Tradition et liberté d’expression

Le débat soulevé par deux députés de Québec solidaire autour de la façon de se vêtir à l’Assemblée nationale du Québec n’a rien de banal. Bien au contraire.

Pour apporter une réponse mesurée à cette question délicate, il faut se demander qu’est-ce qui, dans la société, est essentiel par opposition à ce qui ne l’est pas. Ainsi, le profane est le domaine de la vie au quotidien tandis que ce qui a un caractère sacré va au-delà ; il sort de l’ordinaire.

L’Assemblée nationale est souveraine et possède de ce fait un caractère d’élévation qui ne saurait être contesté. C’est pourquoi la façon de s’y vêtir a autant d’importance. Cette façon peut, bien sûr, être mise au goût du jour ; mais encore doit- elle satisfaire à un minimum de décorum et continuer de se démarquer de la vie de tous les jours. Elle doit demeurer un moyen de reconnaître la solennité du lieu qui est un symbole de la collectivité nationale.

Tout changement au protocole vestimentaire de l’Assemblée nationale devrait donc chercher sans faute à conserver le caractère solennel de celle-ci, tout en répondant le mieux possible aux considérations esthétiques de ses membres, car la dévalorisation symbolique des institutions est le plus court chemin vers la destruction de la culture dont elles émergent.

Le narcissisme anarchique derrière le comportement des deux députés en cause contribue davantage à ridiculiser l’institution où ils siègent qu’à en protéger la valeur transcendante et, pour cela, doit être dénoncé.

6 commentaires
  • Marc Ouimet - Abonné 8 décembre 2018 09 h 33

    Que de pompe...

    Oouh là, on n'y va pas avec le dos de la cuillère, hein! Le profane et le sacré, vraiment? Le code vestimentaire dit "respectable" ne se trouve pas qu'en l'enceinte solennelle de l'Assemblée nationale mon bon monsieur, mais aussi dans toutes les professions lilbérales (avocats, médecins, ingénieurs, maintenant gens d'affaires) qui nous font la joie de nous mener depuis les début de notre système parlementaire. Et ces gens tant respectables qui se roulent de vertu sont les mêmes qui ont donné des contrats à leurs amis (Dr. Porter par exemple), des subventions à des multinaitonales qui nous rient au nez (GM, Bombardier), ou encore des directives pour sauver les finances publiques (comme couper dans le nombre de bains hebdomadaires des personnes âgées en CHSLD).

    Au final, c'est juste désolant de voir tant de gens aux fesses serrées être outrés par une paire de jeans ou de Doc Martens alors qu'une bonne partie de la classe politique, du haut de ses complets veston et tailleurs, ne se gêne pas pour manquer de la décence la plus élémentaire pour les profanes qui forment le peuple qui n'a justement pas accès à la sacro sainte enceinte du peuple. Et d'entendre des tapeux de pied moralisateurs qui parlent de destruction des insitutions et la Culture en voyant un t-shirt de Patrice Desbiens, pourtant un important poète francophone qui a dit pas mal plus de choses vraies et authentique dans ses recueils que la plupart des politiciens dans leurs discours. Le seul narcissisme qui a court, c'est celui de la classe des notables traditionnels qui refusent de voir entrer des gens qui ne sont pas de leur gang dans leur terrain de jeu réservé.

    • Jean-François Trottier - Abonné 8 décembre 2018 22 h 27

      M. Ouimet,

      ça ne vous gêne pas de voir des gens qui se posent en représentants des gens ordinaires, poser comme des wannabe starlettes devant les journalistes en clamant leur droit à la différence, et ce en s'habillant "comme tout le monde" ?

      L'affront, c'est avant tout la petite manipulation très ordinaire, comme dans platte à mort, des médias.

      Quand Manon, ou vous, dites que l'on devrait s'occuper des "vrais z'affaires" (tiens ? j'ai déjà entendu ça quelque part...), faudrait d'abord que les députés de QS arrêtent leur petit show de m'as-tu-vu. Il perdent le temps de tout le monde.

    • Marc Ouimet - Abonné 9 décembre 2018 13 h 42

      M. Trottier,

      Considérant que me concentre davantage sur ce que disent les gens que la façon dont ils s'habillent, non, rien de ça ne me gêne. Ce qui me gêne, c'est l'indignation placée sur des choses aussi insignifiantes qu'une paire de souliers ou un t-shirt, mais ça semble vous échapper. Vous pensez vraiment que c'est QS qui manipule les médias? Sérieusement?

      Et pour votre gouverne, pour autant que je trouve toute cette controverse ridicule, je n'ai jamais appuyé QS. Je me contente de penser par moi-même.

    • Jean-François Trottier - Abonné 9 décembre 2018 21 h 37

      M. Ouimet,

      Ma gouverne va fort bien merci. La vôtre en revanche se trompe de personnes.

      Ce sont Catherine Dorion, Sol Zanetti et Émilise Lessard-Therrien qui y accordent tant d'importance et tiennent mordicus à parader, le mot n'est pas trop fort, dans des "anti-vêtements". Ben coudon mame chose.

      Pour ma part, je n'aurais probablement pas pensé seulement à délaisser mes jeans pour entrer à l'Assemblée Nationale. Le cas échéant je serais allé me changer sans faire d'histoire, pour ne pas détourner l'attention des politiques dont je voudrai éventuellement discuter. L'Assemblée Nartionale est un lieu de paroles.

      Qui s'en soucie vraiment ? Ceux qui se pavanent... parce que c'est ce qu'ils font. Y a aussi ceux qui les défendent avec véhémence. Bof.

      J'espère maintnant que vous desserrez les fesses un peu.

  • Marc Therrien - Abonné 8 décembre 2018 12 h 14

    Quand l'être parle plus fort que les mots


    L’écrivain et cinéaste Roger Fournier a déjà écrit : «la religion et la tradition sont les deux mamelles des canadiens.» C'est là qu'on comprend mieux tout le pouvoir que certains, qui semblent particulièrement influençables et impressionnables, accordent aux vêtements, aux insignes et à l'apparence qui justifie leur volonté de vouloir interdire le port des signes religieux chez les employés de l'État en position d'autorité. Le refus de Catherine Dorion de se conformer à un code vestimentaire non défini offre une opportunité de réflexion intéressante sur la tolérance notamment sur la relation tolérant-toléré dont on espère qu’elle évolue minimalement vers une relation égalitaire tolérant-tolérant. Celle-ci exige qu’on se demande si on est soi-même capable de réaliser les changements requis que l’on demande à autrui, notre vis-à-vis, pour assurer que cette relation porte les fruits désirés. La poète Catherine Dorion pourrait peut-être apprendre du poète Ralph Waldo Emerson quand vient le temps de «sortir publiquement» : «What you do speaks so loudly that I cannot hear what you say». Vos actions parlent si fort, que je ne peux plus entendre ce que vous dîtes.

    Marc Therrien

  • Mario Jodoin - Abonné 9 décembre 2018 03 h 01

    Respect du protocole

    «Tout changement au protocole vestimentaire de l’Assemblée nationale devrait donc chercher sans faute à conserver le caractère solennel de celle-ci»

    Mais, justement, leur façon de s'habiller respecte le protocole actuel. Ce que vous exigez est son changement.