La génération «me, myself and my body»

La génération « me, myself and my body » s’étend de 7 à 77 ans. Elle se préoccupe de son apparence et de sa santé. « Sauvez mon corps » semble être sa prière. Elle s’inquiète parfois de l’environnement, dans la mesure où cela menace son espérance de vie et son confort.

Les montres connectées deviennent ses cilices, qu’elle porte jour et nuit afin de se rappeler les exigences du culte à soi-même. Le Guide alimentaire canadien incarne son bréviaire à mémoriser pour s’assurer une place au paradis de la forme physique sur terre.

Le jogging remplace désormais les chemins de croix pour les plus fervents adeptes de l’« autorédemption ». Les centres de conditionnement physique font office d’églises de cette idolâtrie égocentrique.

Les tentations sont grandes pourtant de pécher. Les écrans invitent à la sédentarisation. Les fauteuils inclinables promettent des heures d’indolence et d’hérésie. Les divertissements pullulent. Les plus faibles se laissent aller à la surconsommation et à la malbouffe. L’obésité témoigne du péché originel de la fainéantise.

Prise au piège du manque de ressources spirituelles sur le sens de son existence et les attraits de la société du spectacle, la génération « me, myself and my body » consulte les spécialistes en nutrition, les coachs de vie, les entraîneurs sportifs et les thérapeutes de toutes sortes pour s’en sortir.

Malheureusement, rien ne remplace l’effort de questionnement sur ce que constitue réellement une vie bonne, comme le disait déjà Socrate il y a plus de 2000 ans. Peut-on encore comprendre cette exigence dans notre monde de performance qui vénère le corps au détriment de l’esprit ?

15 commentaires
  • Yannick Blouin - Inscrit 30 janvier 2019 07 h 23

    Vraiment bon texte! Je serais curieux de voir une suite sur ce sujet. Vous avez mentionné un manque de ressources spirituels et que m’on vénère le corps plus que l’esprit. Malheureusement nous sommes une société qui a mis dehors toute valeurs spiritiels pour prioriser notre propre morale, en autre, on décide ce qui est bon pour notre vie. Comme des enfants, on croit que l’on a toujours raison et on rejète le vécu de nos aînés et ancêtres, pensant que c’était tous du monde dépourvu d’intelligence et contrôlé. Pourtant ce sont eux qui ont créé notre société un donné un héritage que nous avons rejeter. Qu’avons nous construit? Comme vous dîtes nous sommes hypnotisé par une société de divertissement, je rajouterais que nous priorisons nos apprareils électroniques à toutes relations et même encore plus à ceux qui nous ont donné la vie.

    En tout cas merci pour ce texte, espérant en voir d’autre!:)

  • Marc Therrien - Abonné 30 janvier 2019 07 h 23

    Malades d'inquiétude (Dr. Fernand Turcotte)


    C’est Petula Clark qui chantait: « tout le monde veut aller au ciel, oui mais personne ne veut mourir ». L’inquiétude est payante. Elle nourrit tout un marché pharmaceutique et technologique de la santé. On peut même en faire un produit financier dans nos REER. Pour créer ce marché, on établit des normes en vue de définir l’anormal, le malade ou le déviant et aussi les standards d’excellence. Puis on déclare qu’il y a un problème ou une alerte à partir d’un écart minime par rapport à la norme. On peut aussi abaisser la valeur cible menant à un diagnostic pour augmenter le nombre de personnes affectées. Enfin, l’industrie de la thérapeutique est là pour nous rassurer en offrant une panoplie de solutions correctrices pour chaque problème. Ainsi, je me questionne sur l’intention de cette industrie de la mesure et sur les effets qu’elle peut produire chez les individus. Je relis alors des penseurs qui se sont intéressés à la sociologie comme Michel Foucault, Alain Ehrenberg et Vincent de Gaulejac. J’en conclus que l’intention est d’abord d’obtenir de l’information pour améliorer le pouvoir de gouverner la population dans une perspective comptable de gestion de l’amélioration continue de l’efficacité et de gains de performance.

    Marc Therrien

  • Gaston Bourdages - Abonné 30 janvier 2019 07 h 26

    Merci monsieur Ferland....

    D'emblée, je vous avoue avoir hâte de faire sonner mes 78 ans...j'aurai alors dépassé la frontière du « me, myself ans my body ». Je souris. Grâce à vous.
    L'orgueil, l'égo, le narcissisme, l'hédonisme, le Veau d'Or avec leurs vices. Son antonyme : l'humilité. Pour certaines gens, synonyme de faiblesse. Est-ce bien St-Augustin qui a écrit : « Plus l'humilité s'installe, plus la dignité s'élève. » ? Dans un même esprit, ce proverbe Danois : « L'orgueil est pour les vices ce que l'humilité est pour les vertus » CF. Le dictionnaire des proverbes danois ( 1757 )
    L'orgueil fait aussi des morts. De tant de genres.
    Ma conscience vous remercie monsieur Ferland.
    Mes respects,
    Gaston Bourdages,
    Saint-Mathieu-de-Rioux, Qc.

  • Marc Therrien - Abonné 30 janvier 2019 07 h 27

    Malades d'inquiétude (suite)


    Cette volonté de savoir pour améliorer le pouvoir est particulièrement puissante dans le domaine de la santé. La mesure sert non seulement à établir la norme en vue de définir l’anormal, le malade ou le déviant, mais aussi à définir les standards d’excellence. Le savoir disciplinaire scientifique vise justement à discipliner les personnes qui s’écartent de la norme ou s’éloignent trop du standard d’excellence. Comme 20% d’un grand nombre de population représente quand même un volume de marché intéressant pour l’industrie de la thérapeutique qui offre une variété de solutions correctrices pour chaque problème ainsi créé, on comprend mieux les intérêts en jeu. En soi, ce désir pour l’amélioration continue ou le perfectionnement n’est pas nécessairement un problème. Il a contribué à l’établissement de notre confort et de notre qualité de vie qui favorisent notre joie de vivre et un peu aussi notre bonheur. Cependant, il pourrait devenir problématique s’il dérivait vers un perfectionnisme social et individuel pathologique marqué par une anxiété et dépression grandissantes chez une population perpétuellement insatisfaite d’elle-même parce qu’incapable de rejoindre les standards d’excellence de plus en plus inatteignables à mesure qu’on les élève. C’est alors qu’un psychologue comme moi pourrait lancer l’alerte à la détresse psychologique s’il percevait une augmentation de sa clientèle présentant de tels symptômes obsessionnels et des comportements compulsifs reliés à cette volonté maladive de performer qui les amènerait, par exemple, à se déclarer incapables de s’asseoir plus de 30 minutes pour simplement relaxer et jouir de la vie à ne rien faire de productif parce qu’ils ont le sentiment de perdre leur temps. Ainsi, au classique sentiment de culpabilité de ne pas répondre aux injonctions sociales, viendrait s’ajouter cette fatigue existentielle profonde de se sentir insuffisant pour expliquer cette accentuation de la détresse psychologique.

  • Rino St-Amand - Inscrit 30 janvier 2019 07 h 48

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