Surmonter les sujets environnementalistes délicats

Au Québec, lorsque vous demandez à un ami ou à un voisin ce qu’il fait pour protéger l’environnement, il vous répondra presque immanquablement, « Je fais mon recyclage  » D’autres, plus engagés, vont dire : « J’achète le plus possible local et bio  ». D’autres enfin, mentionneront : « Je fais du compostage et je prends, aussi souvent que possible, les transports en commun ! »

 

Ces gestes individuels, quoique d’une valeur éthique et écologique significative, restent d’une importance environnementale limitée, car les impacts positifs qu’ils engendrent sont surtout locaux et à petite échelle. De plus, ces gestes sont relativement faciles à aborder dans une discussion ou un débat écologique, car ils n’ont pas tendance à soulever de passions.

 

Toutefois, plusieurs thèmes, mentionnés ci-après, ont un impact environnemental déterminant et sont beaucoup plus difficiles à discuter en privé ou à présenter en public. En effet, ils bouleversent fréquemment des éléments fondamentaux de notre mode de vie actuel, de nos valeurs et de notre conception du progrès.

 

Réduire la taille de sa famille en ayant moins d’enfants ;

 

Diminuer l’usage de l’avion pour des voyages non essentiels ;

 

Réduire la taille des maisons et des véhicules, souvent surdimensionnés par rapport aux besoins ;

 

Manger moins fréquemment de la viande et des poissons ;

 

Promouvoir un meilleur partage des richesses : des dirigeants de compagnies gagnent des millions par année (par ex. : Monique Leroux, p.-d.g. du Mouvement Desjardins, a gagné 3,34 millions de dollars en 2013) ;

 

Promouvoir un meilleur partage des ressources : 1 % des plus fortunés possèdent à eux seuls 46 % des actifs mondiaux (Étude du Crédit Suisse, 2013) ;

 

Densifier les villes et ainsi réduire l’étalement urbain, ce qui est un des problèmes environnementaux structurants les plus importants ;

 

Réduire, de façon importante, la surconsommation de biens matériels.

 

L’obstacle majeur pour protéger l’environnement réside dans le fait que les importantes questions qui précèdent ne peuvent pratiquement pas être abordées en discussion de façon sereine. En effet, en soulevant ces thèmes, il y aura toujours des gens qui se sentiront coupables : l’un se reconnaîtra avec sa maison surdimensionnée, l’autre se sentira mal à l’aise de faire des déplacements excessifs matin et soir pour se rendre et revenir du travail, un troisième enfin aura honte d’être accro au magasinage et à la consommation tous azimuts, etc.

 

Même si le sujet abordé est bien fondé sur le plan environnemental, le sentiment de culpabilité prendra souvent le dessus et se transformera en retrait, en argumentation défensive ou carrément en attaque. Pour espérer obtenir une adhésion à la cause environnementale, le véritable défi consiste à aborder la dynamique de changement social avec méthode, respect et patience.

 

Colette Portelance, dans son livre Relation d’aide et amour de soi (1998), décrit une méthode intéressante visant le changement des individus et par extension le changement social. Cette méthode comprend sept étapes dont les plus importantes sont : la prise de conscience, l’acceptation, la responsabilité et le passage à l’action créatrice.

 

Pour sa part, le respect de la personne et de ses arguments est essentiel si l’on veut qu’il y ait progrès dans la compréhension mutuelle. Encourager son interlocuteur à exprimer ses arguments, en s’y intéressant vraiment, peut permettre de créer une ouverture.

 

Finalement, la patience est nécessaire, car les changements individuels et sociaux prennent du temps. Personnellement, j’ai mis quarante ans avant de vivre sans auto. Les difficultés rencontrées, lorsqu’on aborde certains thèmes environnementaux importants, constituent un véritable défi au changement, qu’il est bon de rappeler en ce jour de la Terre 2014.


 
11 commentaires
  • Yvan Dutil - Inscrit 22 avril 2014 07 h 10

    Bien mais insuffisant

    Le problème avec le spetits geste est qu'ils sont totalement insuffisant. Dans les pays développé, il est essentiellement impossible de vivre de façon durable. Le simple fait d'avoir un toît sur la tête et de manger à sa faim dépasse l'empreinte environnementale acceptable. La présence d'infrastructure en est largement responsable et il est impensable de penser changer cette sitution en moins de plusieurs decennies.

  • François Beaulé - Inscrit 22 avril 2014 07 h 24

    Les limites de l'action individuelle

    Il y a un peu de vrai dans le texte de Pascal Grenier mais l'essentiel n'y est pas. Il manque la dimension politique. Il propose de convaincre les citoyens un par un de changer leurs habitudes et leur mode de vie. Cela ne fait pas de tort en soi mais si les efforts de certains individus ne sont pas appuyés par des lois et des programmes gouvernementaux, il est impossible de progresser collectivement. Le déni de la dimension politique est insupportable.

