Le mot maudit

« Radio-Canada blâmée pour son utilisation du mot en n » titrait Le Devoir, le 30 juin dernier. L’article en question résume une décision du CRTC, mal fondée, blâmant l’animatrice et le chroniqueur d’une émission radiophonique pour avoir mentionné le titre de l’ouvrage controversé Nègres blancs d’Amérique à la suite d’une controverse à l’Université d’Ottawa. De toute évidence, l’animatrice et le chroniqueur n’utilisaient pas le titre du livre en question dans le but d’offenser la communauté afro-canadienne. Mais l’usage du mot en question, peu importe le contexte, est extraordinairement chargé émotivement et risque, dans certains cas, d’entraîner une censure indésirable. Cela dit, qu’en est-il de l’expression « le mot en n », désormais utilisée par tous les médias et commentateurs lorsqu’ils doivent traiter de l’épineux sujet ? Quel mot vous vient à l’esprit lorsque vous lisez ou entendez l’expression « le mot en n » ? À moins d’être coupé du monde, vous penserez automatiquement au mot « nègre ». Cette expression, empruntée à l’anglais, pour ne pas dire à l’américain « n word », ne devrait-elle pas, elle aussi, être bannie de notre vocabulaire puisque chaque fois qu’elle est utilisée, on sait exactement à quel mot elle fait référence ? J’ignore comment la communauté afro-canadienne perçoit l’expression « le mot en n ». Mais il me semble que cette expression est un subterfuge maladroit et condescendant, et je suis surpris qu’on s’en accommode aussi facilement. Ne vaudrait-il pas mieux utiliser le mot juste auquel l’expression fait référence tout en limitant son usage à des contextes précis et restrictifs, de nature universitaire ou littéraire ?

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