Le Québec: un beau territoire, trop peu accessible

Visitez le Québec, nous propose-t-on cet été alors que les touristes de l’extérieur sont absents. Vous trouvez l’idée formidable ? Moi aussi. Il y a un problème toutefois. Pour visiter le Québec, vous allez sans doute devoir en sortir.

La pandémie actuelle a mis en lumière le périple compliqué imposé à ceux qui souhaitent se rendre aux îles de la Madeleine en voiture et qui, pour cela, ont dû attendre la permission du Nouveau-Brunswick et de l’Île-du-Prince-Édouard et se plier à leurs règles. La logique voudrait pourtant que ce voyage se fasse de Chandler ou de Gaspé. Cherchez l’erreur.

Vous êtes à Gatineau et vous voulez visiter le Témiscamingue ? Pas de problème ! Quittez le Québec, dirigez-vous vers Ottawa et suivez… la route ontarienne ! Les villages de la Basse-Côte-Nord vous intéressent ? Dommage ! Ils ne sont pas reliés. Vous rêvez de vous rendre à Blanc-Sablon par voie terrestre ? Facile. Soit vous vous dirigez vers le Labrador, soit vous passez par les Maritimes jusqu’à Terre-Neuve. Depuis des années, les gens de la Côte-Nord réclament un pont enjambant le Saguenay. Oubliez le Nord-du-Québec, à moins de pouvoir vous offrir l’avion (qui coûte très cher).

Autrefois, des centaines de trains sillonnaient toutes les régions du Québec et des traversiers reliaient les municipalités qui bordent les deux rives du Saint-Laurent. Autrefois, le fleuve n’était pas une ligne de séparation. Autrefois, « Bonjour Québec » voulait beaucoup plus dire « Bonjour tout le Québec ».

Les régions sont une force dynamique, la mémoire et l’ancrage du Québec. En ces temps où le développement durable devient la norme, un Québec fort a plus que jamais besoin
de ses régions.

On parle, au gouvernement québécois, de relance économique. Commençons par réunir tous les morceaux du Québec, par fluidifier la circulation interne, par permettre aux Québécois de visiter le Québec en restant au Québec.

Quiconque a vu la baie des Moutons, l’île Providence, le Témiscamingue où les îles de la Madeleine comprendra que nous possédons d’inestimables trésors et qu’il tombe sous le sens de les rendre accessibles, de les protéger et de les valoriser. Routes, ponts, traversiers, transports en commun performants, protection de nos ressources vont de pair avec économie et développement durable de toutes les régions du Québec.

9 commentaires
  • Léonce Naud - Abonné 30 juin 2020 04 h 44

    Québec : illustrer le territoire

    Pierre Lahoud a raison d'attirer l'attention sur l'importance de mieux relier entre elles physiquement et mentalement les différentes parties du territoire Québécois. En outre, peut-on suggérer de montrer le Québec autrement qu'en utilisant la projection adoptée par les Britanniques depuis 1760 et retrouver la vision normale de notre territoire, celle des cartographes de la Nouvelle-France ?
    Réf.: http://wikiquebec.org/images/0/03/Carte-du-quebec-

  • Philippe Dubé - Abonné 30 juin 2020 06 h 49

    Le pays réel

    On ne peut mieux dire. Bravo! Pierre

  • Gilles Marleau - Abonné 30 juin 2020 07 h 17

    Oui

    Oui, un beau pont suspendu à Tadoussac, ça presse!

  • Pierre Rousseau - Abonné 30 juin 2020 08 h 15

    Développement durable ?

    En tourisme, développement et durable peuvent devenir un oxymoron. Les régions d'ores et déjà magnifiques deviennent rapidement des désastres à cause de la pression indue du tourisme et les Îles-de-la-Madeleine pourraient en devenir un exemple tout comme la Basse-Côte-Nord et le Nunavik.

    Par exemple, de plus en plus de monde s'adonnent au camping pour se retrouver dans des terrains de camping surpeuplés où les tentes et les véhicule récréatifs sont cordés les uns à côté des autres avec tout ce que cela peut entraîner.

    Des lieux hautement touristiques deviennent souvent des dépotoirs ou encore, il y a une telle cohue qu'il n'est même pas possible d'y accéder, comme Macchu Picchu au Pérou. Un beau site peut être ruiné par la horde des voyageurs et des touristes, plus de chemins forestiers entraînent plus de feux de forêts dévastateurs.

