Nous existons, laissez-nous vivre

Je ne retournerai pas étudier devant un écran. Si j’ai eu la force désespérée et passablement irréfléchie de me noyer dans l’apprentissage à distance, je ne pourrai pas rechuter dans ce cauchemar qui fut la réalité de milliers de jeunes ces deux dernières années. L’isolement, la solitude, le repli sur soi et la détresse psychologique vécus durant cette période constituent un souvenir amer.

Or, ce qui fut particulièrement insupportable, c’est cet état végétatif dans lequel je fus plongé […], l’amenuisement des échanges riches et authentiques. Et ce, au profit d’échanges médiocres et artificiels transitant dans un environnement numérique. Cet état, à mon sens, marque la distinction entre exister et vivre. […] On peut exister n’importe où dans l’espace et le temps, alors que vivre se produit seulement dans la fugacité de l’ici et du maintenant.

Si, dès la naissance, nous sommes soumis à la fatalité de mourir, entre la naissance et la mort nous sommes soumis à la fatalité d’exister. Et cette existence n’a de sens que si elle permet la vie. Or, elle ne la permet pas en confinement, en enseignement à distance et en télétravail, lorsque l’humain se morfond dans cet état végétatif. Alors, à quoi bon cesser de vivre pour fuir la mort ?

C’est donc ce trimestre en présentiel révélateur qui, en dépit des difficultés, me permit l’essentiel : vivre.

À voir en vidéo