La multiparenté, l’élément manquant

Simon Jolin-Barrette a déposé jeudi le projet de loi n° 2, Loi portant sur la réforme du droit de la famille en matière de filiation et modifiant le Code civil en matière de droits de la personnalité et d’état civil. Questionné sur la reconnaissance des familles qui comptent plus de deux parents, soit les familles multiparentales, le ministre a affirmé ceci : « La littérature et les études ne démontrent pas que c’est préférable pour un enfant d’avoir plus de deux parents. […] Pour nous, c’est très clair que la cellule familiale comporte deux parents seulement. »

Bien que l’on ne puisse pas établir de consensus clair voulant que la multiparenté soit préférable pour un enfant, plusieurs auteurs et autrices soulignent que la reconnaissance de l’ensemble de la cellule familiale d’un enfant pourrait être avantageuse pour ce dernier. Effectivement, la reconnaissance du statut de parent crée pour l’adulte des obligations financières à l’égard de l’enfant en plus de faciliter la protection du lien qui unit l’enfant et ce parent.

Je ne crois pas que le gouvernement se pose la bonne question en matière de multiparenté. C’est-à-dire que démontrer si la multiparenté est préférable ou non pour l’enfant ne tient pas compte des conséquences de cette non-reconnaissance. Comme l’a mentionné le ministre, un enfant ne choisit pas de venir au monde. Les familles multiparentales existeront indépendamment de leur reconnaissance légale. Les enfants vivront dans des cellules familiales où plus de deux adultes agiront comme parents auprès d’eux. Le choix du gouvernement de ne pas reconnaître la multiparenté n’aura pas pour effet d’empêcher ce genre de composition familiale. Ce choix marginalise donc ces familles et punit les enfants. Quoi qu’en dise la loi, l’enfant grandit en s’attachant à son troisième ou quatrième parent. Pour lui, ses parents ont un statut équivalent. En cas de conflit, la préservation du lien qui l’unit à ses parents dont la filiation n’est pas établie n’est pas assurée. Cette requête devra passer par le processus judiciaire, et le tout peut alimenter le conflit existant entre les parents de l’enfant. L’instabilité familiale ainsi que les conflits familiaux sont reconnus comme des éléments qui peuvent entraîner des conséquences négatives sur l’enfant.

Le ministre devrait plutôt se poser la question suivante : est-ce qu’une non-reconnaissance de la multiparenté peut être négative pour les enfants ? Mettre les enfants d’abord, c’est aussi reconnaître les différentes compositions familiales afin d’assurer à l’enfant une stabilité familiale et la reconnaissance des liens qui l’unissent à ses parents.

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