La grande faiblesse des Forces armées canadiennes

Lorsque l’Histoire relatera les événements touchant les agressions sexuelles commises par des personnes en autorité à l’égard des femmes, les Forces armées canadiennes (FAC) trôneront tout en haut du palmarès. En accueillant ces pionnières en son sein, le monde militaire venait d’introduire la bergerie dans la meute de loups, révélant ainsi sa culture machiste et la toxicité dans ses rapports hommes-femmes.

En effet, si les valeurs sociétales ont forcé ce monde d’hommes à s’ouvrir à la gent féminine, son idéologie misogyne passéiste n’a pas pour autant évolué. Les femmes militaires ont vite compris qu’elles auraient deux ennemis à combattre : l’un potentiellement à l’extérieur du pays et l’autre, plus pernicieux, venant de l’intérieur. Même si les dénonciations d’inconduites et d’agressions sexuelles ont été légion au sein des FAC, l’aboutissement de ces plaintes s’est la plupart du temps perdu dans les méandres hiérarchiques de cette institution évoluant dans un circuit fermé avec ses lois, ses tribunaux et ses façons de faire. De guerre lasse, certaines plaignantes ont baissé les bras, quittant même leur profession, désabusées de ce monde monolithique pour qui la tradition est immuable et sans appel.

Pourtant, certaines victimes sont montées au front et ont attaqué l’ennemi sur son propre terrain. À force de bravoure et de ténacité, elles ont mis au jour la stratégie de leurs oppresseurs, osant même dénoncer des hauts gradés dont les pouvoirs d’autorité les avaient toujours protégés de poursuites. Des accusations d’actes sexuels dégradants envers des subalternes, effectués par des gradés de la hiérarchie militaire, ont fini par toucher leurs cibles. Le dernier accusé en liste, et non le moindre, concerne l’ancien chef d’état-major, le général Jonathan Vance, à qui on reproche des inconduites sexuelles avec une personne subordonnée. À ce propos, l’opposition aux Communes accuse le ministre de la Défense d’avoir caché cette affaire connue depuis 2018. Ainsi, pour éviter que ce dossier chaud vienne perturber l’éventuelle réélection du gouvernement Trudeau, ce dernier a annoncé la nomination de Louise Arbour pour réexaminer encore et encore les tenants et aboutissants d’un problème connu et maintes fois dénoncé auprès des FAC.

L’armée a toujours occupé une place prépondérante dans l’échelle des institutions d’un pays. Si, comme l’affirmait Napoléon Bonaparte, « l’armée, c’est la nation », il ne faut pas oublier que les femmes occupent plus de 50 % de ce bataillon national. C’est le rôle du gouvernement de faire en sorte que ces dernières puissent évoluer dans un milieu sécuritaire, tout en favorisant leur intégration dans les postes hiérarchiques du « boys’ club ».

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