Le cœur du Vieux Québec a été transplanté

Je suis aussi triste que Mme Morency, qui a écrit un texte dans Le Devoir signalant que le départ du Marché du Vieux-Port crée un vide indéniable. Mais j’aimerais lui faire partager la joie des travailleuses et des travailleurs du Marché, qui sont au paradis depuis leur déménagement.

Je l’invite à prendre une petite heure pour aller, comme moi, visiter le nouveau Marché. Ce lieu n’a rien de commun avec un hall comme les autres. Si vous avez déjà visité le Marché Jean-Talon de Montréal, la comparaison s’arrête aux producteurs agricoles. Le Grand Marché de Québec est à mille années-lumière, étant donné sa beauté, sa grandeur et sa facilité d’accès à vélo, à pied ou en auto. Ce qui m’a surpris agréablement dès mon entrée dans le Marché, c’est la douce fraîcheur de la climatisation. En tant qu’ex-travailleur du Marché, je peux témoigner que l’été, dans les baraques du Vieux-Port, il faisait une chaleur d’enfer. Et que dire du froid sibérien pendant l’hiver ! Mes propos restent seulement comparatifs, entre l’ancien Marché et le nouveau. Je souhaite que le site fantomatique du vieux marché fasse place à un jardin de fleurs. Même si les fleurs, c’est périssable, comme le chantait Jacques Brel. Elles sont présages de joie, d’espoir et d’amour. Ce nouveau havre de paix serait un lieu de rencontre pour les amoureux du vélo et de la randonnée pédestre. Consolez-vous, Madame Morency, la nature humaine a horreur du vide.

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1 commentaire
  • Jean Richard - Abonné 23 juillet 2019 10 h 33

    La douce climatisation ?

    Ce que vous vantez comme étant la grande vertu du nouveau marché pourrait au contraire contribuer à en faire un walmart parmi tant d'autres. De la douce climatisation, il y en a dans tous les centres commerciaux, et ces centres commerciaux ont souvent tué les centres-villes, en particulier à Québec.

    Vous parlez du marché Jean-Talon ? Alors oui, il est ouvert aux quatre vents. Et ces jours-ci, alors que les miss météo nous annoncent la fin du monde avec une canicule qui fera exploser l'humidex et l'humidex qui tuera quiconque s'aventure à l'extérieur, alors ces jours-ci, le marché Jean-Talon est rempli. Il est rempli de gens qui viennent s'approvisionner de denrées qui poussent sans climatisation.

    Les employés du marché ont chaud, les clients ont chaud mais on ne voit aucun défilé d'ambulances ou de corbillards... Et à l'automne, ces mêmes employés enlèveront momentanément leurs mitaines pour vous rendre la monnaie, en attendant la date butoir où le marché fermera pendant deux jours pour qu'on y installe les murs pour l'hiver.

    Les employés, les clients, les patates, les tomates, les fraises, les framboises, nommez-les, se retrouvent en plein air, à 30 °C en juillet comme à 5 °C en octobre, et c'est ce qui rapproche les espèces. Les extrêmes rapprochent les gens (mais oui, la météo est un déclencheur de conversation) et le grand air rapprochent les gens de ce qui les nourrit. Un marché artificialisé à l'extrême sous une douce climatisation, ça peut devenir l'endroit le plus banal au monde.

    Et comme quoi le grand air ne fait pas peur aux gens, il faut remarquer qu'il y a un phénomène lentement croissant au marché non climatisé Jean-Talon : des touristes. Il y en a de plus en plus (ça pourrait devenir inquiétant). Les quartiers qui l'entourent sont de plus en plus discrètement Airbnb, un cancer urbain en gestation.

    Alors, ouvrez les fenêtres et fermez la douce climatisation : les pommes et les bleuets poussent dehors.