Héros ou tyran?

La chronique intitulée « Déconstruire » de Christian Rioux, dont je suis un fidèle lecteur sans toutefois partager toutes ses opinions, parue le 30 avril, m’amène à réagir.

Lors de mon enfance parisienne, de 1950 à 1951, Napoléon Ier était pour moi comme pour tous les écoliers un héros légendaire et la visite de son impressionnant tombeau de marbre au cœur des Invalides reste gravée dans ma mémoire, sans oublier l’imposant Arc de triomphe, les grandes artères et les stations de métro aux noms de ses prestigieuses victoires, telles qu’Austerlitz ou Wagram. Bien des années plus tard, la déconstruction du mythe napoléonien s’opéra en moi après avoir pris conscience de certaines réalités historiques incontournables : la démesure et l’orgueil incommensurable de ce personnage pourtant issu de la Révolution française, devenu dictateur et empereur autoproclamé, les sanglantes campagnes d’Italie et surtout d’Espagne, la désastreuse campagne de Russie de 1812 avec la perte estimée de 200 000 soldats, soit un tiers de la « Grande Armée », avec autant de morts du côté russe, son retour d’exil sur l’île d’Elbe et les « 100 jours », son statut de paria de l’Europe qui lui valut d’être surnommé « Bonnie » par les Anglais, enfin sa cinglante défaite de Waterloo, terrassé qu’il fut par une grande coalition internationale, sa pitoyable fin après sept années de bannissement sur l’îlot lointain et bien gardé de Sainte-Hélène, où il ressassait et replanifiait sans cesse sa dernière bataille…

Non, je ne puis admirer un homme qui mit l’Europe à feu et à sang et qui alla jusqu’à se déifier en instituant la fête de la Saint-Napoléon le 15 août, jusque-là fête de l’Assomption pour les catholiques. Bien sûr, ses nombreux admirateurs, nostalgiques d’une certaine grandeur de la France, mettent en avant ses réalisations durables, telles que le Code civil, les grandes écoles, les lycées et le baccalauréat, dont certaines furent adoptées dans de nombreux pays, mais elles pèsent selon moi bien peu face aux incroyables excès de cet homme assoiffé de pouvoir et à l’ambition sans limites, dont le charisme indéniable engendra une légende dorée qui perdure encore après 200 ans…

 

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8 commentaires
  • Cyril Dionne - Abonné 1 mai 2021 07 h 56

    Le déboulonnement du mythe de Napoléon et vive l’Empereur

    Napoléon est un paradoxe politique. Il ne faut pas oublier son époque où il s’est attelé à déconstruire tous les régimes monarchiques d’Europe. Et qu’est-ce qu’il a fait ensuite? Il a voulu créer et instaurer une famille royale à partir de sa propre lignée. Il était progressiste et a reconduit l’esclavage dans les colonies françaises. C’était un génie militaire qui est parti en campagne contre le général hiver et la terre brûlée en Russie. Sa relation ambivalente avec la Révolution française est encore aujourd’hui, un sujet de discussion.

    Voilà, on refait la même erreur que nos « wokes » de cet été qui se sont attardés à déboulonner des statues. On relativise la situation de Napoléon avec nos yeux d’aujourd’hui. On essaie de décomposer l’histoire à partir de nos valeurs et préceptes de maintenant.

    Napoléon, c’est le même tyran qui a enlevé toutes les lois antisémites en France et avait affirmé que les juifs étaient des citoyens français à part entière. De l’autre, il a créé une police secrète dont plusieurs dictateurs à venir se sont inspirés dont Staline et Hitler. Il a créé le Code civil et établi une société basée sur le mérite et le travail tout en ignorant l’émancipation des femmes.

    On oublie le rôle fondamental que Talleyrand a joué dans l’épopée napoléonienne. Il fut le premier a voir la montée de Napoléon au pouvoir et à l’utiliser pour son bien personnel, lui qui a servi la monarchie sous Louis XVI, pour ensuite pour devenir le guide politique incontesté de Napoléon et enfin, se réinventer afin de servir les nouveaux maîtres monarchiques des puissance étrangères après Waterloo.

