Solidaires, les artistes?

Treize artistes signataires d’une lettre ouverte ont récemment dénoncé la répartition inéquitable de la SOCAN envers les artistes québécois francophones. Selon eux, depuis que la SOCAN, organisme qui redistribue les redevances radiophoniques aux artistes, a modifié sa méthode calcul en 2021, les artistes anglo-canadiens et anglo-québécois auraient profité d’un système qui les rémunérerait non seulement mieux, mais aux dépens des artistes francophones du Québec. Assiste-t-on ici à une discrimination envers les francophones ? Le premier réflexe qui m’est venu a été celui d’appuyer les artistes signataires et de les soutenir. Mais voilà que cela me fait bien sourire maintenant que j’y réfléchis.

En effet, au mois de juin dernier, des employés des Francos de Montréal se plaignaient de ne pas être capables de travailler en français. Autrement dit, ces employés étaient — sont ? — eux aussi lésés et incapables de gagner leur vie en français.

Et pourtant, parmi les treize artistes qui voudraient maintenant être soutenus dans leur lutte afin de gagner équitablement leur vie en français, aucun d’entre eux (dont Jean-Louis Cormier et Corneille, qui étaient programmés à ce festival) n’a pris la parole ou la plume pour dénoncer cet état de fait et soutenir les employés des Francos.

Alors, pourquoi le public devrait-il se sentir interpellé et soutenir des artistes qui n’usent pas de leur privilège afin de se faire entendre dans l’espace public pour défendre leurs collègues ?

Leurs préoccupations envers notre différence culturelle et notre langue commune ne dépassent-elles pas leurs intérêts personnels ? Nous pouvons à tout le moins nous poser la question. […]

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