Le pouvoir de la décroissance

En berçant ma fille ce soir, je ne peux m’empêcher de la ressentir encore, cette boule au ventre. Les nouvelles sont toujours mauvaises. Les dérèglements climatiques s’accélèrent, la mortalité des abeilles est exponentielle, les glaciers fondent à la vitesse grand V. En me laissant porter par sa respiration régulière, je pense à nouveau au compte à rebours beaucoup trop court qui nous donne une petite marge de manœuvre pour tenter de diminuer la catastrophe annoncée. Un peu moins de trois ans. Elle n’aura même pas commencé la maternelle.

Il y a urgence d’agir, c’est sûr. Urgence que les politiciens et les entreprises prennent leur courage à deux mains et fassent un solide 180 degrés, certes. Oui, il y a urgence d’agir, agir, agir, c’est ce qu’on nous dit, c’est vrai.

Mais agir, c’est épuisant, et je le comprends. Pour plusieurs, il s’agit d’une tâche supplémentaire sur la liste interminable de choses à faire — des choses pressantes qui nous semblent plus importantes que des enjeux lointains, flous, ne nous affectant pas tellement directement (pour le moment). Puis il y a cette lassitude, le sentiment d’impuissance, le fait qu’on se dit que nos petits gestes ne changeront rien au tableau […].

N’empêche, plus j’y pense et plus il me semble que beaucoup de solutions sont en fait tellement plus simples qu’on se l’imagine, puisqu’elles ne consistent pas en des actions mais plutôt en des non-actions. Ne rien faire. Ne pas tondre la pelouse pour aider nos pollinisateurs. Ne pas mettre de pesticides sur nos espaces verts. Ne pas acheter de vêtements neufs sortis d’usines de fast fashion. […]

Est-ce que ce serait possible de faire moins, de vouloir moins, de posséder moins ? Est-ce que d’envisager une décroissance serait moins exigeant que de demander des efforts à des gens déjà à bout de souffle ? Ça ne serait certainement pas suffisant en soi, mais ce serait déjà un excellent début, non ?

Ma fille me sourit. Je crois qu’elle est d’accord.

Marylin Dion Le 10 mai 2022

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