«I don’t speak French»

J’habite Montréal, aux limites des quartiers Outremont et Côte-des-Neiges. Avec l’âge et en raison de la pandémie, je recours de plus en plus à la livraison en ligne. Or, sur dix livreurs, la plupart au service d’agences de livraison, il y en a sept ou huit qui, à ma porte, ne parlent pas un seul mot de français. « Voulez-vous déposer le paquet sur l’armoire de la cuisine tout à côté ? » leur dis-je : « I don’t speak French », me répondent-ils avec l’assurance de citoyens qui s’expriment dans la langue de leur pays, le Canada. Je n’ai pas le choix, je leur parle alors dans leur langue et ils s’exécutent le plus gracieusement du monde. Ils sont jeunes, font bien leur travail et connaissent souvent une langue autre que l’anglais et le français. Et ce n’est qu’un exemple parmi d’autres dans le Montréal d’aujourd’hui qui revient peu à peu à la situation de mon enfance, quand ma mère réclamait qu’on lui parle en français chez Eaton. On pourrait citer ici le personnel des stationnements du centre-ville, celui de certaines grandes surfaces, celui qui fait le ménage à domicile et ainsi de suite.

Que font dans ces circonstances mes concitoyens de langue française ? Poser la question, c’est y répondre. Il n’y a pas si longtemps encore, quand j’arpentais la côte Sainte-Catherine pour aller à mon travail, de jeunes couples francophones arrivant de l’est de la ville pour conduire leurs enfants à l’hôpital Sainte-Justine s’arrêtaient parfois pour que je leur indique le chemin à suivre. Comme ils se sentaient manifestement loin de chez eux, à deux pas pourtant de l’Université de Montréal, où, paraît-il, on entend de plus en plus parler anglais, même dans les classes, ils s’adressaient à moi dans un anglais plus que boiteux et paraissaient surpris de ma réponse en français. Je laisse aux lecteurs du Devoir le soin de juger pareil comportement, qui se retrouve sans doute encore de nos jours.

  

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