Terre de feu

J’ai parlé hier au téléphone à mon plus jeune fils, pour son anniversaire, et il m’a dit être inquiet pour sa maison à Nelson en Colombie-Britannique. Il songe à défricher tout l’arrière du terrain et à nettoyer tout autour de la maison en prévision d’un feu de forêt qui pourrait avaler leur maison, car les feux sont nombreux dans la région.

Depuis quinze, vingt ans, la sécheresse fait rage de plus en plus dans les Rocheuses, ce pays anciennement mythique, mais qui se désertifie à grande vitesse. La destruction du paysage est continue, et l’humain ne cesse de raser la forêt, d’aménager les lacs, de construire centres commerciaux et autoroutes, d’asphalter partout les lieux légendaires, de fouler aux pieds les droits des Autochtones en restant sourd à leurs avertissements, les yeux égoïstement rivés sur des profits à court terme et immensément dommageables pour les richesses naturelles et pour la terre.

Cette maison qu’ils viennent d’acheter et qu’ils ont rafistolée de leurs mains au prix de mille efforts est maintenant en danger. Ils pensent à la sauver si jamais un feu de forêt menace leur petite ville, en installant un système d’arrosage adéquat au milieu du brasier, espérant la garder au milieu du désert laissé par le feu, s’accrochant à l’idée qu’ils pourraient revivre dans la ville incendiée, parmi les quelques maisons sauvées par les mêmes pauvres moyens désespérés de citoyens prêts à risquer leur vie pour sauver leur maison.

Ils sont jeunes, ils vivront au-delà des années 2050, cet avenir où l’on prédit de grandes désertifications et un Sahara mondial. Ils ont calqué leur destin sur celui de la terre. En défendant leur maison, c’est comme s’ils défendaient toute la terre qui, elle aussi, est en danger partout. Si chacun arrosait devant sa porte, disait non au pétrole, cultivait son jardin, peut-être aurions-nous une chance d’arrêter cette destruction.

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