    Claude Smith

    • Hélène Paulette - Abonnée 18 février 2015 10 h 07

      Excellente question, monsieur Smith, qui échappe totalement au quidam trop content qu'on tape sur quelqu'un d'autre que lui...

  • Danielle - Inscrit 18 février 2015 10 h 11

    Ne chercher pas à sensibilier Barette, il est bétonné mur à mur. C'est un narcissique tout près de la psychopathie!

    • Gilles Ducharme - Inscrit 18 février 2015 12 h 06

      C'est un diagnostic médical ou c'est n'importe quoi, votre commentaire?

  • Gaston Bourdages - Abonné 18 février 2015 10 h 17

    Que feu le «grand» Hippocrate doit...

    ...être fier, madame Fillion, de vous compter au sein de «son équipe médicale»! Que dire aussi des sentiments de celles et ceux à qui vous dispensez ces qualités de service !
    Mes respects,
    Gaston Bourdages,
    Auteur,
    http://unpublic.gastonbourdages.com