Classes pour les doués

Le gouvernement Legault s’apprête, en créant des classes spéciales pour élèves doués (Le Devoir, 19 juin 2020), à créer une classe à part, une classe de candidats dominants qui ne pourra ni savoir ni comprendre ce qui se passe dans la vraie vie des laissés pour compte. On vient de vivre les effets de cette indifférence dans Montréal-Nord, où la gent dominante, et douée, n’a même pas eu l’idée d’aller voir ce qu’endurait cette population si éprouvée. Donc, retour à la case départ, gens de la CAQ ? Or, tous sont doués dans quelque chose, que ce soit en arts, en sciences, ou en métiers de toutes sortes. Nous avons tous quelque chose à apprendre de l’autre. Pour réfléchir, créer, aider, agir, l’intelligence ne se mesure pas qu’aux lettres. Ne construisez pas de cages, gent douée, puisque la cage des uns deviendra vite votre propre déclin.

13 commentaires
  • Réal Boivin - Abonné 27 juin 2020 06 h 42

    Les classes de surdoués existent déjà.

    Mais elles sont toutes au privé. Pour une fois, l'école publique ne nivèlera pas par le bas. Les élèves moins doués sauront qu'il est possible de faire plus et de s'élever dans le système publique. Ils pourront viser plus haut mème si leurs parents ont de faibles revenus.

  • Cyril Dionne - Abonné 27 juin 2020 09 h 35

    L'intelligence a des limites, la sottise, aucune

    Comme enseignant, c’est la meilleure nouvelle que j’ai entendu, celle de la création des classes spéciales pour la douance. J’ai enseigné des cours de douance comme j’ai enseigné des classes avec des élèves qui rencontraient des difficultés d’apprentissage. Or, pour les doués, la plupart du temps, ils sont laissés pour contre et tous les argents et efforts à l'école sont consacrés pour les enfants qui éprouvent des difficultés d’apprentissage.

    Ce qu’on oublie dans toute cette équation des élèves en difficultés d’apprentissage qui ont plus souvent qu’autrement, des problèmes de comportement graves, c’est que dans le triumvirat de la maison, école et société, les parents sont absents. Les années cruciales de la vie d’un enfant se situent de la naissance à cinq ans. Si les jeunes ne sont pas stimulés positivement à un bas âge à la maison, ce découplage d’apprentissage et de sensations exponentiel n’aura pas lieu. Je l’ai observé à maintes reprises dans des classes où ceux qui venaient de milieux familiaux dysfonctionnels qui carburaient souvent au père absent, eh bien, les enfants exhibaient une croissance émotive, sociale et cognitive moins développé que les autres.

    Oui, tous sont doués dans quelque chose, mais lorsque votre milieu familial est inversement proportionnel aux conditions qui facilitent votre habileté d’apprendre, les miracles n’arriveront pas. L’intelligence se mesure surtout sur la rapidité à apprendre et de faire des liens avec son environnement. Et non, les classes des élèves doués ne sont pas des cages, mais bien le contraire. Pour cela, il faut avoir enseigné pour comprendre. Dire que ce sont ces élèves doués qui la différence dans toutes les sociétés à tous les points de vue à moins qu’ils soient laissés pour contre et développeront plus tard, des comportements sociétaux négatifs. Et comme le disait si bien Fédéric Bastiat : « Détruire la concurrence, c’est détruire l’intelligence ».

    • Bernard Dupuis - Abonné 27 juin 2020 11 h 19

      La collaboration plutôt que la concurrence.

      On pourrait se demander quel est le sens de cette quatrième vitesse que l’on veut donner à notre système d’éducation hyperhiérarchisé. Il est vrai que dans notre société il existe des milieux familiaux dysfonctionnels malheureusement défavorables pour les enfants qui en font partie. Toutefois, la création d’une hiérarchie scolaire, basée sur la concurrence plutôt que sur la collaboration, est-elle la solution pour éradiquer cette « érosion sociale » (l’expression me vient de Pierre Grandchamp)? En fait, on essaie de rendre celle-ci invisible en essayant de la contourner. On crée une école à plusieurs vitesses et l’esprit de concurrence nous amènera sans doute à une cinquième, celle des petits génies. Et ainsi de suite.

      L’avantage de l’école privée comme de l’école pour surdoués, c’est qu’elles ont le pouvoir de rejeter les élèves « mal élevés » et contestataires en les renvoyant au « public ». L’école privée peut encore jouer sur la peur du rejet. Et le plus ironique, c’est grâce au secteur public qu’elle peut utiliser cette stratégie. J’ai été frappé autrefois par le fait que les tenants de l’école privés, qui ne cessaient de vanter sa valeur pédagogique, n’ont jamais milité pour l’abolition du réseau public jugé implicitement si incompétent. Celui-ci est bien trop commode pour eux, car comment pourraient-ils menacer leurs élèves de ce nouvel enfer que constitue l’école publique s’il en venait à disparaître. En 2018, un sketch du Bye Bye mettait en scène une classe d’une école privée assez « énervée ». La professeure s’efforçait de la calmer en menaçant de renvoyer les élèves au « public », ce qui réussit. Paradoxalement, sans l’école publique et les élèves ordinaires, l’existence de l’école privée et les classes de douances seraient impossibles.

