Les bons débarras de François Legault

C’est un secret de polichinelle : François Legault maîtrise comme personne l’art de la phrase embarrassante. Le 5 août dernier, il a surpassé des performances déjà étonnantes en affirmant, à propos des tragiques meurtres à Montréal, puis à Laval : « Je suis content qu’on se soit débarrassés de cet individu. Et là, il faut voir aussi ce qui est arrivé, parce qu’étant donné que c’est quelqu’un qui était déjà ciblé, pourquoi il a été relâché ? »

Fidèle à son style, notre premier ministre évacue toute possible rigueur réflexive en reconduisant des stéréotypes ignobles sur les personnes judiciarisées. De surcroît, celles qui le sont en raison d’un problème de santé mentale.

Comment peut-on se réjouir de la mort d’un homme ? Cette déclaration, indigne d’un chef d’État, fait fi de toute compassion pour les autres victimes collatérales que sont les proches du suspect abattu. Abdulla Shaikh, avant d’être une personne judiciarisée, était un fils, un frère. Qu’offrira notre premier ministre à l’incompréhension dans laquelle doivent être plongées ses proches ? Une incompréhension qui a dû démarrer bien avant la trajectoire criminelle de leur Shaikh.

De même, quand le premier ministre affirme être « quand même satisfait » du travail des policiers, imagine-t-il un instant qu’une personne a dû appuyer sur la gâchette pour descendre un individu en crise et que cette personne devient une possible autre victime collatérale ? D’ailleurs, que pense-t-il du travail des intervenants et des soignants qui oeuvrent auprès d’usagers menaçants ? Un effort vain pour résoudre des problèmes auxquels seule la mort serait la réponse valable ?

C’est qu’en bon populiste, le premier ministre nous livre un autre stéréotype coriace : pour qu’un citoyen se sente en sécurité, une personne judiciarisée et vivant avec une problématique de santé mentale devrait être emprisonnée pour une durée indéterminée, voire à vie.

Ces déclarations à l’emporte-pièce, banales en apparence, révèlent une vision politique et sociale où l’autorité, la punition, l’émotion et le sens commun sont des solutions aux questions que se pose notre premier ministre. La réflexion qui doit être menée à la suite de cet enchaînement d’événements tragiques gagnerait à ce qu’on retire les ornières populistes et qu’on embrasse du regard un horizon plus large.

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