Réaménagements à Montréal: d’une bonne idée au dogme

De toute part fusent des récriminations contre le plan d’aménagement (prétendument temporaire) mis en place par la Ville de Montréal dans le contexte de la pandémie. « Corridors sanitaires », rues piétonnes, voies cyclables, la métropole a été chamboulée. Pour accommoder les cyclistes et les piétons, on a installé des rangées interminables de bornes orange — comme sur la rue Rachel, dans l’Est —, ou d’affreuses structures de métal surmontées de clôtures — qu’on peut voir le long du Jardin botanique —, ou encore de monstrueux bollards en ciment sur plusieurs rues commerçantes. Pas un kilomètre sans une déviation (un « détour »), une rue fermée ou quelque autre obstacle. Des chantiers qui s’éternisent, des rues massacrées, des quartiers défigurés, une ville sinistrée.

Sous l’administration Plante, les piétons et les cyclistes ont été intronisés rois de la métropole et désignés — bien malgré eux — ennemis jurés des automobilistes, des personnes à mobilité réduite, des personnes âgées, des résidents et des commerçants.

D’une bonne idée, on a fait un dogme et une idéologie. Pas de discussion ni de consultation sur ces réaménagements, les bonnes intentions se suffisant à elles-mêmes. Avec pour résultat que la réalité est passée à la trappe.


 
7 commentaires
  • Jean Richard - Abonné 11 juillet 2020 11 h 07

    La bagnole est une pandémie

    Bien avant la crise de la covid, une pandémie détruisait à petits feux, selon une courbe sans cesse à la hausse, la ville. Des décennies et des décennies de tout-à-l'auto, des décennies d'illusoire et dogmatique liberté de ce dieu des temps modernes, qui apporte à son conducteur une sensation de puissance, de superman, allaient étouffer la ville, la priver d'espace, d'air et de verdure. Disons les choses autrement : des années et des années d'indécrottable asservissement à la voiture privée ont abouti à une inquiétante perte de mobilité et de quiétude chez une partie toujours grandissante de la population. Bien loin d'avoir amélioré la mobilité urbaine, la voiture particulière n'a cessé de la réduire. La voiture est une menace telle que peu de parents laissent leurs enfants développer leur autonomie, une menace telle que les gens âgés, aux réflexes ralentis, n'osent plus s'aventurer sur la rue, la traversée de chaque intersection étant perçue comme un périlleux saut dans le vide. Les gens handicapés ? Il faut être téméraire pour se déplacer en fauteuil roulant motorisé car une collision avec une voiture de deux tonnes a de bonnes chances d'être fatale.
    Et voilà qu'à la pandémie automobile vient s'ajouter la pandémie de la covid. Pouvions-nous combattre deux pandémies mortelles à la fois ? Ou devions-nous profiter de la venue de la seconde pour tenter d'en finir avec la première ? Montréal, profitant de l'expérience des autres, a tenté de se joindre aux nombreuses villes qui, à la grandeur de la planète, ont pris des mesures pour redonner la ville à ceux qui y vivent. L'urgence a donné lieu à quelques gaucheries, mais dans l'ensemble, il s'agit d'un pas dans la bonne direction.
    Les détracteurs de la modernisation des villes par les transports actifs et les transports publics brandissent souvent la théorie du complot. Tiens : ça fait penser aux mouvements antimasques, antivaccins... Les antivélos et les antipiétons rejoignent les antimasques...

    • Fernand Lavigne - Abonné 11 juillet 2020 13 h 50

      Évitons de remplacer un gâchis par un pire. Mme Plante passera pour la Mairesse des cònes jaunes.
      Un plan pour des mileux de vie conviviales reste à expérimenter, des rue pétonnières, c'est de la foutaise.
      Fernand Lavigne

    • Simon Grenier - Abonné 11 juillet 2020 21 h 06

      J'abonde dans le même sens que vous, M. Richard. J'ajouterai sarcastiquement que tout le monde est bien d'accord: la mobilité automobile était parfaite à Montréal jusqu'à l'arrivée de Mme Plante. Traverser le centre-ville "en char" un jour de semaine, autoroute Ville-Marie ou pas, a toujours été un charme, right? Et que dire de la circulation nord-sud, encore une fois grandement facilitée par une autoroute Décarie fluide, fluide, fluide. Jamais congestionnée, hein. C'est à se demander pourquoi il y a encore des chroniqueurs circulation à la radio.

