Par tous les vents

Entre « c’est comme une huile sur l’eau », une risée, un « squall » et une tempête, entre « il ne vente pas une haleine » et « il vente une dépouille », habitant des îles loin en mer, nous en connaissons un chapitre sur le vent, les pêcheurs et les marins plus que les autres. « Il vente une vraie tourmente », disaient les vieux quand, ce jour-là, il n’était question pour personne d’aller sur l’eau ou que tous revenaient vite au port.

Tous les jours, le vent fait partie de nous, y compris quand il se tient tranquille. Il se lève, forcit, râle, tourne, enfin calmit, puis tombe et s’endort. Il vient de face, de dos, de côté, de travers, de partout. Il caresse, berce, fait danser, décoiffe, évente, fouette. Il soupire, chante, vibre, siffle, mugit, délire. Il rafraîchit ou fait frissonner. Il vole, tourbillonne, s’engouffre et s’infiltre de toute part. Il sèche, dépoussière, gonfle la vague, pousse, balaie, soulève, emporte, transporte, déchaîne, arrache, érode, défait. Infatigable, « […] il use les montagnes, qui ne l’usent pas ».

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Qu’est-ce que le vent m’apprend ? Comment m’apprend-il à vivre ?

Que, lorsque je l’ai dans le dos, dans mes voiles, je peux me laisser porter gaiement vers où je veux aller ou là où il veut m’emmener, grâce à l’élan qu’il me donne. Comme dans la vie, quand elle me fait des cadeaux, qu’elle m’envoie des épisodes de grand bonheur. Qui passent toujours trop vite.

Que j’ai intérêt à profiter du temps calme et beau pendant qu’il passe, sachant qu’il n’est pas là pour toujours ni pour longtemps. Le mauvais temps va revenir, je le sais. Je ne sais jamais d’où. Je sais que la vie est ainsi faite.

Que, quand je l’ai en pleine face, qu’il menace mon équilibre instable, je peux courber le dos pour mieux l’affronter, foncer avec plus d’énergie, même si c’est pour avancer plus lentement. Que, lorsqu’il est le plus fort, c’est à moi de m’arrêter pour me mettre à l’abri. Quand la vie m’apporte peine ou désolation, tourmentée, désemparée, je n’ai pas d’autre choix que de faire contre vents et marées, d’assumer aussi les obstacles et les jours plus difficiles, inévitables, et d’attendre qu’ils passent. « Tout passe. »

Que je sais m’adapter aux circonstances changeantes, au gré du vent, entre brise et ouragan. À moi de connaître ce qui est et d’avoir la volonté de faire avec, au mieux, pour vivre ce qui est là, d’agir en conséquence, de m’ajuster, de continuer. Nous le faisons tous. C’est notre force.

Que tout change. Que je n’ai d’autre choix que d’accepter l’éphémère. Qu’il me faut aimer la vie, passagère, précieuse, incontrôlable, par tous les vents, par tous les temps. Que je ne dois pas oublier que la beauté de la vie tient dans sa fugacité, sachant que ce qui est là, imparfait, fragile, en apparence banal, un jour ne sera plus. Que sa valeur vient du changement lui-même. Et la savourer.

Bon temps à tous, par tous les vents.

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