On leur a volé une bonne mort

Les enquêtes sur le sort des personnes âgées dans les CHSLD, particulièrement lors de la première vague de la COVID-19, démontrent que plusieurs d’entre elles sont mortes isolées, privées de soins et dans des conditions horribles, inimaginables… En plus des souffrances physiques, que dire des ressentiments qu’elles ont pu éprouver à l’égard de leurs proches!

Les personnes en fin de vie qui auraient voulu être entourées de leur famille et amis n’ont eu personne pour leur tenir la main Elles n’ont pas pu dire un dernier au revoir aux personnes qu’elles aimaient ni se réconcilier, si besoin, avec certaines d’entre elles [...].

Les personnes qui, comme Montaigne le décrit, souhaitaient mourir seules n’ont pas eu les soins et l’assistance requis pour mourir en toute quiétude.

On leur a volé une bonne mort dans une société où il est de plus en plus possible de planifier sa mort comme un dernier acte de prise en charge de sa vie. Non, elles n’ont pas pu célébrer avec leurs proches les derniers moments d’une vie accomplie. Non, elles n’ont pas pu éviter à leurs proches un accompagnement lointain et douloureux. Non, elles n’ont pas pu rendre un dernier hommage aux personnes qui ont contribué à l’émergence de l’être qu’elles sont devenues. Non, elles n’ont pas pu donner à la communauté médicale les parties de leur corps qui auraient pu sauver des vies ou, à tout le moins, améliorer la vie de certains de leurs concitoyens. Non, elles n’ont pas eu une mort qu’on aurait pu qualifier d’« oblative », expression d’une solidarité humaine et intergénérationnelle.

Dans d’autres circonstances, dans d’autres lieux, elles auraient pu voir exaucée une prière que Félix Leclerc relate dans le Calepin d’un flâneur : « Donne-moi la santé de faire une bonne mort. »

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