      On ne voit que des voitures partout mais serait un problème de piétons et de vélos envahissants. C'est presque gênant pour moi de prendre le temps de répliquer à une énième lettre ouverte de ce genre.

    • Jean-François Trottier - Abonné 12 juillet 2020 10 h 23

      M. Richard, votre vision est "îlocentriste" et insultante.

      Sans voiture, Montréal deviendra en quelques années aussi démunie que Détroit.

      Les banlieusards se rendent au travail en voiture, soit jusqu'à Montréal, soit jusqu'à un moyen de transport en commun.
      Tant qu'on a la chance de travailler près d'une axe de métro, ça va. Mais dès qu’on en sort...
      Rive-Sud à Ville St-Laurent, plus grand parc industriel de Montréal : 2 heures en transport en commun, 30 minutes en auto, 40 avec le trafic.
      À Montréal-Nord : 2 heures en transport en commun, 25 minutes en auto, 35 avec le trafic.

      Je prends mes temps sur Google mais je vous parle d'expérience : j'ai travaillé pas mal partout sur et autour de l'île durant ma carrière.

      Beaucoup de Montréalais ont besoin de la voiture dès qu'ils sortent des axes de métro, sans parler des nombreux handicapés.

      De plus en plus de touristes Québécois refusent d'aller à Montréal. Pourquoi croyez-vous? De combien de millions êtes-vous prêt à priver la Ville au nom d'un système hybride mais pensé expressément pour frustrer les automobilistes?
      Je souligne "pensé expressément".

      Le système de transport en commun de Montréal est embryonnaire. Pour en arriver à vos souhaits, il devra se comparer à celui de New-York et englober le Grand-Montréal, depuis la Rive-Nord jusqu'à St-Bruno, souterrain ou pas.
      Il faut un transport usuel et confortable pour des millions de personnes, même au milieu du mois de janvier. C'est tout.

      Vous livrez un faux combat. Le vélo n'est pas un moyen de transport utilisable pour des centaines de milliers de personnes, un point c'est tout. Les transport en commun sont pourris hors des axes.
      Et vos images de "superman", inacceptables. Faut s'en croire un pour traiter les autres ainsi.

      Il faut se diriger vers la voiture électrique tout de suite.... et aménager Montréal pour la desservir intelligemment.

      Alors vos sautes d'humeur là... bof.

  • Simon Grenier - Abonné 11 juillet 2020 20 h 56

    Le dogme, c'est celui de protester contre tout aménagement qui procure aux piétons et vélos moins de 10% de l'espace disponible pour se déplacer. On ne parle pas de loisirs mais bien de transports. Et de citoyens qui paient exactement les mêmes taxes que les automobilistes - dans le cas où ceux-ci résident dans la ville qu'ils encombrent de leur voiture.

    Le dogme, c'est aussi de blâmer la mairesse ou l'administration publique pour les centaines (milliers?) de travaux de construction privés, absolument partout depuis la reprise de cette industrie, qui bloquent trottoirs, pistes cyclables et chaussée, ce qui cause immanquablement des conflits entre les automobilistes désormais klaxonneurs compulsifs et les piétons qui n'ont aucun endroit sécuritaire pour passer. Savez-vous ce que veut dire "aucun"? Ça veut dire que les petits vieux, les enfants, les gens à mobilité réduite, ils doivent prendre leur courage à deux mains et se garrocher dans le trafic pour circuler - non pas "traverser" mais bien "continuer à se déplacer en ligne droite". C'est bien, bien pire que quelques cônes orange à votre gauche pendant que vous êtes confortablement assis sur vos fesses, dans votre véhicule.

