L’école privée et la ségrégation scolaire: un discours à revoir

Je suis directeur d’une école primaire privée à Montréal. J’ai auparavant dirigé des écoles publiques. Dans les deux cas, j’ai eu, parmi mes élèves, des enfants ayant des besoins particuliers : difficultés d’apprentissage, troubles du langage, difficultés d’adaptation, retards scolaires, etc. Dans les deux cas, j’ai toujours travaillé avec mon équipe pour élaborer des plans d’intervention afin de permettre à ces enfants de surmonter leurs difficultés et de leur offrir des conditions favorisant la réussite.

La grande différence entre l’école privée et l’école publique ne se situe pas sur le plan des élèves ni du personnel. Elle se situe sur le plan de la gestion de l’école. L’école privée est autonome. Cela lui permet d’avoir une agilité quant à la mise en oeuvre de moyens pour accompagner chaque élève qui lui est confié.

Cette année, notre école offre pour la première fois le programme ID+, créé pour les élèves qui, depuis le début de leur parcours scolaire, ont rencontré des difficultés sur le plan des apprentissages. Ce programme vise à offrir, à travers le programme de formation ordinaire, des conditions avantageuses en vue de favoriser leur réussite. Ainsi, plusieurs adaptations sont proposées pour que l’expérience scolaire de ces élèves soit positive et qu’ils soient en mesure, à la fin de leur primaire, d’entrer au secondaire en étant bien outillés pour réussir.

Dès l’annonce de la mise en place de ce programme, nous avons reçu plusieurs demandes de parents à bout de souffle, à la recherche de ressources pour leur enfant en difficulté. Il est clair qu’il y a un besoin criant de solutions pour ces élèves.

L’école privée offre une solution de rechange à bien des familles qui souhaitent que leur enfant puisse réussir malgré un diagnostic ou de réelles difficultés. Couper le financement aux écoles privées sous prétexte que cela permettrait d’éliminer la ségrégation scolaire, c’est bien mal connaître la réalité des écoles privées, qui sont nombreuses à offrir des solutions intéressantes aux élèves ayant des besoins particuliers, et ce, même si la subvention pour ces EHDAA qui fréquentent l’école privée n’est pas ajustée comme elle l’est pour ceux qui fréquentent l’école publique. Mais ça, c’est un autre débat.


 
10 commentaires
  • Mario Jodoin - Abonné 22 septembre 2018 01 h 38

    Tiens, une pub!

    Comme si l'admission ç cette école n'était pas une forme de ségrégation...

  • Gilles Delisle - Abonné 22 septembre 2018 08 h 47

    Monsieur le Directeur d'une école privée

    Ce qui se fait dans votre école au niveau des élèves en difficulté est fort louable. Mais si je suis parent d'un enfant qui fréquente l'école publique, pourquoi donc, devrais-je financer, par mes impôts et taxes, une école d'un système scolaire parallèle au secteur public? Imaginez un instant, que l'école publique recevrait annuellement tout l'argent dévolu au secteur privé dans un système d'éducation unique. L'aide aux élèves en difficulté serait bonifiée, le taux de décrochage diminuerait, les activités scolaires et para-scolaires seraient elles aussi , bonifiées, l'école publique deviendrait méconnaissable! Le travail d'un directeur d'école et de ses professeurs n'est pas en cause ici, mais il s'agit d'un choix de société: une école publique de haute qualité, ou un système d'éducation parallèle, financé en bonne partie par les argents d'un secteur d'éducation publique qui vivote depuis nombre d'années dans des écoles souvent vétustes.

    • Roxane Bertrand - Abonnée 22 septembre 2018 19 h 36

      Monsieur Delisle, les parents des enfants qui vont à l’école privé paient aussi leur impôt, et ils repayent pour l'école privé. Sans financement, une majorité d’enfant retournerait au public. Il y aurait donc plus d’enfant au public et moins d’argent investit au total en éducation par enfant.

      L'école serait méconnaissable, mais pas bonifiée!

    • Jean-Pierre Martel - Abonné 23 septembre 2018 09 h 15

      Gilles Delisle écrit : « Imaginez un instant, que l'école publique recevrait annuellement tout l'argent dévolu au secteur privé dans un système d'éducation unique.

      Dans le texte ‘Québec Solidaire et les collèges privés’, j’ai eu l’occasion de démontrer que l’abolition des collèges privés et le transfert des sommes épargnées vers le réseau public ne résulterait qu’en des économies de bout de chandelle.

    • Gilles Delisle - Abonné 23 septembre 2018 10 h 45

      Mme Bertrand,

      " Ils repayent pour l'école privée", c'est le choix de ces parents, madame! Mais une bonne partie des coûts sont payés par le gouvernement, et c'est de cet argent qu'il s'agît. Ceux qui veulent envoyer leurs enfants à l'école privée devraient avoir droit de continuer, mais qu'ils paient la facture complète. Ici au Québec, il y a beaucoup de parents qui envoient leurs enfants au privé , parce que les coûts réels sont très abordables, pour eux, c'est le gouvernement qui en paie une bonne part. Connaissez-vous une école privée qui soit mal en point au Québec, que ce soient au niveau des activités offertes ou encore, au niveau des bâtiments également. D'ailleurs, s'il y a une industrie qui va très bien au Québec, c'est bien celle des écoles privées. Il y en a partout sur le territoire, que ce soient dans les grandes villes ou celles de moindre importance, et ce , parce qu'en réalité, les coûts sont abordables grâce au gouvernement.

