Brébeuf, 1989

Cette controverse autour des photos et vidéos de Justin Trudeau peut donner l’occasion à plusieurs de faire un retour en arrière sur une période où les médias sociaux n’existaient pas encore, et où personne n’avait l’idée de leur impact éventuel sur l’image publique des politiciens à l’échelle planétaire. La mémoire humaine a ses limites, mais la mémoire numérique n’en a pas… Un jeune homme issu d’un milieu exclusif et sélect ne pouvait à l’époque se douter de l’impact que pourraient un jour avoir ses faits et gestes sur sa carrière publique éventuelle. Justin était devant les caméras depuis sa naissance, et il comptait bien y rester. Comment ces photos pourraient-elles entacher l’auréole qui le coiffait ?

Les hommes politiques ne sont pas tous des génies, mais ils possèdent assurément du génie lorsqu’ils arrivent à se positionner comme une star internationale. Comme on dit, « ce n’est pas donné à tout le monde ». Justin possède un charisme intrinsèque qui le place à la hauteur de personnages dont l’image devient complètement disproportionnée par rapport à l’individu derrière. On lui reproche souvent ses airs de comédien, mais il faut admettre que le contexte médiatique actuel, dans lequel chacun peut s’inventer à sa guise un personnage public, porte à la surenchère. Sans être une victime du contexte, il est à tout le moins un acteur au sein d’une plateforme qu’il ne contrôle pas, et son métier lui impose la création d’un personnage qu’il semble parfois avoir du mal à maîtriser.

Il est essentiel de discuter du racisme et de la discrimination, mais les discussions qui ont eu lieu autour des photos et des vidéos de Justin n’avaient rien à voir avec un échange rationnel sur la question. Elles étaient une instrumentalisation visant à discréditer l’image construite du personnage politique du premier ministre. Cela n’apporte rien sur le plan de la lutte contre la discrimination raciale. Le racisme est malheureusement trop répandu, et c’est par l’éducation et les sanctions juridiques qu’il faut le combattre, comme on le fait pour l’ensemble des injustices présentes dans notre société. La récupération électoraliste de la question est éphémère et sans impact réel sur cet enjeu fondamental.

Non, Justin n’était pas raciste. Il s’est engagé plus qu’un autre dans le combat public pour contrer les intolérances. C’est la raison principale pour laquelle ces images ont autant choqué. Ce qui est difficile avec la politique télé-réalité, c’est que nous vivons nos tensions internes à travers les psychodrames de nos politiciens. C’est un peu comme si les Athéniens avaient mis l’agora dans le théâtre, tout en donnant à chaque citoyen une caisse de tomates. Une fois que chacun a vidé sa caisse, on vote pour qui, les amis ? Sais plus… de quoi ils ont parlé déjà ?

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14 commentaires
  • Marc Therrien - Abonné 24 septembre 2019 07 h 27

    Parce qu'on est en 2019


    Il semble que, pour l’opinion publique anonyme qu’essaie de séduire le voulant être élu, une campagne électorale s’éternise dans l’ennui. Pour juger négativement la dynamique électorale qui s’installe entre les candidats, mendiants de votes et marchands de promesses, et les électeurs, on déplore l’absence de débats de fond portant sur les grands enjeux collectifs de société qui laisse toute la place aux discussions terre-à-terre autour de petites promesses individualisées visant l’amélioration de la vie quotidienne de tout un chacun à la recherche de gratifications immédiates.

    Depuis les développements de la psychologie sociale, on découvre de plus en plus que la plupart des décisions prises par le citoyen-consommateur n’est pas le fruit d'un calcul précis des coûts d'opportunité. Les politiciens qui maîtrisent bien leurs sciences humaines et sociales savent très bien que l’humain, dans les choses mouvantes de sa vie concrète, n’est pas un agent si rationnel qu’on le pense. Par définition, l’émotion est ce par quoi l’humain se meut. Elle est donc aussi le moyen privilégié par lequel on peut le faire bouger. Pour l’un, ce sera par la peur de perdre un acquis, pour l’autre, par le désir de faire un gain. Qui plus est, avec la progression de l’univers numérique et des réseaux sociaux virtuels, voter, c’est maintenant «liker», un geste que des millions de personnes posent quotidiennement sans faire appel à un contenu cognitif élaboré pour faire leur idée. L’immédiateté de l’émotion spontanément ressentie est maintenant le lieu privilégié de la prise de décision.

    Marc Therrien

  • Cyril Dionne - Abonné 24 septembre 2019 08 h 55

    Seul le pathétique est infaillible

    Bon. On essaie de nous faire croire que notre petit bambin, Justin Trudeau, avait une auréole qui le coiffait. Ah! « Ben ». Disons poliment que la perception en politique est à géométrie variable et découle toujours de son point de vue personnel.