    Oui, Napoléon fut battu enfin pour une coalition de régimes monarchiques qui était opposée au changement démocratique et plus intéressée au droit divin. L’apport politique le plus important de Napoléon, c'est l’institution des régimes démocratiques malgré lui que nous connaissons aujourd’hui. Il éclairé son siècle pour ensuite brûler comme une météorite.

    • Nadia Alexan - Abonnée 1 mai 2021 11 h 47

      On n’a pas besoin d'admirer Napoléon et ses semblables, mais l'on ne peut pas les bannir de l'histoire non plus. Il ne faut pas juger l'histoire d'une autre époque par les valeurs d'aujourd'hui.
      Par contre, il ne faut pas répéter les erreurs du passé. Aujourd'hui, la diplomatie et le «Realpolitik» ont remplacé la gloire et le triomphe de la guerre éternelle entre les nations.
      C'est à dire, l'on ne peut pas justifier les montants colossaux dédiés aux dépenses militaires pendant que les gens crèvent de faim et les lacunes criantes dans nos services publics persistent.

    • Cyril Dionne - Abonné 1 mai 2021 18 h 55

      « …il ne faut pas répéter les erreurs du passé… »

      Pardieu Mme Alexan. Vous êtes à la limite du discours « wokien » et du déboulement de statue. Qui sommes-nous pour porter des jugements sur des événements il y a trois siècles passés? Vraiment, qui sommes-nous pour se penser supérieur? Tout ce que l’on peut est de constater les faits à la lumière des conditions de l’époque, pas la nôtre.

    • Nadia Alexan - Abonnée 1 mai 2021 21 h 55

      C'est effectivement ce que je viens de dire, monsieur Dionne. «Il ne faut pas juger l'histoire d'une autre époque par les valeurs d'aujourd'hui».

  • Michel Edmond - Inscrit 1 mai 2021 09 h 23

    Commémorer n'est pas célébrer

    Le New York Times, dans sa sempiternelle détestation de la France, s’en prend aussi dans l’édition du 18 mars à Napoléon Bonaparte. Napoléon est considéré comme « le plus grand des tyrans, une icône de la suprématie blanche »…

    Sans aucune nuance ni mise en perspective, l’auteure de la tribune (NT) oublie la leçon de Marc Bloch sur le rôle de l’Histoire: comprendre et ne pas juger, car « à force de juger, on finit presque fatalement, par perdre jusqu’au goût d’expliquer ».

  • Alain Roy - Abonné 1 mai 2021 09 h 41

    Héros et tyran

    Héros ou tyran? Les deux, ombre et lumière. Mais quelle épopée fascinante, extraordinaire, inimaginable ailleurs qu'en l'Europe à l'époque charnière entre la fin du 18ème siècle et le début du 19ème. Héros et tyr.an pour George Blond dans sa "Grande Armée", où il estime que les pérénigrations des armées de Napoléon ont fait un million de morts et autant de blèssés. Mais où il célèbre aussi, sans complaisance et sans cacher la cruauté des combats, l'héroïsme, sinon le mépris de la mort, des combattants.
    Surtout héros et conquérant génial dans l' "Austerlitz" de Pierre Miquel, de la capitulation de Ulm à l'appât du plateau de Pratzen, où les manoeuvres du héros, et des troupes qui s'affontent, sont analysées et jusqu'à un certain point sublimées.
    Fascinant.

  • Gilbert Troutet - Abonné 1 mai 2021 10 h 48

    Une ambition démesurée

    Vous avez raison de souligner que Napoléon a fait beaucoup de dégâts humains en Europe. Je me souviens de ce que nous apprenions à l'école, par exemple un paragraphe qui se terminait par : « ...son ambition démesurée le perdit ».

  • Serge Sokolski - Abonné 1 mai 2021 11 h 29

    Héros ou?

    Pourquoi "Héros OU tyran"? Ne devrait-on pas dire "Héros ET tyran". Napoléon est certes un personnage historique et il faut en considérer l'importance. Pourquoi le juger avec nos yeux du XXIe siècle? Il est crucial de continuer à en parler pour comprendre l'Histoire. Au lieu de juger, classer, cataloguer, analysons.