Une femme pour résoudre le problème Picasso

En lisant la lettre de Christophe Scott dans la livraison du 21 juin, je n’ai pu m’empêcher de faire le parallèle avec l’histoire de la musique, également surpeuplée de figures masculines toutes aussi magnifiques les unes que les autres. Les femmes compositrices commencent à peine à émerger. Et puis, il y a cette tendance des grandes institutions à prévoir une programmation « sûre » où se côtoient d’illustres interprètes et des œuvres archiconnues. Heureusement, les choses sont en voie de changer. C’est ainsi qu’après avoir entendu par exemple du André Mathieu sous toutes ses coutures, on a le plaisir de découvrir un Auguste Descarries, éminent compositeur parmi les nôtres, tombé dans l’oubli après sa mort en 1958.

Dans le même ordre d’idées et pour en revenir aux arts visuels, après de somptueuses expositions Riopelle, pourquoi ne pas nous tourner vers une artiste foncièrement originale, mais moins flamboyante de sa personne, et qui a pourtant marqué la sculpture au Québec et au Canada à partir des années 1950 ? J’ai nommé Anne Kahane, première sculptrice à avoir exposé à la Biennale de Venise en 1958. Le public montréalais a déjà pu admirer son œuvre magistrale intitulée Song of the Earth au salon Beauchemin de la salle Wilfrid-Pelletier. Elle peut se targuer d’avoir des pièces dans les principaux musées nationaux, y compris au MBAM et au MNBAQ. Elle pourrait aussi faire valoir que ses sculptures sont ludiques, empreintes de poésie et d’humour et, surtout, qu’elles touchent. Mais elle ne le fait pas parce qu’elle a cette réserve naturelle qu’ont de nombreux grands artistes de génie. Par bonheur, une historienne de l’art du nom de Joyce Millar est en train de consacrer un ouvrage complet à sa carrière.

Anne Kahane est toujours vivante. Du haut de ses 97 ans, elle rit souvent et philosophe beaucoup. Qu’est-ce qu’on attend pour aller à sa rencontre ?

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