    Par exemple, M. Grenier dit qu'il a mis 40 ans avant de vivre sans auto. Pendant ces mêmes 40 ans, l'étalement urbain a été phénoménal et la majorité des citoyens de la région de Montréal sont devenus plus dépendants de l'automobile que jamais. La consommation de pétrole pour les transports routiers a augmenté phénoménalement au Québec au cours des quarante dernières années. L'évolution d'une minorité, dont fait partie M. Grenier, a été complètement anéantie par l'augmentation de la consommation de la masse des gens. Les Québécois ne se sont pas affranchis collectivement du pétrole, ils en sont devenus plus dépendants.

    Aujourd'hui il devient plus difficile de modifier le mode de vie parce que ce mode de vie est inscrit dans un habitat qui ne peut être modifié ni à court terme ni à moyen terme.

    Sa proposition initiale --avoir moins d'enfants-- elle non plus, ne tient pas compte de la dimension collective. Les Québécois forment une nation distincte de langue française et la dénatalité met notre nation en péril. Les immigrants, qui remplacent peu à peu les enfants non-nés ici, adoptent les mêmes habitudes de surconsommation que les autres nord-américains. La dénatalité ne réprésente donc aucun avantage pour le Québec, bien au contraire.

    L'individualisme et l'économisme et le déni de la dimension sociale et politique sont les grands responsables du marasme face aux problèmes environnementaux.

  • Martin Pelletier - Inscrit 22 avril 2014 07 h 46

    A la SAQ

    Pourriez-vous nous redonner nos beaux sacs de plastic SVP ?

    Chaque fois que je sors avec mes bouteilles de vin et que je risque de les casser en glissant sur la glace, je rage contre tous les verts de la terre qui nous ont enlevé nos beaux sacs en plastique. Comme si ca prenait 4000 ans se débarasser d'un sac de plastique! Comme si les pharaons avaient des sacs de plastic dans leurs tombeaux!

    • Michel Vallée - Inscrit 22 avril 2014 14 h 04

      @Martin Pelletier

      <<Comme si les pharaons avaient des sacs de plastique dans leurs tombeaux>>

      Ainsi, l’absence de sacs en plastique dans les nécropoles égyptiennes prouverait que cette matière prend nettement moins de quatre millénaires pour disparaître…

      En fait, le plastique en question ne disparaît que de notre vue, car cette matière se désagrège en microgranules avec le temps, lesquelles se dispersent dans l’environnement. Elles ont donc un impact sur les organismes vivants qui les absorbent.

  • Denis Miron - Inscrit 22 avril 2014 07 h 59

    Polueur Anonyme?


    Pourquoi ne pas partir un groupe de Polueur Anonyme?...c’est effectivement ce que m’inspire l’approche individuel et qui d’après moi n’aboutira nulle part.
    L’approche individuelle donne des résultats, lorsque l’individu prend conscience qu’il a perdu contrôle sur sa propre vie et qu’il est en train de tout perdre ce qui lui est chère, famille, maison, job…qu’il est en train de devenir un candidat sérieux à l’itinérance.
    Le prêchi-prêcha de la bonne vertu est tout à fait en harmonie avec l’idéologie néolibérale dominante qui carbure aux droits individuels et qui refuse toutes contraintes que la société peut lui imposer.
    Je préfère la méthode du lobby anti-tabac qui a produit des résultats à partir de législation.
    Tant que le droit individuel aura préséance sur le droit collectif, je ne vois aucun changement à l’horizon.

    • Marc Lacroix - Abonné 22 avril 2014 10 h 26

      Je suis tout à fait d'accord avec vous, Monsieur Miron, la solution n'a rien à voir avec le fait de se donner bonne conscience en faisant deux ou trois petits gestes allant dans le sens de la protection de l'environnement. Tant et aussi longtemps qu'au niveau de la société, nous fonctionnons à partir de paramètres bêtement économiques, nous allons continuer à détruire notre monde !

  • André Michaud - Inscrit 22 avril 2014 12 h 10

    Anti-densification !!

    A Québec il y plusieurs groupuscules anti-densification. Pas question de faire des édifices à logement plus haut, pas question de remplacer un bungalow par deux maisons etc..il faudrait densifier sans rien changer!!!

    Une seule chose ferait diminuer la consommation, des prix plus élevés...mais cela nuirait beaucoup à notre économie.

    La simplicité volontaire c'est pour une infime minorité de citoyens..

    • Rémi-Bernard St-Pierre - Abonné 23 avril 2014 00 h 35

      Il faut quand même voir ce que l'on offre quand vient le temps de parler de densification aussi. Quand in plante les plus vulgaires tour a condo possible dans des quartiers, évidemment que ça n'inspire pas grand monde.

      Il faut créer des solutions, et sans doute bousculer encore plus que dans le cas actuelle si on veut faire une vrai densification qui ne finira pas en futur quartier pauvre déserté dans une dizaine d'années.

      Juste un petit tour sur la Rue Murray par exemple, pourrait dejà inspirer des manières de faire qui permettrait une meilleur cohésion entre densification et respect de la vie de quartier. Ce à quoi on assiste actuellement ressemble plus a faire étouffer les propriétaires de maisons avec des augmentations de taxes, en scrapant leur quartier, dans le but de leur racheter leurs maisons, les revendre en condo avec le constructeur inclus dans la convention de condo...

      Il manque grandement d'urbanisme, celui-ci semblant n'être réserver qu'à accpeter des dérogations pour de nouvelles constructions.