Un manque total de pédagogie politique

Le 1er octobre, Jean-François Roberge déposait le projet de loi 40 sur la gouvernance scolaire à l’Assemblée nationale. Il a qualifié son projet de « plus grande opération de décentralisation gouvernementale des dernières années ».

De leur côté, les commissions scolaires ont, tout au contraire, dénoncé la centralisation du projet ! Même son de cloche à la Fédération autonome de l’enseignement : « Le ministre s’approprie des pouvoirs comme jamais. » Au surplus, le projet « constitue l’une des pires attaques, menées par un ministre de l’Éducation, contre la profession enseignante et contre l’école publique ». Ces déclarations tiennent plus de la rhétorique que de l’information véritable. Mais elles témoignent surtout de la difficulté de poser un jugement éclairé sur un projet de loi qui compte plus de 340 articles ! Et ceux-ci touchent au surplus tous les chapitres de la Loi sur l’instruction publique (LIP), de l’élève au gouvernement, en passant par les enseignants, l’école et les centres de services scolaires. Sans compter la Loi sur les élections scolaires.

Au surplus, le projet de loi ne présente que les amendements. Pour comprendre le sens des changements proposés, il faut donc lire en parallèle la loi actuelle. La tâche est complexe et énorme. Je m’y suis essayé et me suis découragé.

Le premier élément d’une pédagogie politique digne de ce nom aurait consisté à offrir à la population une version « consolidée » de la LIP intégrant les amendements proposés. Pour y voir clair, il est urgent que soit publiée une telle version.

Mais il y a plus important : le problème central est qu’on ne connaît pas l’intention visée par chacun des amendements. Il faut deviner ou prêter des intentions.

Il fut un temps où le ministre de l’Éducation qui proposait une nouvelle loi organique ou des changements substantiels à une loi existante, publiait un livre blanc, ou vert, ou orange pour justifier ces changements.

J’invite donc le ministre Roberge à diffuser sans tarder un document expliquant l’objectif de chacune des dispositions substantielles de son projet de loi et les justificatifs pertinents. Ce sera enfin faire oeuvre d’une nécessaire pédagogie politique.

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2 commentaires
  • Claude Saint-Jarre - Abonné 23 octobre 2019 08 h 57

    Logique

    Il est en effet évident que le Ministre de l'Éducation devrait donner l'exemple de la pédagogie dans ses prises de parole orales et écrites.

  • Pierre Grandchamp - Abonné 24 octobre 2019 17 h 23

    Un tel changement nécessite de longues consultations

    Je déplore le style "bulldozer" de ce ministre.De un, la CAQ n'abolit pas les commissions scolaires; elle change de nom.

    De deux, je pense que le ministre erre dans la façon de nommer les membres du CA. De trois, impensable que ce soit uniquement le directeur général qui puisse parler au nom de l'organisme: pas fort au plan démocratique; on n'administre pas l'éducation comme la santé.

    De quatre, le plan du ministre accouche d'une *patente* de fonctionnariat. De cinq, il crée l'illusion d'une grande décentralisation vers les écoles. De six, qu'Il y ait des employés membre du CA constitue une erreur monumentale: ils seront souvent en situation de conflits d'intérêrs.

    De sept, ce n'est pas vrai que des bénévoles vont disposer assez de temps et d'énergies pour siéger dans un CA d'Une grosse organisation comme cela.