Notre héritage naturel

Contrairement à ce que l’on peut penser, l’héritage n’est pas un don, mais plutôt une dette, une dette du passé. En fait, si l’on en croit la sociologie moderne, un don pur n’existe pas. Il n’y a que des dettes qui se présentent à nous sous différentes formes et qui restent là à attendre d’être honorées d’une façon ou d’une autre. Même le cadeau le plus innocent, le plus banal, nous met dans l’obligation morale de le retourner.

Prenons l’exemple suivant : un nouveau collègue de travail, avec qui vous n’avez pas de lien particulier, arrive à votre bureau avec un cadeau dans la main et vous dit : « Tenez, c’est pour vous. Joyeux anniversaire ! » D’abord, vous êtes surpris, car vous ne vous y attendiez pas, surtout de la part de quelqu’un qui n’était même pas censé connaître votre date de naissance. Vous déballez la petite boîte : c’est un beau cadeau, un nouvel enregistrement de votre musicien préféré. Vous le remerciez chaleureusement, car vous êtes vraiment touché par la gentillesse du geste. Mais, aussitôt qu’il quitte votre bureau, quelle est la première idée qui vous traverse l’esprit ? « Il faut que je pense à lui offrir quelque chose pour sa fête. » Cela veut-il dire que votre collègue s’attend à ce que vous le fassiez ou qu’il cherche à tirer un quelconque avantage de son geste ? Peut-être pas. Que le donneur soit désintéressé ou pas ne change absolument rien à la façon de recevoir le don. Si vous croyez à la sincérité du geste, ce que la majorité des gens ont tendance à faire, vous allez essayer de lui rendre la politesse ; en outre, même si vous doutez de ses intentions, vous chercherez quand même à lui offrir un cadeau, ne serait-ce que pour éviter de vous sentir redevable envers un collègue « malintentionné ».

Cependant, si les dons sont tous des dettes déguisées qu’il faut payer tôt ou tard, qu’en est-il des dons du passé : notre héritage littéraire, artistique et architectural, par exemple ? Et que dire surtout de notre patrimoine naturel : nos forêts, nos rivières et nos lacs ? Comment les honorer ? Il n’y a qu’une seule façon, en fait, de s’acquitter d’une dette du passé : c’est en la transmettant aux générations futures en bon état. Ce n’est pas là faire preuve de générosité envers l’avenir, c’est plutôt une obligation morale envers le passé.

1 commentaire
  • Bernard Terreault - Abonné 26 octobre 2017 08 h 34

    Joliment dit

    Espérons que ça aura un effet.