Prêtres agresseurs, la fin de l’impunité

Dans son éditorial du 20 février 2019, Marie-Andrée Chouinard nous parle du sommet sur les abus sexuels qui sera tenu au Vatican et les retombées possibles pour les prêtres agresseurs d’enfants et de femmes religieuses.

Beaucoup d’encre a été versée à ce propos, dont un dossier complet dans l’édition du Devoir de samedi passé. À ma connaissance, il me semble qu’il faudrait aborder en profondeur les effets néfastes et destructeurs de l’obligation des prêtres et religieuses catholiques de prêter serment au célibat pour l’entièreté de leur vie. On ne peut qu’imaginer ce qui arrive lorsqu’un être humain, empêché de vivre sa sexualité sainement durant des années, passe enfin à l’acte avec les personnes les plus vulnérables de son entourage, incapable de résister plus longtemps à ses pulsions sexuelles.

Il me semble qu’il faudrait comparer cet état de fait avec d’autres, par exemple les prêtres protestants qui eux se marient et vivent des relations humaines normales leur permettant sans doute de mieux guider leurs paroissiens en détresse.

Au terme de ce sommet, l’Église osera-t-elle enfin regarder en face la racine de ce mal qui affecte toute l’Église catholique et entraîne les conséquences que l’on sait, mais surtout au départ pour ceux et celles qui prêtent serment au voeu de chasteté ?

Arrêtons de demander l’impossible à ceux et celles qui dévouent déjà l’entièreté de leur vie au bien des autres en leur donnant la latitude de vivre la leur pleinement et sainement. Tous en bénéficieront grandement, à commencer par les principaux concernés.

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3 commentaires
  • Marc Therrien - Abonné 21 février 2019 07 h 35

    Dans l'immutabilité de la doctrine, parfaire les moyens sans remettre en question l'idéal


    Bien que l’Église Catholique soit acculée au pied du mur et doive faire un examen de conscience sincère, il semble peu probable qu’elle en arrive à remettre en question sa doctrine et ses dogmes. Parmi les raisons pouvant expliquer la résistance de l’Église Catholique à remettre en question ses dogmes fondamentaux, Maurice Lagueux, dans un passage de son livre « Tout en même temps agnostique et croyant », explique ce qui a amené l’Église à faire de « l’immutabilité de la doctrine » un principe sacré. C’est que, entre autres, pour les autorités ecclésiales toute forme d’évolution de la doctrine risque d’être perçue comme un aveu d’échec. Si l’Église propose une doctrine qui découle de la Parole de Dieu établi comme infiniment et éternellement parfait, on comprend qu’il soit difficile pour elle d’être ouverte au changement qui vient avec l’évolution. Comment percevrait-on alors le passage à un nouvel état d’être suivant un changement? Soit comme un abandon de l’état parfait antérieur, soit comme un accès à une perfection qui n’était donc pas présente jusque-là. Ainsi, le fait de changer un iota de la doctrine risquerait d’entraîner un effet domino qui aurait pour conséquence l’effritement sans limite des doctrines qui composent la Foi. Enfin, certains parmi les fervents fidèles pourraient percevoir comme un opportunisme méprisable les volontés de faire évoluer la doctrine en fonction de l’adaptation aux exigences des « modes du moment ». La remise en question de la croyance en l'immuable, en ce quelque chose de figé dans un monde en perpétuel changement, se ferait au prix d'une grande angoisse pour les personnes qui y ont trouvé leur sécurité.

    Marc Therrien

  • Cyril Dionne - Abonné 21 février 2019 08 h 33

    Vous avez tout dit Mme Côté

    Votre lettre, madame Côté, devrait être la ligne directive du pape. La sexualité est un besoin humain aussi important que la nourriture, l’habitat ou la sécurité. Comme vous le dites si bien : « lorsqu’un être humain, empêcher de vivre sa sexualité sainement durant des années, passe enfin à l’acte avec les personnes les plus vulnérables de son entourage, incapable de résister plus longtemps à ses pulsions sexuelles ». Voilà, tout est dit dans cette phrase. Mais cela n'excuse en rien les crimes commis par les prêtres catholiques; ils doivent faire face à la justice des hommes.

    Vous savez Mme Côté, la notion du célibat a été introduit dans la religion catholique en 1123 parce qu’il en coûtait trop cher à l’église de supporter les familles des prêtres. En plus, les droits de successions étaient très compliqués pour eux lorsque l’héritage et les biens retournaient aux membres immédiats de la famille du prêtre.

    Si l’église catholique veut survivre, il faudra bien qu’elle mettre fin au célibat et nous rejoigne au 21e siècle. Nous sommes bien en 2019 et la Terre est une sphère, Galilée oblige.

  • Gaston Bourdages - Abonné 21 février 2019 16 h 05

    Un correctif s'impose...

    Bonjour madame.
    Contrairement à la croyance populaire, les prêtres ne prononcent pas de voeu mais s'engagent au célibat et à obéir à leur évêque. Ce sont les religieuses et religieux qui font voeux de chasteté, de pauvreté et d'obéissance.
    Les déviances sexuelles vont bien au-delà d'un statut de célibat ou de mariage. Le mariage ne guérit pas la perversité sexuelle et n'en est non plus une panacée. Avez-vous déjà demandé à un prêtre s'il aimerait se marier ?
    Puis, la perversion a tellement de visages...
    Les prisons et pénitenciers en sont pleines.
    Mes respects madame Côté.