      Si la hiérarchie scolaire a un sens, ne faudrait-il pas instaurer la hiérarchie concurrentielle dans d’autres institutions. Par exemple, faudrait-il créer des villes pour les ge

    • Bernard Dupuis - Abonné 27 juin 2020 11 h 21

      La collaboration plutôt que la concurrence (suite)

      Si la hiérarchie scolaire a un sens, ne faudrait-il pas instaurer la hiérarchie concurrentielle dans d’autres institutions. Par exemple, faudrait-il créer des villes pour les gens riches et en santé différentes des villes pour « mal élevés » provenant de familles dysfonctionnelles?

      Il me semble que depuis l’arrivée de la conception écologique du monde, la notion néodarwinienne de concurrence a montré ses limites. Même dans la nature, il faut de la collaboration pour que celle-ci soit durable. Ce principe s’applique de plus en plus à notre société depuis que le capitalisme a laissé la place à la social-démocratie.

    • Cyril Dionne - Abonné 27 juin 2020 13 h 26

      Mais pardieu M. Dupuis, cela existe déjà, a toujours existé et existera toujours des hiérarchies concurrentielles dans la société. Nul besoin de créer des villes pour les gens riches et en santé différentes des villes pour « mal élevés » provenant de familles dysfonctionnelles, pour reprendre vos mots, puisqu’elles existent déjà. Combien de parents peuvent aller vivre et s’acheter une maison dans des secteurs de ville comme Outremont ou Westmount à Montréal et envoyer leurs enfants à l’excellente école publique du quartier?

      Vous nous parlez de collaboration plutôt que de concurrence en milieu scolaire, c’est beau, c’est noble, mais dans la réalité, une fois que les élèves sont sortis de cet environnement scolaire artificiel, ils doivent affronter la vie et celle-ci ne leur fera pas de cadeau. Personne ne va s’asseoir avec eux pour les aider à cheminer un peu plus vite pour rattraper les autres dans le milieu du travail. Vous me faites penser lorsque je siégeais sur les comités d’embauche pour enseignants; ils prenaient la personne la plus qualifiée et compétente à moins d’être issue d’une minorité visible pour qu’elle devienne celle de service, discrimination positive oblige.

      Enfin, j’ai enseigné la douance à un groupe non-privilégié socio-économiquement qui venait peut-être pas de familles qu’on pourrait appeler dysfonctionnelle, mais était pauvres, très pauvres mêmes. Ils étaient très contents d’avoir cette chance de faire des activités à leur niveau cognitif et de hautes technologies. Parce que vous savez, ce sont ces enfants qui sont les premiers décrocheurs à l’école lorsqu’ils doivent subir les intempéries et frasques des autres mal élevés et au comportement douteux pour cacher leur faiblesse cognitive.

      Et ce n’est pas la notion néodarwienne qui a échouée, mais plutôt celle de la social-démocratie. Et c’est plus qu’évident partout sur la planète aujourd’hui.

    • Bernard Dupuis - Abonné 27 juin 2020 15 h 46

      L'injustice et les inégalités

      S’il y a une chose que notre social-démocratie a réussie, au grand déplaisir de nos notables, c’est le relèvement de notre niveau d’éducation dans la population en général. Guy Rocher nous rappelle qu’en 1960 à peine 5% des Québécois et Québécoises atteignaient le niveau universitaire. Aujourd’hui, il atteint plus de 35%. L’autre réussite concerne l’accès aux études supérieures pour les femmes à tel point que dans certaines facultés comme la médecine elles sont maintenant supérieures en nombre.

      Ce n’est pas parce que les inégalités existent depuis toujours que cela justifie que l’on continue à favoriser l’existence ou la création de villes à deux ou trois vitesses. René Lévesque avait créé toute une commotion en qualifiant les villes de l’ouest de Montréal de « Rhodésie » d’Amérique du Nord. Depuis ce temps, ces villes se montrent beaucoup moins arrogantes bien que l’injustice causée par leur existence demeure.

      Notre social-démocratie a réussi à éviter plus qu’ailleurs le piège qui consiste à vouloir corriger une injustice par une autre injustice. Selon moi, notre système scolaire à trois et maintenant quatre vitesses est un des plus grands échecs de la Révolution tranquille. Jean Lesage, voulant plaire au Cardinal Léger avait permis aux communautés religieuses de conserver leurs collèges et leurs couvents privés. Ce qu’il ne disait pas à la population c’est que l’État québécois subventionnait ces institutions à la hauteur de 80% à cette époque. Ce qui devait être temporaire est devenu permanent. Il n’y avait pas que Duplessis qui fraternisait avec les évêques.

