Gilles Marcotte (1925-2015)

Étrange en effet d’avoir eu comme compagnon de route en littérature un intellectuel catholique et fédéraliste, dans un moment historique de laïcité et d’indépendantisme, mais Gilles Marcotte était aussi un esprit libre, attentif et ironique. Il fut dans nos lettres un acteur aussi important que l’était Gaston Miron, éditeur de l’Hexagone.

J’ai connu Gilles Marcotte dans les bureaux de l’ONF en 1958, et c’est l’un de ses projets qui m’a permis de réaliser un premier film documentaire. Quand Marcotte a été nommé, par la suite, critique littéraire à La Presse, il n’a cessé, avec régularité et sérieux, de souligner l’originalité des romans de la Révolution tranquille. À cette époque, une critique favorable de lui dans le journal et une deuxième de Jean Ethier-Blais dans Le Devoir suffisaient à promouvoir de façon importante un livre et son auteur. Les lecteurs et les libraires lui faisaient confiance. Ses essais littéraires éclairaient nos démarches.

Sans jamais participer aux vibrantes réunions de l’équipe de Liberté, Marcotte était néanmoins un fidèle collaborateur. Il se préoccupait plus de ses cadets que ses cadets de lui. La littérature et surtout la poésie étaient à ses yeux les premiers révélateurs de la culture française en Amérique.

Devenu professeur à l’Université de Montréal sur le tard, comme André Belleau à l’UQAM, il n’en poursuivait pas moins, jusqu’à il y a peu, un important travail critique dans L’Actualité.

Gilles Marcotte était de cette génération libérale d’après-guerre qui, avec Jean-Louis Gagnon, Pierre Juneau, Laurent Picard, Raymond David, Jeanne Sauvé, Jeanne Lapointe, Claude Hurtubise, Jacques Hébert, Robert Élie, Jean Simard et d’autres, misait sur l’éducation et le bien commun pour faire du Québec un lieu de culture humaniste. Aucun de ces « fédéralistes » ne partageait la passion de Pierre Elliott Trudeau pour le culte des vases chinois. Gilles Marcotte rappelait par son patient travail que la qualité d’une littérature a peu à voir avec les options politiques transitoires.