Les camionnettes et la publicité

Le journaliste Alexandre Shields fait le constat, statistiques à l’appui, que les Québécois sont friands de camions légers et de pétrole. Les véhicules les plus vendus sont les petits camions, qui incluent les VUS, les fourgonnettes et les camionnettes. Paradoxalement, ces camions légers sont de plus en plus gros et de plus en plus énergivores. Cet auteur trouve illogique que la publicité concernant ces bolides ne soit pas restreinte.

La renommée des VUS étant plus connue, il me paraît utile de parler de la popularité des camionnettes. La façon dont la publicité en fait l’éloge est sûrement un facteur important. Les slogans publicitaires affirment le machisme des camionnettes et mettent l’accent sur leur puissance. Le devant de ces modèles paraît énorme et fait ressortir leur stature imposante. À cette fin, les grandes compagnies sont en concurrence pour construire le modèle le plus puissant et le plus performant, « ultime caprice »selon Éric LeFrançois (La Presse+, 25 janvier, 2021). Que faut-il de plus pour que le ministre Benoit Charette agisse pour restreindre la publicité concernant ces mastodontes ?

Par ailleurs, les camionnettes sont populaires dans les campagnes. Dans ces coins de pays, beaucoup de gens ont besoin d’un pick-up, mais les mordus rivalisent pour conduire le plus beau ou du plus gros de ces véhicules.

Conduire une camionnette pour la première fois donne de fortes sensations. Le conducteur est en position surélevée et, au-dessous de lui, il sent et entend le ronron de quelque chose de puissant.

Parmi les diverses causes et les motivations individuelles pour expliquer la popularité des camionnettes, la puissance annoncée ne suscite-t-elle pas, chez celui ou celle qui est aux commandes, des fantasmes de toute-puissance ? Cette toute-puissance peut se manifester de diverses façons. Un détail peut être révélateur : les conducteurs de camionnettes ont tendance à doubler les autres voitures sur les autoroutes.

Pour terminer sur une voie plutôt sinueuse, on a pu voir récemment à la télévision des suprémacistes blancs se déplacer dans les villes américaines au volant de grosses camionnettes en exhibant des armes et des drapeaux pour faire peur.

 

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11 commentaires
  • Nadia Alexan - Abonnée 3 mai 2021 04 h 32

    La valeur de la personne réside dans son humilité et dans son humanité, pas dans les camionnettes.

    Il faudrait renverser cette tendance idéologique de la suprématie inconditionnelle de l'homme sur la nature.
    La raison principale de notre survie sur la terre est notre coopération avec la nature et avec les autres espèces animales. L'idée erronée dans la Bible qui donne la suprématie à l'homme sur la nature et les animaux a été discréditée.
    Il faut que le gouvernement interdise la publicité trompeuse avec laquelle l'on peut vaincre la nature avec la force.

    • Cyril Dionne - Abonné 3 mai 2021 08 h 07

      Bon, c’est bien beau de parler de moralité dont personne n’est contre évidemment Mme Alaxan, mais la dernière fois que j’ai regardé, le Québec, c’est un pays d’hiver.

      Ceci dit, la raison principale pourquoi les véhicules les plus vendus sont les petits camions, les VUS, les fourgonnettes et les camionnettes, eh bien, c’est parce qu’ils procurent un sentiment de sécurité véridique pour les conducteurs sur les routes d’hiver du Québec. Pardieu, ils ne conduisent pas en Californie sur des routes impeccables. Essayez donc une petite Honda et traversez le parc de la Vérendrye en hiver et vous m’en direz des nouvelles. Les gens n’achètent pas les camions pour de fortes sensations, mais plutôt pour se rendre du point A au point B sans conséquences. Ils sont pratiques et pragmatiques. Ici, on n’a même pas parlé des conditions des routes qui sont au niveau des pays du tiers monde au Québec.

      Pour le doublage sur les routes au Québec, cela a toujours existé même avant les VUS de toutes sortes. La limite de vitesse au Québec semble souvent être une suggestion et non pas une loi réelle. Essayez de faire de même en Ontario et vous allez perdre votre permis de conduire en un rien de temps.

      Alors, pour les discours des bien-pensants et donneurs de leçons, on pourrait s’en passer. Idem pour l’allusion que l’auteur fait en parallèle avec ceux qui conduisent ces véhicules et les suprémacistes blancs. En passant, je conduis une petite Honda.

    • Nadia Alexan - Abonnée 3 mai 2021 14 h 24

      À monsieur Dionne:
      L'enjeu des changements climatiques et les effets de serre doivent nous préoccuper si l'on veut survivre sur notre planète.
      L'augmentation de 280% des ventes de camions légers entre 1990 et 2018 alors qu’ils émettent en moyenne +31% de GES que les voitures standards doivent nous inquiéter.
      De plus, les VUS ont 28% plus de chances de causer la mort du conducteur de l'autre véhicule que les voitures standards.
      Le principe de la précaution s'impose.

    • Cyril Dionne - Abonné 3 mai 2021 15 h 10

      L'enjeu de la surpopulation supplante les changements climatiques et les effets de serre qui sont une conséquence de la première si on veut survivre sur notre planète. Mais gardons notre tête dans le sable et blâmons les méchantes émanations polluantes des véhicules motorisés pour tout.

      Ceci dit, si, les VUS ont 28% plus de chances de causer la mort du conducteur de l'autre véhicule que les voitures standards, eh bien dans une collision frontale de voitures standards, personne n’a pas beaucoup d’espoir de survivre. C’est un sophisme. Imaginez alors lorsque vous êtes pris entre deux camions remorques de 38 tonnes chacun, quelle est votre espérance de survie dans un accident?