      Cette erreur historique fait qu’actuellement le secteur public est devenu la poubelle du secteur privé. Ce système est tellement pratique que personne ne veut l’abolition du secteur public tant décrié. Pendant ce temps, les élèves de ce secteur se sentent rejetés et dévalorisés. Ils retardent encore plus notre progression en éducation en étant convaicus qu’ils ne réussiront pa

    • Bernard Dupuis - Abonné 27 juin 2020 15 h 49

      L'injustice et les inégalités (suite)

      Ils retardent encore plus notre progression en éducation en étant convaicus qu’ils ne réussiront pas parce qu’ils sont au secteur public considéré comme inférieur au secteur privé. Guy Rocher nous enseignait que les hiérarchies mènent aux pires injustices sociales.

      Cette situation est le plus grand échec de ma carrière de plus de quarante ans d’enseignement dans le secteur public. En 1963, nous croyons que grâce à l’éducation le Québec sortirait de son infériorité économique et culturelle. En effet, cela fut partiellement une illusion. Toutefois, il ne faut jamais capituler. C’est pourquoi je continue à me battre contre les inégalités de fait et de droit.

    • Cyril Dionne - Abonné 28 juin 2020 15 h 15

      Tout votre discours est au passé est peuplé de « si » M. Dupuis. Vous faites ma thèse que la social-démocratie a été un échec au Québec parce qu'elle n'a pu s'établir de façon permanente. Mais je suis d'accord avec vous, ce sont les inégalités socio-économiques qui sont au cœur du dilemme et le mouvement vers la gauche « toute » ne fait qu'accentuer le problème. Les riches demeureront riches et les autres vont continuer de s'appauvrir, le tout masqué par une technologie de plus en plus envahissante.

    • Marc Pelletier - Abonné 28 juin 2020 15 h 41

      M. Dupuis,

      Vous parlez de " Duplessis qui fraternisait avec le évêques "

      Et, en vous lisant on peut en déduire que le miracle s'est produit lorsque Lesage a coupé court à la " chape de plomb " que faisait porter l'église catholique sur les institutions de l'État.

      Est-ce un oubli de votre part ? Vous omettez de mentionner que la chape de plomb des syndicats, qui s'est bien installée depuis, est pour le moins aussi lourde à supporter que ne l'était le pouvoir de l'église catholique, à l'époque !

    • Bernard Dupuis - Abonné 28 juin 2020 23 h 19

      M. Pelletier

      Que voulez-vous que je fasse avec quelqu’un qui fait de fausses déductions et qui de surcroît fait des comparaisons boiteuses?

  • Céline Delorme - Abonnée 27 juin 2020 10 h 01

    Les Québécois vivent dans le monde.

    Mme Pelletier Gravel regrette que les écoles offrent des programmes adaptés aux capacités différentes des étudiants.
    Mais les Québécois ne vivent pas en isolation, ils font partie du monde. Dans le monde entier, les systèmes d'éducation classent les étudiants selon leurs résultats et leurs capacités qui diffèrent les unes des autres.
    Voyons ce qui se passe en Suède, un des pays renommmé pour son système progressiste social. Surprise, les admissions à l'université se font à partir de l'évaluation des capacités des étudiants.
    Le site officiel d'admission en Suède mentionne: "Processus de sélection: Vous devrez compétitionner avec les autres étudiants pour obtenir une des places disponibles."
    https://www.universityadmissions.se/en/All-you-need-to-know1/Applying-for-studies/Selection-process/

    • Bernard Dupuis - Abonné 28 juin 2020 10 h 36

      Il faut bien distinguer entre l’admission à l’université et l’enseignement primaire et secondaire. Les études universitaires ne sont pas obligatoires. Mais, les études secondaires sont obligatoires jusqu’à seize ans. Ainsi, la sélection des élèves par les écoles privées relève d’une conception biaisée de la compétition. C’est comme si au hockey, le Canadien avait le droit de choisir ses joueurs parmi les meilleurs de la ligne.

      Si les problèmes familiaux et sociaux n’étaient pas si nombreux, l’école privée ne serait pas si populaire. Car, celle-ci carbure à l’érosion sociale. En effet, plusieurs parents veulent « placer » leurs enfants au « privée » dans le but de les protéger des enfants provenant de familles dysfonctionnelles. Ainsi, l’école privée n’a pas intérêt à ce qu’on règle les problèmes relatifs à l’érosion sociale. Plus ces derniers sont nombreux, plus sa clientèle augmente.

  • Paul Gagnon - Inscrit 27 juin 2020 11 h 30

    Sylvia Pelletier-Gravel et alliées (expression à la mode)

    préfèrent sans doute les classes de sous-doués. Pourtant, Dieu sait qu'on n'en manque pas, fruit du travail inlassable des idéo-pédagogues et du Minitère de la déséducation. Merci à la gauche...