Pourquoi Badawi restera en prison

Mardi, la famille de Raïf Badawi et leurs soutiens ont publié une lettre dans la page Idées afin de réclamer du Canada qu’il accorde la citoyenneté au dissident saoudien emprisonné depuis 2012. Même si le gouvernement répondait favorablement à cette demande dans les prochains jours, cela ne changerait pas grand-chose au sort de Badawi. Il terminera sa sentence de dix ans dans les geôles saoudiennes et sera vraisemblablement libéré en février prochain.

En 2016, après une visite en Arabie saoudite, le ministre des Affaires étrangères de l’époque, Stéphane Dion, signait une lettre au roi où il le remerciait pour son accueil et il lui demandait d’exercer sa clémence envers le dissident. À cette époque, j’étais un des conseillers politiques de Dion et j’avais dit au ministre que jamais le gouvernement saoudien ne répondrait favorablement à sa requête. La raison en est, hier comme aujourd’hui, bien simple.

L’Arabie saoudite jouit depuis une quarantaine d’années d’une impunité totale sur la scène internationale. Son statut de premier producteur de pétrole la place au cœur de la géopolitique mondiale. Grâce à ses énormes revenus générés par la manne pétrolière, elle a, à coups de contrats d’armements et d’infrastructures, acheté le silence et la collaboration de nombreux pays.

Elle compte parmi ses bonnes relations la France, les États-Unis, la Russie, la Chine et le Canada. Elle peut donc se permettre de kidnapper un premier ministre libanais, d’exterminer des populations entières au Yémen, de déstabiliser des régimes au Proche-Orient, de financer des groupes islamistes partout en Afrique et dans le monde arabe, d’assassiner des dissidents ou de les enfermer, et cela, sans encourir la moindre sanction des Occidentaux qui ne se gênent pourtant pas pour punir la Russie, la Biélorussie ou le Myanmar lorsque ces pays commettent des méfaits.

L’Arabie saoudite peut même se permettre d’humilier le Canada en expulsant son ambassadeur sans que cela porte à conséquences.

Dans ces circonstances, la famille Badawi et ses soutiens ne devraient pas se surprendre de l’immobilisme du Canada. Ce fut toujours un combat perdu d’avance.

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