    Dans un certain sens, les difficultés de se rendre à un endroit magnifique rendent le voyage plus intéressant et on finit par mériter d'aller à ces endroits. Si on veut aller au Nunavik, il faut investir beaucoup mais, par contre, cela en fait une expérience extraordinaire et a protégé les Inuits d'une invasion encore plus grande des gens du Sud et des impacts encore plus néfastes du colonialisme. Leur isolement les a protégés jusqu'à un certain point des menaces d'assimilation et le tourisme pourrait facilement changer la donne.

    Il y a donc un équilibre à rechercher entre le tourisme à outrance et l'accessibilité des Québécois aux sites les plus intéressants. On ne doit pas ruiner l'expérience touristique avec la cohue inévitable qui suit une accessibilité plus grande. Il faut aussi regarder les options plus gérables comme le tourisme hors-saison qui peut être aussi, sinon plus intéressant que celui en plein été. En corollaire, il faudrait aussi repenser les «vacances de la construction» et les étaler sur plusieurs semaines pour éviter que tout le monde veuille aller aux mêmes endroits en même temps.

  • Bernard LEIFFET - Abonné 30 juin 2020 08 h 29

    Voir le Québec pour un touriste étranger risque de devenir un cauchemar!

    Ayant parcouru une bonne partie du territoire Nord-Américain en voiture, en bateau, à pieds, on peut dire effectivement que la circulation au Québec pour les touristes étrangers en particulier n'est pas sans risque. Partir à l'aventure en pleine forme est une chose, mais avec le temps on cherche un minimum de confort et se sentir en sécurité. À bord de son bateau, affronter les tempêtes de la Côte Est canadienne et surveiller les dérives des icebergs sont des choses du passé, mais il semble qu'à terre rien ne bouge, en particulier au Québec! Cependant, pour les compagnies minière et forestières, où le signe de piastre est en vue, les gouvernements sont plus proactifs pour construire des routes dans les régions nordiques isolées!
    La modernisation et l'excès de centralisation de Montréal draînent la plupart des fonds publics au détriment du reste du Québec! Il importe peu aux gens de l'endroit de savoir que d'autres citoyens sont confinés leur vie entière dans leur milieu, de gré ou de force! Le drame de Mégantic associé entre autres à l'état de la voie ferrovière a mis en relief l'état des voies de communication! Le Québec, en limitant l'accès aux touristes, fait le jeu des compagnies où les coupes à blanc sont légion!
    Faire le tour du Québec, quelle image futuriste digne d'un aliéné, bien que des aventuriers (hommes et femmes) l'ont fait en canot et portages, parmi les essaims de moustiques et du danger en présence d'ursidés! Autre siècle, il est plus facile de pitonner sur son téléphone et le rêve s'estompe pour chercher plutôt une destination moins compliquée et plus confortable! En saluant les gens des îles du Québec, c'est vraiment dommage que les touristes ne puissent admirer les levers de soleil, en Gaspésie ou ailleurs, ceux des vieilles cartes postales d'autrefois! Même là, il faut attendre que la voie ferrée soit en état! Le coût se chiffre en une centaine de millions de dollars, et le REM en milliards! Bref, que faut-il sacrifier?

    • Alain Béchard - Inscrit 30 juin 2020 22 h 06

      Bref QUE faut-il sacrifier? Il n'y a rien à sacrifier. Ce n'est qu'un manque de planification et de vision de nos gouvernements successifs qui depuis plus de 20 ans ne pense que par les grosses compagnies et une notion que de profit. Québec inc est une fiction car les gouvernements précédents n'y voyaient pas une structure vivante et vibrante avec des citoyens constructeurs. Tout comme la santé les décisions ont été données aux docteurs qui depuis plus de 20 ans ont déstabilisés tout le système avec l'appui du gouvernement qui n'est qu'un docteur inc. Le système est pauvre mais ses actuaires s'enrichissent et les services rétrécissent comme peau de chagrin. Si le Québec se disloque que de la faute des citoyens qui voient en leur gouvernement des gens salvateurs mais qui en réalité rétrécissent, par des lois incessantes, nos agissements monétaires et sociaux et même une certaine vision d'un futur fleurissant.
      Alain Béchard