Soignons mieux nos voeux

Omicron peut-il nous rendre plus humbles ? L’humilité est une vertu moins contagieuse que l’excès d’optimisme ou le déni de la réalité en cette période de l’année où l’envie du bonheur, à la sauce consumériste, devient une injonction.

L’OMS recommandait de n’offrir la troisième dose qu’aux gens à risque. Et que font les pays bien nantis ? Ils décident de vacciner tous les adultes de 18 ans et plus et l’on abaisse le délai depuis la deuxième dose non pas à cinq mois, mais à trois, faisant fi des recommandations de Pfizer et de Moderna. N’est-ce pas exagéré ?

Quelle sera donc la durée de l’immunité de cette dose de rappel peut-être trop vite administrée ? Abaisser à cinq mois le délai depuis la deuxième dose n’aurait-il pas été suffisant ? Non, il faut vite rassurer la population en général. Et suivra une quatrième dose ? Pendant ce temps en Afrique, en Inde…

Pour nous, les Québécois tissés serrés, le choc ne devrait pas découler de cet autre temps des Fêtes jugé atypique, mais de cette alarmante fragilité de notre système de santé. Nous ne voulions pas renoncer à faire bombance, à fêter à vingt ou à dix, nous continuons à souhaiter à gauche et à droite de joyeuses Fêtes comme si de rien n’était.

On aurait cru assister, par médias interposés, à l’accentuation de la course folle des désirs à assouvir, coûte que coûte, au sein de la foule sentimentale, alors qu’un fiasco collectif nous guette, porteur de leçons. Car fiasco, il y aura, par ce énième délestage des soins à prodiguer, mission dont héritent des soignants plus épuisés et stressés que jamais. Et que dire de la mine des Legault et Dubé ?

Dans l’effervescence de décembre, sur fond de dilemme shakespearien, fêter à plusieurs ou non, nous ne nous donnons même pas la peine de soigner nos vœux en une telle fin d’année. Car ça va aller plutôt mal avant d’aller mieux. Il faut se le dire afin de s’aider à traverser l’épreuve, non ? Se souhaiter de la santé pour 2022 c’est de faire preuve d’un excès d’optimisme, vu les failles qui se creusent, de la première ligne à l’hôpital, sans oublier les CHSLD.

Mais de ce fiasco et de cet humiliant Omicron, il y a fort à parier que les pays riches se libéreront mieux qu’ailleurs sur notre planète. Quant à la jeune génération COVID dont la santé mentale est mise à rude épreuve, il faut relativiser quand on pense à la famine qui sévit en Afghanistan et aux jeunes qui n’ont plus d’avenir là-bas.

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