  • Bernard Terreault - Abonné 3 mai 2021 09 h 13

    Ce n'est pas ça la solution

    Tout comme la prohibition n'a pas mis fin à l'alcoolisme, tout comme l'illégalité des drogues n'a fait que les rendre plus attrayantes à certains, le contrôle de la pub est en pratique impossible. Les mesures efficaces: tripler le prix de l'essence, de grosses taxes sur les gros véhicules pour payer les coûts de construction et d'entretien des routes.

    • Cyril Dionne - Abonné 3 mai 2021 12 h 15

      Vous avez raison M. Terreault. La prohibition n’est jamais la solution; l’éducation, oui. S’il y a des publicités, c’est parce qu’il y a une demande pour ces engins qui tournent avec du pétrole.

      En passant, Guillaume Lemay-Thivierge et Dan Bigras ont tous deux signé la Pacte. Pourtant, ces deux derniers font de la publicité pour justement ce qu’on dénonce dans cette lettre, les camions légers et le pétrole qui en découle. Lemay-Thivierge nous vend à peu près toutes les voitures inimaginables de Hyundai et Bigras, les camions RAM.

    • Gilbert Troutet - Abonné 3 mai 2021 13 h 08

      Des taxes élevées sur les gros véhicules (en fonction du poids et de la cylindrée), ce serait déjà ça : il s'agirait que le gouvernement y mette un peu de courage. Toutefois, je ne suis pas sûr que le prix de l'essence aurait un effet dissuasif. En Europe, l'essence est deux fois plus chère qu'ici et ils se mettent aussi à acheter des VUS pour ëtre à la mode (comme au Québec). Pour ce qui est de la pub, les gouvernements ont très bien réussi à limiter l'usage du tabac, entre autres en interdisant la publicité des Marlboro et autres marchands de cigarettes.

    • Jean-Yves Arès - Abonné 3 mai 2021 14 h 55

      Je ne suis pas du tout d'accord avec vous monsieur Terreault.

      Les pubs répétitives qui inondent le quotidien des gens sont des messages qui pénètrent par usure même le subconscient de la population. Peu importe la qualité, ou la valeur, de ce qui est répété et répété, le propos fait son chemin à travers les barrières du conscient rationnel, et "s'implante" dans la tête du monde. À la fin on finit par avoir un enjeu de santé publique au sens large. Et ici au sens environnemental (qui fait partie de la santé publique).

      Ces pubs induisent au public des désirs de consommation totalement délétère pour l'environnement. Contrôler ce  genre de message toxique est dans les premières choses à faire pour avoir le début d'un commencement de réduction de nos méfaits environnementaux.

      Ensuite on poura toujours jouer sur la taxation des produits.

      Mais si l'on a pas le courage d'assainir les pubs comment donc en aurons nous pour tout autres actions le moindrement contraignantes?

  • Gilbert Troutet - Abonné 3 mai 2021 10 h 00

    Un symptôme

    Vous avez raison, Monsieur Villeneuve, de souligner cette inconscience des citoyens et de nos gouvernements. Les uns soint abrutis par la pub tapageuse des vendeurs de gros chars, les autres se contentent de faire comme le voisin. Quant au gouvernement, il n'a même pas le courage de freiner la pub pour des véhicules de plus en plus gros. À ce train-là, nous sommes loin de pouvoir sortir du pétrole, en dépit des beaux discours verdoyants.
    On a pourtant compris, il y a quelques années, que la publicité pour la cigarette était contraire aux efforts pour contrer les effets du tabac. Les grandes compagnies comme Imperial Tobacco, Rothmans et consorts se sont rebellées, mais n'ont pas obtenu gain de cause. On sait aujourd'hui qu'il fallait passer par là.

  • Marcel Vachon - Abonné 3 mai 2021 10 h 20

    Vous avez raison de mentionner le lien que se font plusieurs acheteurs entre leurs rêves d'être et le bruit de moteur de ces gros bolides. À titre d'exemple et de référence, avez-vous remarqué le ton rocailleux, un peu agressif et gros bras de Dan Bigras quand il annonce les R A M S? Ces véhicules ne sont jamais annoncés par des femmes. Bonne journée.

  • Richard Chartier - Abonné 3 mai 2021 10 h 23

    Transformer son véhicule en voiture sport polluante

    Vous avez raison M. Villeneuve. J'ajoute à vos propos la tendance de nombreux propriétaires de véhicules (autos, VUS, camions et camionnettes, motos) de modifier le système d'échappement pour pétarader le plus fort possible. Non seulement ces véhicules produisent une pollution sonore désagréable pour le voisinage mais en plus polluent l'atmosphère (il m'arrive régulièrement de marcher à côté de ces véhicules et ils dégagent une odeur puante très désagréable). Cette mode de modifier le système d'échappement pour faire plus de bruit semble gagner de plus en plus d'adeptes, un véritable pied de nez à l'environnement. Les propriétaires de ces véhicules croient peut-être être ainsi au volant d'une auto de course superpuissante...car ils roulent souvent très vite et exécutent des manoeuvres dangereuses. Et il est vrai que les constructeurs atomobiles jouent beaucoup sur la performance, la vitesse et le luxe. Pendant que l'on pollue allégrement en modifiant les systèmes d'échappement et que l'on semble encourager l'achat de gros véhicules, nos gouvernements semblent englués dans un laisser faire indécent et choquant (choquant pour ceux et celles qui font attention à l'environnement et qui posent des gestes en conséquence).