Élisabeth Marchaudon, le départ d’une grande libraire

Nous venons d’apprendre le décès de madame Élisabeth Marchaudon. Née en France en 1941, elle apprend le métier de libraire à Strasbourg, à la librairie de la Mésange puis à la librairie Kléber, tout en fréquentant les milieux intellectuels gravitant autour de l’université de la ville. Elle y côtoie de jeunes chargés de cours, des écrivains à leurs débuts fuyant les pays de l’Est, et la famille d’un sociologue américain venu enseigner pour un temps à Strasbourg, Norman Birnbaum.

Elle part pour New York avec les Birnbaum et vit avec eux jusqu’en 1967, date à laquelle elle s’installe à Montréal et reprend son métier de libraire. Elle crée la section francophone de Classic Book Shop, une chaîne de librairies à l’époque unilingue anglophone. En 1969, elle est engagée pour gérer la librairie Hachette de Toronto. En 1971, elle revient à Montréal et travaille dans plusieurs librairies, dont Smith & Son et Renaud-Bray. En 1980, elle rachète la librairie Hermès, rue Laurier. Elle en fait une librairie exemplaire. Elle est la toute première au Québec à faire de sa librairie un lieu d’animations. Elle organise, entre autres, « Les beaux dimanches de la librairie Hermès » autour de la fameuse émission Apostrophes de Bernard Pivot. Et surtout elle crée « Les rencontres de la librairie Hermès », où elle invite des écrivains à passer une heure ou deux dans sa librairie, pour y rencontrer leurs lecteurs et vivre avec elle la vie de libraire.

C’est ainsi que pendant 20 ans, la librairie Hermès et Élisabeth Marchaudon deviennent des incontournables de la vie littéraire et culturelle de Montréal. Elle a la passion des livres, un véritable talent de gestionnaire et un art très personnel de la communication. Ne pouvant pas tout lire, elle sait parler de tout — ou presque. Son secret ? Elle épluche systématiquement les journaux et les revues, qu’ils soient québécois, français, américains ou anglais. Une mémoire sans faille, une curiosité sans fin, telle est cette libraire, la seule au Québec à participer, sur ses propres deniers, à plusieurs congrès internationaux de libraires et à y inviter certains de ses employés.

La librairie Hermès, malheureusement, doit fermer ses portes en 2002. Tous ceux qui l’ont fréquentée, auteurs, éditeurs, distributeurs, représentants, libraires, journalistes, lecteurs et clients se souviendront d’Élisabeth comme d’une forte personnalité et d’une admirable professionnelle du livre.

1 commentaire
  • Yvon Montoya - Inscrit 26 septembre 2020 06 h 34

    Paix a son âme parce que ce fut en éffet une femme plus qu’admirable. Cette nouvelle, mauvaise, est attristante. Elle nous était essentielle. Merci.