Pensée magique

J’ai été très étonnée de lire, dans Le Devoir du 12 mai dernier, l’article intitulé « L’école à la maison semble une réussite ». Je n’y reconnais pas la rigueur journalistique qui caractérise Le Devoir. Sur cette question controversée, on ne présente qu’un seul point de vue. On expose la position de la directrice des services pédagogiques à la commission scolaire English-Montréal, qui anticipe la réussite scolaire pour les 700 enfants de la communauté hassidique inscrits à l’école à la maison. Pourtant, aucun examen du ministère n’aura lieu avant la fin de la prochaine année, mais elle appuie sa confiance sur l’engagement des mères et sur les portfolios qu’elles remettent. Ces enfants n’ont pas de bulletins scolaires. Il me semble pourtant que des questions importantes permettent de douter que ces enfants atteignent le même niveau d’apprentissage que les enfants qui fréquentent l’école normale toute la journée.

Comment présumer que les apprentissages des enfants hassidiques seront satisfaisants alors que toute leur journée à l’école est consacrée à l’enseignement religieux et que c’est dans les fins de journée qu’ils doivent acquérir les apprentissages scolaires ? De plus, même si je ne doute pas du dévouement et de la bonne volonté de ces mères de famille nombreuse, je me demande comment chaque mère peut enseigner en même temps à tous ses enfants qui sont de niveaux différents ? C’est de la pensée magique. Pour ma part, je continue d’être inquiète pour l’avenir de ces enfants qui ne disposeront pas d’une formation adéquate leur permettant d’être autonomes et de s’intégrer activement dans la société québécoise.

7 commentaires
  • Jean Lapointe - Abonné 19 mai 2017 07 h 01

    Il y a encore pire.

    «Pour ma part, je continue d’être inquiète pour l’avenir de ces enfants qui ne disposeront pas d’une formation adéquate leur permettant d’être autonomes et de s’intégrer activement dans la société québécoise.» (Marilyse Lapierre)

    Et comment voulez-vous que ces enfants puissent s'intégrer activement dans la société québécoise s'ils n'ont pas de contacts directs et quotidiens avec d'autres enfants québécois? Les uns et les autres risquent évidemment plus tard de se considérer comme des étrangers les uns aux autres. Est-ce souhaitable?

    • Raymond Saint-Arnaud - Abonné 19 mai 2017 15 h 35

      Vous avez raison de vous inquiéter. Ces régimes privés et rétrogrades d'enseignement peuvent coûter cher à la société québécoise, sociologiquement et financièrement parlant. À titre d’exemple, un ancien membre de la communauté hassidique de Montréal réclame 1,2 million de dollars en dommages et intérêts à la Direction de la protection de la jeunesse, à la Commission scolaire La Seigneurie des Mille-Îles de même qu'à une école et à un collège hassidiques. Yonanan Lowen reproche aux instances gouvernementales de l'avoir privé de l'éducation séculière de base à laquelle il avait droit, selon les lois québécoises.
      (Voir : http://ici.radio-canada.ca/nouvelle/694329/ecole-h )

  • Jean-Marc Cormier - Abonné 19 mai 2017 07 h 34

    Et comment?

    Et comment chacune de ces mamans ayant reçu une éducation sans aucun doute de même nature que celle que reçoivent ses enfants durant des journées entièrement consacrées à l'enseignement religieux serait-elle en mesure de transmettre aux enfants une éducation conforme au programme du ministère de l'Éducation.

    Il y a des limites à avaler des couleuvres. Elles sont plus aisément franchies par la population quand la presse s'est évertuée à lui démontrer qu'elles passent très bien dans la gorge et sont si facilement digestibles.

    • Sylvain Auclair - Abonné 19 mai 2017 09 h 41

      En fait, les filles reçoivent une instruction plus diversifiée que les garçons. Ces derniers se consacrent presque exclusivement à la religion, alors que les futures mères devront interagir avec la société extérieure.

  • Bernard Terreault - Abonné 19 mai 2017 09 h 31

    À la défense du Devoir

    Moi aussi j'ai été sceptique, mais Le Devoir rapportait simplement une communication "scientifique" (quoique j'aie des doutes) présentée au congrès de l'ACFAS. Ça ne prétendait pas être le résultat d'une enquête journalistique et encore moins une chronique d'opinion. Je ne crois pas insulter personne si j'affirme que les "sciences de l'éducation" ne seront jamais aussi rigoureuses que les sciences physiques. On mesure avec précision et on peut prédire à la seconde près la trajectoire d'une planète ou le comportement d'un électron, ce n'est pas si simple pour le succès scolaire. Les sciences humaines seront touours affectées par les croyances plus ou moins avouées des chercheurs et par les modes intellectuelles du jour ... et par qui paye le chercheur!

    • Jacques de Guise - Abonné 19 mai 2017 15 h 20

      Vous dites : "Les sciences humaines seront toujours affectées par les croyances plus ou moins avouées des chercheurs et par le modes intellectuelles ... et par qui paye le chercheur!"...... et j'ajoute : tout comme les sciences physiques ou de la nature, car on ne peut pas se situer en dehors de nous-mêmes pour faire de la recherche...fait que on est toujours dans notre propre cadre conceptuel.

      L'élément qui diffère est l'objet de la recherche : dans les sciences humaines c'est l'humain pensant, sentant et parlant. Dans les sciences de la nature, l'objet de la recherche n'est pas l'humain, mais la nature ou la physique!

  • Pierre Raymond - Abonné 19 mai 2017 11 h 43

    Du courage !

    Aucun gouvernement n'a eu le courage de vraiment régler ce problème.
    Ce n'est surement pas ce mou gouvernement qui va changer les choses.