Vision idéaliste

Dans sa chronique du 29 juin, Jean-François Nadeau perçoit le déplacement soudain d’une importante partie de la jeunesse vers la Gaspésie comme le reflet potentiel d’« une génération voulant s’approprier son territoire ». Il évoque même la possibilité de réinventer le monde une fois de plus.

J’en ai eu des frissons à l’envisager. Toutefois, cette supposée quête de découverte m’apparaît plutôt comme une ruée non pas vers l’or, mais vers la mise en scène de soi si caractéristique de cette génération de jeunes adultes, dont je fais partie. À la vision idéaliste d’une « jeunesse en quête de beautés et d’expériences » se superposent les images de plages bondées de gens appréhendant le réel par l’intermédiaire d’un écran de téléphone cellulaire tourné vers eux, en quête d’une poignée d’abonnés Instagram.

Je refuse toutefois de nous condamner trop âprement et pose plutôt ces questions inspirées du grand Gilles Groulx : Où allons-nous donc aller quand les plages de la République dominicaine vont être de nouveau accessibles ? Où allons-nous donc aller quand il va être à nouveau possible de se tirer le portrait au Vietnam, au Cambodge ou à Bali ? Où allons-nous donc nous diriger une fois la vague échouée sur le rivage ? Le grand Pierre Perrault soulevait également ce questionnement il y a près de soixante ans. La réponse est cruciale pour la suite du monde.

7 commentaires
  • Claude Bélanger - Abonné 2 juillet 2020 08 h 35

    Un beau texte

    Un beau texte. Bravo. C'est comme les mouvements d'exode des régions vers Québec ou Montréal, on dit que c'est par un manque de travail mais c'est autant comme vous dite "une ruée vers la mise en scène de soi". A une autre échelle, dans ma jeune trentaine, j'ai réalisé que je n'avais jamais vraiment visité Montréal alors que j'avais vu Paris, Londres, New York etc, alors que je venais du Bas-du-fleuve. À la fin de l'année scolaire, la gare principale de Bruxelles se remplissait de Cegepiens en quête d'aventures...Un jour un de nos professeurs en architecture avait créé une surprise en proposant un voyage scolaire à Percé plutôt qu'à New York. Cela nous avait ouvert les yeux...

  • Yves Corbeil - Inscrit 2 juillet 2020 08 h 51

    Vous allez aller aussi loin que

    Vos sérieuses études vous conduiront. Et cela n'a pas changé depuis que Sapiens est venu au monde. Avant lui le monde fonctionnait comme Francine, des dons transmis de générations en générations puis des titulaires occupaient des postes d'importances dans la tribu. Aujourd'hui ils sont titulaire universitaire, chargé de cours ou boursier dans une chaire près de chez vous. Avouez qu'ils ont la couenne dure c'est Néandertal.

  • Yves Corbeil - Inscrit 2 juillet 2020 09 h 21

    Le pire qui pourrait arriver

    Serait de finir comme chargé de cours dans une satellite anglophone en région et collaborateur à temps plein au Devoir renouveau. Ça se serait vraiment gaspiller le travail de survie de prédécesseurs comme Groulx qui aujourd'hui se font déboulonné un à un sans explication ni compréhension contextuel. Ces sirènes là mon Louis, faut que tu les fuis comme la peste. Prends ton packsack pis va voir le monde, ça complètera ta formation.

  • Cyril Dionne - Abonné 2 juillet 2020 09 h 33

    Réinventer la roue

    Bien, c’est avec des gens comme Louis Jodouin qui nous donne espoir que tout n’est pas perdu. Avec un scalpel chirurgical, il coupe ces mythes d’une jeunesse qui se dit inclusive, antiraciste et ouverte supposément sur le monde alors qu’elle ne parle qu’en fait, d’elle-même. Ces générations hyper-individualistes, sous la couverture d’une grande ouverture, réduisent l’équation humaine à leur petite personne et ce que la planète peut faire pour eux. Cet individualiste hyper-connecté nous fait entrevoir un totalitarisme de la pensée binaire; soit vous êtes avec eux ou bien vous n’êtes pas du bon côté. En fait, ce sont des individualistes solidaires qui hantent les antres des écoles des sciences sociales avec leurs gourous.

    On n’attaque plus les idées puisqu’ils sont porteurs de la Vérité, mais plutôt les personnes. En fait d’amalgames, ils sont passés maître dans l’art du trompe l’œil. Ils associent le voile religieux au masque sanitaire en temps de pandémie. Ceux-ci carburent à l’appropriation culturelle, au racisme systémique, à la discrimination positive et nous font la morale lorsqu’on pose des questions. Cette nouvelle bien-pensance n’augure rien de bon pour l’avenir.

    Ils sont séduits par un individualisme qui ébranle la démocratie et la vie politique de même pour la spiritualité tout en ramenant les religions monothéistes et leur caractère holistique et tyrannique malsain au sein de la société pluraliste. Thomas Jefferson doit se retourner dans sa tombe. Cet hyper-individualiste est en train de détruire l’individualisme nécessaire en démocratie. Leur passion pour l'égalité et la tyrannie de l'opinion étouffe tous ceux qui n’ont pas le même schème de pensée. C’est ce qui arrive à des générations fortunées qui n’ont eues nul besoin de se battre au quotidien pour avoir un train de vie de rêve. Cette jeunesse riche n’a rien à voir avec celle des pays du tiers monde qu’elle exploite. Pour leur vision idéaliste, la seule limite est toujours leur vision.

    • Marc Therrien - Abonné 2 juillet 2020 11 h 12

      Heureusement que le texte de M. Jodoin vous donne espoir que tout n’est pas perdu, car à lire le reste de votre charge contre l’hyper individualisme, on se demande bien si M. Jodoin et ses quelques amis pourront renverser à eux seuls ce qui me semble très mal foutu voire désespéré dans ce que vous décrivez. Pour le reste, en ces temps de dystopie, il est bien humain de voir réapparaître des visions idéalistes.

      Marc Therrien

  • Hélène Paulette - Abonnée 2 juillet 2020 10 h 10

    Vous êtes d'une grande lucidité, Louis Jodoin...

    Et malgré tout vous ravivez l'espoir... Et vous n'êtes heureusement pas le seul.
    Merci.