Les fausses vertus de la programmation

Enfin une bonne nouvelle ! Il n’y a pas de neige à Noël, le climat se réchauffe, il n’y a pas d’argent à Québec — sauf peut-être pour les médecins, les ingénieurs et les gestionnaires —, les organismes communautaires peinent à nourrir les plus pauvres, la commission Charbonneau n’a rien prouvé de manière concluante et l’islam radical fait des émules à travers la planète. Tout va mal, mais rassurons-nous, l’école québécoise serait peut-être « à l’heure de la programmation ». « Même sans savoir lire et écrire, on peut arriver à faire de la programmation » (Le Devoir, 19 décembre).

N’est-ce pas là la solution aux maux de l’école ? Pourquoi s’acharner à enseigner à lire et à écrire ? Pourquoi prendre la peine de corriger, dans les dictées du primaire comme dans les examens universitaires, la syntaxe et l’orthographe puisque l’on peut programmer tout en étant analphabète et fier de l’être ? Alors programmons, nom d’un mégaoctet ! Pourquoi diable devrait-on apprendre l’histoire, réfléchir à l’humain alors que l’on peut dès le plus jeune âge apprendre des compétences qui seront utiles à notre société ? Pourquoi ne pas supprimer une fois pour toutes l’histoire des religions à l’école primaire puisque l’on peut désormais apprendre à déplacer un petit bonhomme dans un tunnel ? L’Angleterre le fait déjà, nous explique Le Devoir. C’est bien connu : le système scolaire anglais se distingue par son équité (écoles privées, compétition acharnée entre les écoles publiques, culture du chiffre, mépris envers les enseignants, conditions de travail déplorables de ces derniers) et son efficacité (un élève sur cinq quitte l’école au Royaume-Uni sans avoir acquis les compétences au programme).

Après la programmation, les enfants pourraient se familiariser avec le fonctionnement des paradis fiscaux dès la maternelle, gérer un portefeuille d’actions et apprendre les règles d’une saine gestion austère. Il y a de quoi se réjouir. Enfin !

12 commentaires
  • Jacques Lamarche - Inscrit 28 décembre 2015 03 h 14

    Un symptôme qui en dit long!

    L'école d'hier est en perdition. Elle se meurt au profit d'une autre de plus en plus soumise aux besoins du marché du travail. Il n'a que faire de belles têtes bien formées, de citoyens au sens critique aiguisé qui sachent débattre des grands enjeux de la société, en autant qu'ils rapportent à l'entreprise et puissent se payer du plaisir à satiété, les objectifs de l'école auront été réalisés!

    L'école aussi est un reflex de notre société, d'une société où tout devient commerce et profit.

  • Robert Bernier - Abonné 28 décembre 2015 09 h 29

    Faire ceci sans négliger cela

    Vous écrivez: "Pourquoi s’acharner à enseigner à lire et à écrire ?" Vous vous livrez là, ce me semble, à un sophisme, celui de prétendre sans le démontrer qu'il y a nécessairement contradiction entre programmation et écriture.

    Former à la programmation n'empêcherait pas d'apprendre à lire et à écrire. Ce n'est pas ceci contre cela. La programmation, l'algorithmie tout au moins, est un puissant moyen de former le raisonnement logique. Et celui-ci, en retour, permet de former à la compréhension de textes complexes.

    Durant mon cours classique à la fin des années 60, on ne faisait pas que des "humanités". On faisait aussi de la géométrie plane et celle-ci, par l'obligation de démontrer des théorèmes, avait les mêmes vertus que celles que peut avoir la programmation. Comme on a à peu près évacué la géométrie, en tout cas à ce niveau d'exigence, il ne serait pas mauvais qu'on la remplace par l'apprentissage de la programmation.

    Robert Bernier
    Mirabel

    • Marc Davignon - Abonné 28 décembre 2015 11 h 48

      Vous n’êtes pas mal, non plus, en sophistique! Car vous n'avez aucune idée des connaissances utilisées pour faire de la programmation, de la «vraie» (!!!!) programmation. Il serait bon d'apprendre les bases, apprendre à marcher avant de courir!

  • Marc Davignon - Abonné 28 décembre 2015 09 h 46

    De plus,

    Nous aimerions énormément connaitre les gens qui poussent cette idée sogronue. Qui, hormis l'enseignant entrepreneur (celui qui dit avoir dévellporé un logiciel d'apprentissage pour une modique somme de 30$ par mois!), appuis cette thèse?

  • Serge Morin - Inscrit 28 décembre 2015 10 h 55

    Vision manichéenne
    Tempérons un peu svp

    • Sylvain Auclair - Abonné 28 décembre 2015 15 h 14

      D'accord. À moins que je ne me trompe, on parle d'UNE HEURE de programmation dans tout le cours primaire. Rappelons qu'on initie aussi les enfants au bricolage, à l'art, voire à la cuisine, au jardinage et ainsi de suite. Ce n'est sûrement pas cela qui nuit à l'apprentissage de l'écriture (et non pas du français, que les élèves sont censés déjà connaître) et du calcul (le terme mathématiques me semble un peu excessif pour ce qu'on enseigne au primaire).