Les principes du bien commun

Catherine Dorion est la députée de ma circonscription. J’apprécie son dévouement à l’endroit des principes du bien commun et son engagement dans l’espace public. Toutefois, énoncées sur les réseaux sociaux, ses récentes prises de position au sujet de la Maison Chevalier me déçoivent parce qu’elles m’apparaissent contradictoires avec ces principes concrets.

La vente de la Maison Chevalier à des intérêts privés est nettement contraire à la mission de l’État en matière de patrimoine. Comme le programme de Québec solidaire l’indique justement, le patrimoine fait partie du bien commun : c’est « une richesse et une ressource collectives que nous devons transmettre aux générations futures ». Le programme de Québec solidaire souligne aussi que son parti, une fois au gouvernement, « affirmera la responsabilité de l’État dans la protection, la conservation, la promotion et la mise en valeur du patrimoine ».

Dans le cas des anciens bâtiments publics, comme c’est le cas avec la Maison Chevalier, son parti veut conserver « le caractère d’utilisation publique » « en leur donnant une vocation multifonctionnelle ». Plus encore, un gouvernement solidaire « utilisera et entretiendra de manière exemplaire le patrimoine qui appartient à l’État ou qui est géré sous sa responsabilité ». Tout en s’appuyant sur l’idéal, ces propositions me semblent bien concrètes.

Dès lors, se questionner sur « la place du privé dans la préservation du patrimoine » dans le présent contexte, c’est présumer que ce bien commun peut être privatisé. Certes, les propriétaires privés peuvent être responsables — ce qui est aussi dans leur intérêt. Néanmoins, ce bien n’est plus commun. Il ne peut plus être transmis à l’ensemble des citoyens qui constituent les générations futures, mais seulement à certains. La Maison Chevalier faisait partie des biens communs, elle ne l’est plus maintenant. C’est déplorable.

Ma députée ajoute que « ici, à Québec, bien des acteurs importants dans la préservation du patrimoine n’ont pas osé s’exprimer publiquement sur l’enjeu de la Maison Chevalier à cause de la saga très clivée qui a pris tout l’espace sur la place publique ». Pourquoi cette saga est-elle « très clivée » ? Parce qu’elle touche aux principes du bien commun. Ces principes ne sont pas abstraits. Ils s’incarnent dans notre vie quotidienne, comme les enjeux du troisième lien ou du tramway. Comme citoyens, nous n’hésitons pas à nous exprimer publiquement sur le troisième lien ou le tramway puisque ces enjeux nous concernent concrètement. Dans le cas de la Maison Chevalier, les citoyens concernés se sont exprimés publiquement sur cette question, qui relève du bien commun. J’ose espérer que ma députée prendra le temps de préciser sa pensée pour dissiper ces apparentes contradictions. C’est une question de principe.

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