Labeaume, le Vieux-Port et son marché

Je suis un habitant du Vieux-Québec. Un des rares propriétaires résidants en fait. Et il y en a peu. Très peu. Il ne faut pas chercher midi à quatorze heures et avoir un bac en anthropologie pour comprendre pourquoi ce quartier se vide de son essence pour devenir un Walt Disney touristique au fil du temps.

Ce qui anime un quartier et le rend attirant, c’est la vitalité des gens qui l’habitent. Ici, je ne parle pas d’étrangers qui se louent un hôtel, illégal ou pas, pour deux semaines, mais de résidants permanents. C’est ce qui nous attire dans toutes les villes du monde. On ne visite pas les banlieues crasses de Paris. Comme on ne va pas marcher avec son amoureuse le long du boulevard Wilfrid-Hamel un beau samedi soir d’été. Prendre sa voiture pour aller à l’épicerie, au dépanneur ou tout simplement pour sortir de chez soi, car il n’y a rien à proximité, c’est un concept de banlieues.

Déménager le Marché du Vieux-Port à Expo-Cité, ce n’est pas un seul commerce de proximité qui part, mais il s’agit de plusieurs commerces de proximité qui partent d’un seul coup. Bang. Les épices, saucisses, fromages, bières de micro-brasseries, charcuteries, vrais fruits et légumes, produits du terroir, pâtes fraîches, fruits de mer frais, produits locaux et j’en passe et en passe et en passe.

Récemment, on criait haut et fort à la Ville qu’on voulait ramener plusieurs centaines de résidants intra-muros. Vraiment ? Soyons sérieux et conséquents. Pour un maire qui se dit à l’écoute de la population, je m’interroge. Et en parlant de s’interroger, ce serait peut-être une bonne idée de poser la question aux principaux concernés : les résidants du coin.

Mais au fond, il y a peut-être des intérêts plus grands dans l’air. On jase, là. Essayer de donner un peu de bénéfices autour de l’amphithéâtre vide en attendant qu’il ait son équipe de hockey. Ou tout simplement faire de la place dans le port de Québec pour d’autres raisons. […]


 
3 commentaires
  • Jean Richard - Abonné 28 avril 2015 09 h 47

    Un marché plus accessible ?

    Il peut être réaliste de croire qu'en moyenne, les gens vont considérer qu'un parcours de 15 à 20 minutes (par sens) pour aller au marché est acceptable. À pieds, ça représente environ 1,5 kilomètre et à vélo, 5 kilomètres, en plaine bien sûr. La présence d'un escarpement prononcé comme celui qui sépare la haute-ville de Québec à sa basse-ville rétrécit de façon marquée ces distances (il est peu probable qu'on se tapera la côte d'Abraham à vélo avec 10 ou 15 kilos supplémentaires de fruits et de légumes).

    Ceci dit, en traçant une zone d'autonomie de transport actif centrée sur l'emplacement actuel du marché et une autre sur le nouvel emplacement, on pourrait en arriver à la conclusion que le nouvel emplacement permettra à plus de gens – et surtout à plus de familles avec enfants (chose rare dans le vieux Québec) de se rendre au marché sans avoir recours à l'automobile.

    Si à Montréal, on déménageait le marché Jean-Talon dans le vieux port plutôt que de le laisser dans Rosemont-Petite-Patrie, il ne ferait pas vieux os. Il deviendrait un marché de petits pots de confitures pour touristes.

    La dernière fois que je suis passé devant le marché du vieux port de Québec, c'était en semaine, un après-midi où il faisait un temps superbe. Or, le marché était désert. Le marché Jean-Talon n'est jamais désert en après-midi, que ce soit lundi, mercredi ou vendredi. C'est qu'il est implanté au milieu des gens, pas au milieu des touristes. Et j'ajouterai qu'il dessert une population aux revenus très modestes, pas seulement des gens aisés des condos luxueux qui poussent comme des champignons autour.

    Et si le marché du vieux port de Québec devenait somme toute plus accessible aux familles de Limoilou – et un peu moins aux résidents des condos luxueux du vieux port ?

  • Stéphane Laporte - Abonné 28 avril 2015 15 h 19

    Hockey

    La raison du déménagement est essentiellement pour qu'il y ait de l'activité autour du gros aréna vide que l'on vient de construire. Au sujet du maire qui serait à l'écoute de la population, il faut voir de quelle population il est question. Regarder les résultats de la dernière élection municipal, regardé la carte de ceux et celles qui ont voté "du bon et du mauvais bord".

  • Denis Bouchard - Inscrit 29 avril 2015 07 h 42

    A l'ombre du Grand-Blanc.

    Comparez le marché public, que Régis souhaite installer près de son éléphant blanc, avec le Marché Jean-Talon est une belle erreur. Le Marché Jean-Talon est une institution implantée depuis des décennies, dans un quartier bien vivant. Implanter un marché à Expo-Cité vise seulement à attirer un peu plus de monde dans un secteur de la ville correct pour des foires, des expositions et du sport, mais mal foutu pour le commerce de détail. Trop d'autoroutes et de boulevards pour que ça ait l'ambiance et l'accèssibilité du Marché Jean-Talon. Je passe régulièrement à pied près du marché du vieux port, j'y entre souvent et c'est vrai qu'il est très souvent peu achalandé, mais le marché qu'on veut implanter à Expo-Cité ne sera pas plus populaire. Et je n'irai pas comme bien d'autres. À Limoilou, c'est la 3ième Avenue que j'aime et où je vais régulièrment. Un nouveau marché public dans une ville comme Québec, ne tient pas compte de la réalité de la ville. Dans tous les quartiers de Québec et de sa banlieu, il y a maintenant d'immenses IGA Extra, des Métro Plus plus plus, des Maxi encore plus, et des Costco en continuelle expansion, qui se spécialisent à offrir aux gens autour d'eux tout ce qu'un marché public peut leur offrir. Les gens n'iront pas plus loin que leur immense épicerie de quartier, en tout cas certainement pas à Expo-Cité. Le Marché du Vieux-Port c'est une attraction touristique en plus d'être commode pour des locaux et des passants. À Expo-Cité, à l'ombre du Grand-Blanc, un marché ne sera rien de tout ça.