Oh! Ma pauvre langue!

L’autre jour, je me présente à Service Canada pour me procurer un formulaire. On m’accueille par un jovial « Bonjour, welcome ! » J’en reste bouche bée, au point d’oublier de demander si en Alberta ou en Saskatchewan, on utilise la formule « Hi, bienvenue ! »

Rentrée à la maison, je constate que j’ai besoin d’explications. J’appelle donc Service Canada, une préposée me répond, je pose quelques questions, elle me renseigne fort gentiment, et pour élucider un dernier point, elle me demande : « Avez-vous une application ? » Je panique un peu, parce que pour moi, les applications, c’est quelque chose d’assez mystérieux. Je hasarde donc : « Une application Internet… une application sur mon téléphone mobile… » Perplexe, elle précise : « Avez-vous fait une application ? » J’allume : elle veut savoir si j’ai déjà « présenté une demande » ! On n’aurait pas idée de demander à un contribuable anglophone : « Have you presented a demand ? » Cela me rappelle un autre formulaire où on demandait « pour » au lieu de « pendant » combien de temps une personne avait été invalide… mauvaise traduction de « for how long », bien entendu.

Même à la télé de Radio-Canada, combien de mots se perdent au profit de leurs faux amis anglais. Ainsi, on n’entend plus jamais parler d’« occasions », mais uniquement d’« opportunités », plus jamais d’« avenir », disparu au profit de « futur », on ne « prévoit » plus, on « anticipe » et ainsi de suite. Et que dire de mon GPS qui me demande de continuer « pour » (durée) au lieu de « sur » (distance) n kilomètres…

Je ne pense pas que les anglophones du Québec aient à déplorer pareille érosion de leur langue !

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9 commentaires
  • Yvon Montoya - Inscrit 18 juillet 2019 06 h 16

    C’est exactement ce rapport au francais québécois que nous éprouvons tous les jours non seulement avec les services fédéraux dont je n’aie pas souvenance qu’ils s’expriment mal. C’est bien pire dans le quotidien lorsque nous devons communiquer surtout avec des québécois unilingues. On se doit devtraduire son parler francais pour se faire comprendre en québécois. D’ailleurs on me dit souvent a mon epouse angalise qu’elle parle un francais sophistique. Il est vrai qu’elle le parle merveilleusement et ce sans faute. Par exemple pour les voitures et leurs différents éléments; aussi le fameux «  je ne prends pas de chance », les structures et syntaxes issues directement de celles de la langue anglaise. Il est fort dommageable pour le français francais mais cela fait tout le charme du parler québécois. Cela montre bien la belle capacité humaine de traduire une langue en y mêlant des mots issus du francais afin de créer un nouvel idiome et ce depuis 4 siècles. J’aime la langue québécoise, son joual et sa syntaxe toute autre comparée au francais. Qu’importe, c’est toujours la poésie qui l’emporte.

    • Bernard Dupuis - Abonné 18 juillet 2019 10 h 16

      Il ne faut pas confondre la langue québécoise avec le "horse".

      Malheureusement, votre texte est incompréhensible. Voulez-vous dire que « les québécois (sic) unilingues » ne parlent pas un bon québécois? Cela indique une première confusion. Vous dites que bien parler français enlève le charme au « parler québécois » (sic). Voulez-vous insinuer que parler le « franglais, le joual ou le "horse" » est supérieur à parler un français respectueux des règles habituelles de la langue française? Vous affirmez aimer la langue québécoise, son joual et sa syntaxe « comparée au français ». Toutefois, il est absolument faux de réduire la langue québécoise au « joual » ou au « horse ». Nos ancêtres parlaient un excellent français qui prévaut encore aujourd’hui et qui a pris une couleur locale, mais rarement le joual.


      Ce n’est pas parce que certains Québécois restent mal éduqués relativement à la langue française qu’il faut en faire les modèles à imiter.
      Votre texte qu’on peut appeler un « traduidu » semble provenir du pire « google translate ». Il est parfaitement incompréhensible. Vous « cassez » votre « québécois » et c’est justement ce dialecte qu’il faut éviter de valoriser pour l’avenir du français au Québec , car c’est la meilleure façon de faire disparaître cette langue. Ce n’est absolument pas créer un « nouvel idiome », mais éradiquer le français. En tant que « canadianiste »que vous êtes, est-ce votre véritable but?

      Bernard Dupuis, 18/07/2019

  • Marcel (Fafouin) Blais - Abonné 18 juillet 2019 07 h 52

    … doigts d’honneur !

    « On m’accueille par un jovial « Bonjour, welcome ! » J’en reste bouche bée, au point d’oublier de demander si en Alberta ou en Saskatchewan, on utilise la formule « Hi, bienvenue ! » (Madeleine Stewart)

    De cette citation, une douceur intime :

    Lorsque je suis arrivé, d’un voyage euro (Conférence en « di » tenue dans la langue de Molière), à l’Aéroport Mtl-Trudeau et de son accueil de « Welcome to Canada Bienvenue » (tjrs ce « pays si loin et si proche de nulle part), j’ai été comme très surpris et, en même temps, choqué d’apprendre d’émotion que l’avion semblait atterrir dans un autre PAYS que le Québec !

    Par la suite, et plutôt de prendre le taxi « Bonjour-Hi », j’ai pris l’autobus pour me rendre, je l’espère en FRANÇAIS, au terminus de Mtl pour pouvoir me rendre dans le Centre-du-Québec, là où il me plaît d’habiter !

    De ce qui précède, ce yahou :

    Si on veut alimenter la population en franglais, on risque de vivre, tout simplement comme ça, quelques …

    … doigts d’honneur ! - 18 juillet 2019 -

  • Bernard Terreault - Abonné 18 juillet 2019 08 h 52

    À une époque

    Il y avait Jean-Marie Laurence, à Radio-Canada, pour nous rappeler l'usage français. Aujourd'hui, même les gens qui se croient instruits, même nombre d'intellos ou de nationalistes parlent et écrivent franglais sans le savoir.

  • Luc Marchessault - Inscrit 18 juillet 2019 10 h 04

    Et que dire des « gradués »

    Tout fout le camp, la langue comme le climat, mais tous nos « gradués » seront à même de mesurer le réchauffement climatique.

  • Jean-Guy Aubé - Abonné 18 juillet 2019 10 h 46

    lacune de la loi difficile à corriger

    La loi des langues officielles prescrit des services dans les deux langues officielles mais ne peut garantir la qualité de la langue utilisée. Les fonctionnaires bilingues d'origine anglophones utilisent beaucoup d'anglicisme et melangent le 'tu' et le 'vous' car en anglais c'est la même chose le 'you'. Cela n'est pas de la faute aux québécois qui parlent une langue vernaculaire qui ne correspond pas aux critères du français des linguistes de radio-canada. Mais il est vrai qu'en milieu minoritaire, le français a tendance a devenir une langue de bâtards colonisée par les anglicismes, qui sont différents des anglicisme utilisés par les français de France.