La face cachée d’une «refonte»

Le ministre de l’Éducation, Jean-François Roberge, a présenté dimanche dernier un aperçu du cours appelé à remplacer celui d’Éthique et culture religieuse (ECR). Loin d’être banal, ce geste est selon moi un marqueur historique. Le gouvernement embrasse maintenant sans réserve pour le milieu scolaire une laïcité dite « stricte », républicaine ou de foi civique. J’estime toutefois qu’en faisant de ce modèle de laïcité un trait identitaire, socle de « cohésion sociale » et source de « fierté », le gouvernement prend des risques s’il n’y prend garde.

Ce type de laïcité cache à l’occasion, sous couvert de protection de l’État contre toute ingérence confessionnelle, une expression de méfiance et de condescendance à l’égard du fait religieux. On peut rencontrer chez certains de ses promoteurs une vision fort peu nuancée de la religion. S’il faut les croire, elle est à leurs yeux « un danger politique et social à éradiquer » et, chez l’individu, l’expression d’un élément primitif et rétrograde dont il devra un jour ou l’autre s’affranchir.

Il est à souhaiter que le cours Culture et citoyenneté québécoise s’avise de ne pas passer d’un extrême à un autre. Celui du « tout à la religion » pour ECR, comme le percevait le président du Mouvement laïque québécois, à celui d’utiliser à l’opposé un prisme antireligieux privilégiant l’ignorance à l’acquisition d’une culture religieuse rigoureuse et de qualité. D’autant plus que le gouvernement caquiste a désigné le remplaçant comme marqueur distinctif de la nation et que le fait religieux est là pour de bon.

Il est bienvenu que le cours annoncé fasse encore une place au développement moral et à l’apprentissage du dialogue, ce qui demande la présence de pédagogues qualifiés. Puisque ces objectifs sont aussi nobles que structurants pour la société, le ministre devra s’assurer que la formation à cet enseignement est solide et soutenue à travers le temps. Il en va du succès de cette « refonte ». Toute négligence ou tout manque de soin à ce propos constituerait un autre élément de sa face cachée et d’une faillite assurée.

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