Désir identitaire

OK…, je suis natif de cette génération d’après-guerre et je ne me sens pas attaqué. J’ai d’ailleurs toujours trouvé que j’avais autant à voir avec les X qu’avec cette cohorte née entre 1945 et 1965 qui a dominé le monde occidental et maintenant que les Y sont là, je les accompagne dans beaucoup d’idées communes.

Les revendications hippies des boomers ont aussi été les miennes, mais pas celles des yuppies, leurs successeurs affairistes. J’ai été très déçu qu’ils aient pris leurs bandeaux pour en faire des cravates et qu’ils aient laissé tomber leur quête à travers « les portes de la perception » pour des portes de garage doubles. Et cette bande, arborant petites mallettes et gros téléphones cellulaires comme les marques ultimes du « winner », aurait fait des années 1980 le plus grand bar ouvert de la planète. Nous sommes toujours sur cette erre d’aller et cette dernière se remet mal de son lendemain de veille, d’ailleurs. À ce compte, je pourrais rejoindre l’amertume des générations subséquentes pour condamner une portion historique d’individus qui en ont profité plus que pour leur part. Mais je ne crois pas que la faute historique soit le fait d’une seule génération et je trouve suspect de vouloir diviser la population en groupes temporels pour les caser dans des tiroirs idéologiques et comportementaux. Il y avait plusieurs « sortes » de boomers, comme il y a plusieurs « sortes » de millénariaux. Les boomers ne sont pas tous des « mononcles » réactionnaires comme Alain Finkielkraut et les millénariaux ne sont pas tous des adorateurs de superhéros Marvel. Je connais d’ailleurs des petits « mononcles » millénariaux et des « boomers » qui aiment un peu trop Captain America pour leur âge.

Notre désir identitaire et notre besoin de nous rassurer dans des opinions et des jugements tranchés font en sorte que nous percevons une toile grossière et réductrice d’une réalité beaucoup plus complexe car formée d’individus qui ont leur propre trajectoire dans une société postmoderne relativiste.

Tout cela n’est donc pas une affaire strictement générationnelle et c’est de nous appauvrir collectivement que de vouloir diviser ce qui ne devrait pas l’être. Dans un contexte mondial aux multiples difficultés, nous avons plutôt besoin d’être solidaires et de prendre en compte les idées vives plus que la place que l’on a sur l’échelle du temps… à moins que cette ségrégation ait à voir avec le mépris et l’âgisme, bien sûr. Ce serait alors bien triste d’abandonner aux « vrais méchants », ces profiteurs narcissiques de tout temps et de toutes générations, un territoire déjà ravagé par des guerres intestines issues du ressentiment intergénérationnel.

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4 commentaires
  • denis jeffrey - Abonné 20 novembre 2019 06 h 48

    Fausse homogénéité des générations

    Vous avez raison au sujet de la fausse homogénéité des générations boomers et milleniaux. Ce sont des catégories qui ne sont pas du tout uniforme. Il y a surtout les journalistes qui, par raccourci, utilisent ces catégories. Parler d’un boomer ou d’un millénial permet de dire ce qu’on veut, donc de dire n’importe quoi.

    • Bernard Terreault - Abonné 20 novembre 2019 08 h 57

      Bien vrai. Malheureusement, pour vendre le produit médiatique, il faut des titres tout aussi réducteurs qu'ils sont accrocheurs.

  • Annie Marchand - Inscrite 20 novembre 2019 09 h 11

    Que faire pour nous rapprocher?

    " Dans un contexte mondial aux multiples difficultés, nous avons plutôt besoin d’être solidaires et de prendre en compte les idées vives plus que la place que l’on a sur l’échelle du temps "

    Je me rends compte qu'il est très difficile de rallier les générations autour de l'avenir quand l'une est préoccupée, aux extrémités de l'échelle du temps, par sa fin de vie et l'autre par sa survie.

    Je trouve que la politique traditionnelle, alors que toute discussion politique tourne autour du fétiche de l'économie, participe à la division. Il y a urgence de se questionner sur l'après-capitalisme parce que ce système arrive à sa phase finale, qu'il est incapable de se reproduire par essence, en plus d'être à la source de la destruction écologique de la planète et d'affaiblir les capacités des êtres humains à prendre soin les uns des autres.

    Il y a encore beaucoup trop de citoyens qui ont bénéficié d'un État social fort qui croient que le capitalisme est notre base sociétale, avec ses forces et ses faiblesses. Le capitalisme est mort. Il vit sous le respirateur artificiel des déréglementations financières, du capital fictif.

    Pour nous comprendre, prenons acte de cette situation. L'économie verte ne résoudra pas le problème fondamental du capitalisme, soit notre aliénation à l'argent, au travail, à la valeur et à la marchandise. Cessons de nous voir riches sur notre nombril territorial quand 4 millions de kenyaniens vivent sur nos déchets.

    Mes parents sont des boomers. Il me reste ma mère. Mon père est mort il y a 4 ans. Alzheimer. Ma mère a voté CAQ aux dernières élections. J'évite le sujet politique avec elle car la discussion est vouée à l'échec. Nous ne nous comprenons pas. Il ne s'agit pas d'une histoire unique. Le personnel est politique...

    Nous avons besoin d'un mouvement collectif hors frontières, d'une politique sans politique, qui pensera le monde de demain. Ce n'est pas possible d'être un militant écologiste sans entrevoir une vie sans capitalis

  • Serge Turmel - Abonné 20 novembre 2019 10 h 35

    Très bien dit, M. Boucher,

    Oui, il n'y a rien de tout blanc ou tout noir, d'une génération à l'autre, les boomers et les millénariaux peuvent avoir des vues divergentes et convergentes, grand bien leur en fasse. Comme dit également, la catégorisation temporelle des générations ne sert à rien, tout au plus à susciter le mépris de l'autre, venu avant ou après. On est tous pris à vivre sur cette planète et il y a lieu d'être solidaires, et non suiveux. L'anticonformisme est la clé et c"est ce qui a toujours fait évoluer les sociétés.