  • Bernard Terreault - Abonné 22 septembre 2018 09 h 05

    Je dirai seulement une chose

    J'ai étudié et travaillé dans trois pays et j'ai eu des collègues et amis venant de dizaines de pays, dont j'ai visité plusieurs. Dans tous les cas, la forte présence du privé au niveau primaire et secondaire est le fait de pays sous-développés. La classe moyenne supérieure qui y envoie ses enfants justifie ce choix par la médiocrité de l'école publique, le même argument qu'au Québec. Sommes-nous donc un pays sous-développé? Pourquoi le privé est-il si peu présent dans le Rest of Canada, aux États-Unis, en France, en Europe de l'Ouest, au Japon ?

    • Cyril Dionne - Abonné 22 septembre 2018 16 h 39

      M. Terreault, les pays qui ont des écoles privées décrochent tous les honneurs en ce qui concerne le rendement académique. Les écoles québécoises sont supérieures aux écoles ontariennes, américaines, anglaises, allemandes, italiennes, russes et françaises selon PISA (2015). Seulement le Japon devance le Québec de quelques rangs seulement. Et encore selon PISA, les écoles québécoises sont les plus performantes de toutes les écoles francophones de la planète. Les écoles québécoises arrivent bonnes premières au Canada.

      Pour ce qui est de la ségrégation intellectuelle, un phénomène naturel, elle est partout en société. Pourquoi ne serait-elle pas présente en milieu éducatif? Et il y a un mythe qui persiste au Québec que si les élèves du privé revenaient au public, tout le monde y trouverait son compte. C’est bien le contraire; les écoles privées sont subventionnées par les parents à la hauteur de 40% et ce manque à gagner devrait venir du gouvernement et donc des contribuables de façon immédiate.

      En passant, un certain co-porte-parole d’un parti marxiste-léniniste du Québec a fréquenté les écoles privées mais maintenant, une fois son éducation obtenue, revendique et fait la promotion des écoles publiques. On imagine que les écoles publiques ne sont bonnes que pour le menu fretin et non pas des élus du peuple. Ce qui est bon pour « minou » n’est pas bon pour « pitou ». C’est « ben » pour dire.

  • Nadia Alexan - Abonnée 22 septembre 2018 09 h 47

    La ségrégation scolaire n'est pas propice à la réussite scolaire de tous les élèves.

    Vous avez tort, monsieur Brazeau. La Finlande a éliminé complètement ses écoles privées et maintenant tous les élèves de ce pays, riches comme pauvres, réjouissent d'un système scolaire le plus réussi de pays membres de l'OCDE.
    Les études démontrent que les étudiants avec des difficultés d'apprentissage gagnent quand ils sont jumelés avec les étudiants plus performants. Un système scolaire à deux vitesses ne marche pas.

    • Cyril Dionne - Abonné 22 septembre 2018 17 h 12

      Les universités finlandaises ne produisent absolument rien de nouveau sous le soleil. Si vous parlez d’un système réussi parce que les élèves peuvent décrocher un diplôme du primaire et du secondaire selon des normes qui ne sont pas comparables ici avec nos critères des TIC, eh bien, bien bon vous fasse. Les écoles québécoises sont supérieures aux écoles finlandaises selon PISA (2015). En passant, les nouveaux arrivants en Finlande échouent lamentablement encore selon PISA (OCDE).

      Et madame Alexan, est-ce que vous avez déjà enseigné? Il est faux de prétendre que les étudiants avec des difficultés d'apprentissage gagnent quand ils sont jumelés avec les étudiants plus performants parce que cela ne se produit pas dans la salle de classe. Les forts ne veulent rien savoir des faibles. Les élèves intellectuellement supérieurs gravitent naturellement vers des élèves qui sont de même niveau intellectuel qu'eux. Les faibles se découragent lorsqu’ils sont jumelés avec des élèves qui leurs sont pédagogiquement supérieur. J’ai enseigné au niveau primaire et secondaire dans les écoles publiques et j’ai toujours constaté le même phénomène. Les forts ne veulent pas faire le travail des moins doués et qui apprennent plus lentement. Alors, ils se regroupent naturellement vers ceux qui partagent les mêmes affinités cognitives.

      Cette dissonance cognitive et éducative est bien belle en théorie, tout comme le « trickle-down economics » néolibéraliste. Mais tout cela n’existe pas en pratique en milieu scolaire. Désolé.

  • Jean-François Trottier - Abonné 22 septembre 2018 10 h 03

    Cette facilité à prendre ses propres décisions...

    Devrait être à la base des Commissions scolaires.

    Ce que l'auteur vit dansson école est souhaitable, certainement.

    C'est exactement ce à quoi devraient servir les Commissions scolaires. Elle doivent protéger le prof CONTRE le gouvernement et contre les pressions des parents.
    Attention, je ne dis pas que les parents sont de trop, au contraire! Je dis que certains font des pressions indûes.

    Sans Commissions scolaire, chaque école devra se battre seule contre les directives du Ministère! Horreur.

    Les idées démentes de Legault ne passent pas la rampe. Au contraire, il faut élargir le mandat et le pouvoir des Commissions. Le vote suivra quand on sentira une réelle différence d'une région à l'autre, pas le contraire.

    Depuis très longtemps le gouvernement centralise tant que l'on pourrait croire les Commissions inutiles. C'est dans le souci d'une "efficacité" contre-productive parce qu'inhumaine que Legault a pris cette position, comme un gestionnaire qui ne lit que la dernière ligne du rapport semestriel, sans penser.

    Pourtant, les idées en provenance du Ministère ont fait la preuve par dix de leur inanité. Il faut renverser la tendance, et vite.

    Quant aux écoles privées, je leur souhaite la meilleure chance du monde.... avec un financement qui ne vient pas du gouvernement.