    Le dogme, c'est de persister à ignorer le seul élément essentiel en matière de mobilité: il y a trop de voitures pour l'espace physique disponible à Montréal. Un quartier comme le Plateau a longtemps été un quartier ouvrier. Une très rapide lecture de Michel Tremblay nous rappellera combien les chars étaient un luxe que pratiquement personne dans le coin ne pouvait se permettre. S'acheter un condo sans stationnement en pensant qu'on va garer nos deux voitures n'importe où, dans le Plateau, depuis les années 2000, c'est complètement stupide. Et pourtant, ça chiâle contre qui? La mairesse au dos très large.

    Vous pouvez mettre 15 oeufs dans le contenant conçu pour 12 si vous voulez, mais n'aller pas blâmer Valérie Plante pour le dégât dans votre réfrigérateur. Ce serait full dogmatique.

    • Jean-François Trottier - Abonné 12 juillet 2020 11 h 46

      Non monsieur, on parle de loisir.
      Bien sûr, pas pour vous!

      Mais c'est le cas pour 90% de la population. 80% à Montréal, disons. Peut-être...
      Vous, personnellement, ne prenez jamais le vélo pour vous divertir, c'est entendu! À chacun ses dogmes hein.

      Quels que soient ceux-ci, la frustration créée intentionnellement tel qu'elle se pratique pour le moment ne peut qu'amener des réactions et résultaats que vous-même allez payer.
      Non, monsieur, ce n'est pas une menace. C'est un fait tout bête : quand on attaque, faut s'attendre a des contre-attaques.
      Les trous dans les rues, et qui sont dûs avant tout à l'âge ainsi qu'aux camions qui transportent entre autres votre nourriture et très peu aux autos, ils se répareront encore plus lentement. La Ville n'accueillera plus personne, les hôtels vont se vider, on ira à Québec, au Mont-Tremblant ou à Magog au lieu de Montréal. Personne ne souhaite entrer dans une ville, passer une heure à tourner en rond et se faire faire des "finger" en même temps.
      Sans parler des gestes bêtes qu'engendre la frustration. Ils existent, que vous le vouliez ou non. Mais c'est surtout le vide de touristes que vous allez payer cher.
      Quand on persuade par contre, il y a des chances que ça améliore le climat. Non? Trop hors-dogme?

      Vous avez fait votre choix. Ce n'est pas le bon.

      Dites ce que vous voulez, les élus, sans être forcément coupables, sont responsables. Quoique l'auteur ici ait tort parce que la majorité des travaux sont dûs à l'ingérence de dizaines d'années de laisser-aller, et qu'enfin on voit à redresser la situation, la mairesse n'a pas bien véhiculé(sic) son discours, ni vu à améliorer les transports en commun d'abord, question d'aider tous ceux, très nombreux et dont vous n'êtes pas, pour qui le vélo restera toujours un loisir et la voiture, un besoin réel.

  • Laval Gagnon - Abonné 12 juillet 2020 09 h 01

    Montréal éclatée ?

    Pendant qu'on continue d'investir des milliards dans le réseau routier supérieur de l'île et de la région montréalaise, le coeur francophone de Montréal, (Plateau, Rosemont Petite-Patrie, Outremont, Villeray-St-Michel, Hochelaga-Maisonneuve) est enfargé dans les chicanes de quartier à propos des corridors sanitaires, rues piétonnes, restriction du déplacement automobile, stationnements réduits, voies cyclables, mobilité durable, etc. Comme s'il ne restait à la mairesse (de Ville-Marie) que ce terrain de jeu politique loccal pour exercer le pouvoir. Un terrain qui est aussi celui des maires d'arrondissement. Chicanes garanties. Les grosses affaires (REM, pont Samuel de Champlain, échangeur Turcot, l'aéroport, réfection de la métropolitaine, planification urbaine, métro vers l'est, etc), ça relève du fédéral, du provincial ou de l'international. Ceux qui ont d'autres chats à fouetter, les magnats de l'immobilier, les investisseurs financiers (Caisse de dépôt et autres privés), les chevaliers de l'urbanité mondialisée, les développeurs de tout accabit (Royalmont, etc) ceux-là brassent leurs grosses affaires. Des affaires qui modèlent le coeur du grand centre-ville sans rendre de compte aux Montréalais eux-mêmes... Montréal est-elle gouvernable ?