    Si Justin a réussi à se positionner comme une star internationale, c’est à cause de son nom, de sa position privilégiée et de sa fortune personnelle, trois critères qui ne sont pas disponibles pour 99,9% des gens. Si vous vous exhibez avec des stars du jet set, de Bono qui ne paie aucun impôt avec tout son argent dans les paradis fiscaux et qui fait la leçon aux atres ou bien Kevin Spacey, lui qui se passe de commentaire, eh bien, il n’y aucun mérite en la demeure. Imaginez pour un instant s’il s’appelait Justin Tremblay d’Arvida (mes excuses à tous les Justin Tremblay d’Arvida s’ils existent) et que son père avait travaillé dans une aluminerie, est-ce qu’il serait ici aujourd’hui? Poser la question, c’est y répondre.

    Désolé, le job de premier ministre n’est pas celui d’un comédien de 3e ordre. C’est trop sérieux et les décisions qui en découlent affectent la vie des gens à plusieurs niveaux. C’est la première fois qu’on voit quelqu’un sans aucune qualification quelconque occuper un poste d’autorité et de responsabilités aussi importantes.

    Oui, c’était du racisme inconscient de sa part de se peinturer la peau en noir ou en brun. S’il n’en était pas conscient à 29 ans, c’est que ce soit son conscient intellectuel ne dépasse pas celui d’un élève en grande difficulté, ou bien c’est un hypocrite. Ce qu’il dit en public est un discours différent de ce qu’il pense en privé. Et essayez de le justifier est pathétique, tellement pathétique. Dans le cas de Justin, seul le pathétique est infaillible. Passez votre chemin gens d’une école privée

    • Cyril Dionne - Abonné 24 septembre 2019 10 h 39

      C'est bien quotient intellectuel (lol)

    • J-F Garneau - Abonné 24 septembre 2019 12 h 38

      Monsieur Dionne, vous prouvez éloquemment le propos de M.Dupré.

    • Hélène Lecours - Abonnée 24 septembre 2019 13 h 02

      Euh ! Je trouve tout cet antiracisme un peu extrême. Pour ma part, je n'adhère à aucune idéologie raciste, je travaille même à la francisation des nouveaux arrivants, bénévolement svp, mais ma culture personnelle de femme de 74 ans me permet encore d'utiliser le mot NÈGRE même si on m'a fait remarquer que ça ne se fait plus, que c'est politiquement incorrect. Ma culture personnelle me permet également encore de me déguiser en qui je voudrai, quelle que soit sa couleur et de bien rire, sans méchanceté. Quant à Justin T. je pense qu'à 29 ans sa culture était tout simplement plus permissive et qu'il n'avait pas à se poser ce genre de question, sans quoi il aurait trouvé autre chose pour se déguiser. Mais qu'est-ce que se déguiser si ce n'est se mettre dans ce que l'on connait de la peau de l'autre ?
      Et que sait-on de l'inconscient des autres quand le nôtre n'est toujours pas vraiment clair ??

    • David Cormier - Abonné 24 septembre 2019 13 h 04

      Le Justin Tremblay d'Arvida pourrait se rendre loin lui aussi, mais il devrait travailler bigrement plus fort. Gageons aussi qu'il n'y a pas beaucoup de Justin Tremblay d'Arvida qui s'est peinturé la face en noir qu'on excuserait aujourd'hui si la chose devenait publique.

  • Pierre Valois - Abonné 24 septembre 2019 09 h 25

    L’instrumentalisation comme moyen de faire de la politique

    Il suffit de réentendre l’hommage rendu par Justin Trudeau à son père pour comprendre qu’il n’en a pas été l’auteur. Trop de belles phrases pour quelqu’un qui aujourd’hui s’enfarge encore dans ses phrases, leur grammaire et leur vocabulaire.

    Que penser d’un homme probablement incapable de s’adresser dans ses mots et dans ses travers de langage à son père? Qu’il chechait à instrumentaliser la mort de son père à des fins que nous connaissons maintenant, soit celle de faire de la politique.

  • Mathieu Lacoste - Inscrit 24 septembre 2019 10 h 48

    «Les hommes politiques ne sont pas tous des génies, mais ils possèdent assurément du génie lorsqu’ils arrivent à se positionner comme une star internationale.» (Nicolas Dupré)



    Oui, surtout lorsque l'on songe que bien souvent ils ne sont que les fils de simples millionnaires

  • Claude Gélinas - Abonné 24 septembre 2019 11 h 16

    Finissant de Brébeuf, cohorte 1989

    Expliquez moi que vient faire dans cet article cette référence de l'auteur du texte ?