Statines: revenir au bon jugement clinique

Enfin un médecin réputé, le Dr Martin Juneau, qui se prononce sur les statines (chronique Zeitgeist du vendredi 17 mars). Pour ma part, je n’en peux plus de crier dans le désert pour les patients que je traite. Des patients âgés de 80, 85 et plus de 90 ans qui reçoivent encore leur dose quotidienne de statine. Ils sont maigres, parfois cachectiques ; ils ont perdu 5, 10, 15, 20 % ou plus de leur poids ; leur taux de cholestérol total est rendu très bas avec conséquemment des HDL (du « bon » cholestérol) très bas aussi. Mon dernier patient en lice, pourtant un « jeune » de moins de 75 ans, a un cholestérol total à 1,54. C’est très, très bas. Avec sa statine quotidienne depuis des lustres, une perte de poids grave au long court, une malnutrition sévère associée, on s’est assuré de nourrir la « bête » (dixit notre système de « santé »). Il est à risque de relogement en hébergement. Ceci n’est pas juste une anecdote ; j’en ai trop vu pour me faire dire cela.

Pourtant, le cholestérol sert à beaucoup de choses (entre autres à la synthèse de la vitamine D, dont la déficience entraîne de la sarcopénie). En tout cas, des données probantes montrent qu’un cholestérol bas associé à une albumine basse diminue les capacités fonctionnelles pour les activités de la vie quotidienne. Aussi, un cholestérol bas pourrait entraîner de la démence. Il y aurait aussi peut-être un lien avec la maladie de Parkinson et la dépression. Moi qui croyais être seule à avoir lu cela, j’ai été des plus surprises quand un médecin, à qui je me plaignais (eh oui !) de l’abus des statines chez nos aînés malades, me répond tout bonnement : « … oui, et ça peut entraîner de la démence ». Mais pourquoi ne fait-on rien ! ?

Je ne dis pas de cesser les statines — quel sacrilège ce serait ! —, mais quand va-t-on arrêter d’appliquer des recettes et revenir au bon jugement clinique ?

3 commentaires
  • Nadia Alexan - Abonnée 21 mars 2017 01 h 00

    Pour les pharmaceutiques c'est le profit pas la santé!

    Les compagnies pharmaceutiques veulent inventer des maladies, tout le temps, même qu'on il y'en a pas! Elles ont démontré leur malhonnêteté à plusieurs reprises, non seulement avec les statines, mais avec plusieurs médicaments qu'elles ont mis sur le marché en sachant qu'elles entrainent la mort, comme l'Avandia, le Viox et le Celebrex. Ces compagnies ne sont pas règlementées. Leur raison d'être n'est pas la santé, mais le profit!

  • Diane Viel - Abonné 21 mars 2017 14 h 05

    Hypolipémiants et statines

    Chère madame Bergeron,
    Malheureusement, vous n'êtes pas seule à crier dans le désert et ce depuis de nombreuses années pour ma part. Je pourrais ajouter de nombreux exemples d'utilisation inadéquate à ceux que vous avancez.
    Cette sous-classe de médicaments est au premier rang pour le coût total le plus élevé de toutes les classes de médicaments assurés par le régime d'assurance médicaments prescrites aux personnes agées. Selon certaines estimations, la moitié de ces ordonnances sont en prévention primaire, c'est-à-dire que leur valeur clinique n'est pas démontrée et qu'en terme économique il s'agit d'une pure perte pour l'État et les patients, sauf pour les compagnies pharmaceutiques qui en font la promotion.
    Si le Ministre de la santé, plutôt que de s'occuper des structures, mettait des énergies à l'amélioration de la santé, il pourrait contribuer à modifier ce profil d'ordonnances inadéquates, par exemple en diminuant d'un montant équivalent au coût des hypolipémiants prescrits sans indication thérapeutique éprouvée ( plus de 115 M$ pour l'ensemble de la population inscrite au régime public d'assurance médicaments) le budget de rémunération des médecins facturant à la RAMQ, jusqu'à ce que ceux-ci adaptent leur pratique aux guides thérapeutiques et aux données probantes. Cela peut apparaître drastique mais est compatible avec la méthode de matamore que le Ministre semble chérir.
    Michel Pelletier, médecin

  • Michèle Cossette - Abonnée 21 mars 2017 19 h 30

    Paresse intellectuelle ou manque de temps?

    Quand, il y a quelques années, mon médecin m'a dit que mon cholestérol dépassait la norme et qu'il a voulu me prescrire des statines, je lui ai répondu qu'avant de prendre des médicaments, j'allais essayer de modifier mon alimentation.

    Six mois après, le mauvais cholestérol avait significativement baissé. Mon médecin m'a dit que c'était « miraculeux »... J'avais simplement pris le temps de réfléchir à ce que je mangeais et modifié mes habitudes alimentaires. Sans son aide.

    Pourquoi ne m'a-t-il pas donné des conseils relatifs à l'alimentation plutôt que de se jeter immédiatement sur son bloc d'ordonnances?