Lettres - Drames familiaux : l'étroitesse du mandat

Le ministre de la Santé Yves Bolduc a annoncé lundi la création d'un comité d'experts pour «étudier le phénomène des homicides intraconjugaux». C'est, a priori, une excellente nouvelle, mais la rhétorique euphémisante comme l'étroitesse du mandat ne manquent pas de retenir mon enthousiasme.

Le ministre de la Santé Yves Bolduc a annoncé lundi la création d'un comité d'experts pour «étudier le phénomène des homicides intraconjugaux». C'est, a priori, une excellente nouvelle, mais la rhétorique euphémisante comme l'étroitesse du mandat ne manquent pas de retenir mon enthousiasme.

Dans les médias comme dans les discours officiels, il est de mise d'utiliser l'expression «drame familial» pour nommer ce qui, dans les faits, est le meurtre d'une femme et de ses enfants par un conjoint ou un ex-conjoint qui se suicide par la suite. Selon l'enquête sur les homicides de Statistique Canada, «97 % des victimes des homicides-suicides commis au Canada entre 1961 et 2003 étaient des femmes tuées par leur conjoint; 3 % étaient des hommes tués par leur conjointe». Jamais, ou presque, l'expression «violence masculine» n'est utilisée pour parler de ces «drames» — ce qui est pourtant évident au vu des statistiques —, et on préfère pathologiser les comportements extrêmes de cette poignée d'hommes meurtriers. Pourtant, le meurtre n'est que l'extrémité d'un continuum de la violence intime exercée sur les femmes, continuum au long duquel la violence prend les formes les plus «ordinaires» pour des milliers de Québécoises et de femmes partout dans le monde.

Il est urgent de mettre en question la culture de violence dans laquelle les garçons sont élevés et qui constitue le terreau des «drames familiaux», mais aussi et surtout de la violence quotidienne et souvent invisible exercée dans la famille. Tous les hommes ne sont pas violents, bien entendu: mais aura-t-on enfin le courage de reconnaître et de nommer la violence masculine comme un problème social? Il me semble que c'est un point de départ incontournable pour un comité d'expert qui serait sérieusement à la recherche de solutions.

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Catherine Charron - Québec, le 17 octobre 2011
10 commentaires
  • Henri Marineau - Abonné 19 octobre 2011 03 h 24

    Enfin une nouvelle positive!

    L’idée du ministre Bolduc quant à la création d’un comité chargé de trouver des solutions pour limiter le nombre de drames familiaux au Québec n’est peut-être pas l’initiative du siècle mais elle démontre tout au moins que le ministre se montre sensible à ces drames qui semblent se produire de plus en plus souvent chez nous.

    Personne au Québec n’a oublié toute la saga qui a entouré le procès de Guy Turcotte, ce cardiologue qui a assassiné froidement ses deux enfants et qui, au terme d’un procès qui aura duré douze semaines, a été reconnu non criminellement responsable de ses actes. Depuis lors, d’autres drames familiaux ont été rapportés dans les médias, entre autres, celui d’une mère de Saint-Eustache qui a tenté d’électrocuter ses enfants dans le bain et de s’enlever la vie.

    Un rapport préliminaire de ce comité sera déposé au printemps 2012 pour dresser, dans un premier temps, un état de la situation sur les drames familiaux au Québec et une analyse des expériences internationales qui ont été réalisées au sujet de ce genre de tragédies.

    Enfin une initiative positive qui apporte un souffle bienfaisant sur les vents et les orages médiatiques qui déferlent sur le Québec depuis des mois!

  • Sylvain Auclair - Abonné 19 octobre 2011 08 h 12

    À l'inverse

    Et les femmes qui tuent leurs enfants sans tuer leur mari,
    et les hommes qui se suicident après que leur femme fut partie avec leurs enfants,
    ne sont-ce pas aussi des drames familiaux ?

  • Tangomec - Inscrit 19 octobre 2011 08 h 12

    Victime aujourd'hui...victime demain

    Vos propos sont consternants.

    Associer masculinité et violence est un exercice de pur mépris qui met en évidence votre statut d'éternelle victime.

    Si la violence est, à vous entendre, naturelle chez l'homme, faut croire qu'elle est aussi normale que le fait pour lui de pisser debout! Ce qui vous dérange aussi, j'en suis certain.

  • Dominique Châteauvert - Inscrite 19 octobre 2011 11 h 14

    La culture masculine en évolution

    Il existe une culture masculine de toute évidence en évolution, mais qui ne semble pas encore questionnée de front par la majorité des hommes.
    Au cours des récentes décennies, les femmes se sont prises en main et se sont efforcées d'actualiser tous les potentiels réprimés qui dormaient en elles. De plus en plus d'hommes respectent et soutiennent ce processus, ce qui les aident et les soulagent énormément.

    Un mouvement masculin devrait se mettre en place de façon concerté afin de changer la culture du machisme, car celle-ci perdure encore à grande échelle. Elle contamine les jeunes adolescents, perturbe les relations conjugales et de travail, rend les hommes inutilement malheureux et les prédispose aux actes de violence. Il est possible d'étiqueter ces violences de" masculines" car elles sont perpétrées par des homme, ce qui n'empêchent pas les violences féminines d'exister.

    À plus grande échelle, on constate que la majorité des grands fortunés de la planète sont des hommes (violence économique), que ce sont CERTAINS d'entre eux qui déclenchent des guerres, qui violent femmes et enfants, fondent et organisent le trafic des prostitués, consomment le plus d'alcool et de drogue, causent le plus d'accidents d'automobile et se suicident le plus.

    Ces hommes ne sont visiblement pas bien avec eux-mêmes ni avec les autres. Dans les cas de viols collectifs, ceux qui ne sont pas d'accord se montrent le plus souvent incapables de se retirer du groupe. Ils y participent à contre coeur, pouvant alors être qualifiés de victimes, car leur conscience en souffrira toute leur vie. Les hommes autant que les femmes doivent travailler sur cette culture empruntée à d'autres temps, pour enfin émerger tels qu'ils sont, des êtres de construction et de coopération.

  • tohi1938 - Inscrit 19 octobre 2011 13 h 33

    Ça en prend deux pour le tango!

    Effectivement, il importe de ne pas confondre cause et conséquence, et même si l'on peut, et l'on doit, stigmatiser les hommes violents et irresponsables, il ne faut pas non plus oublier la présence du ou de la partenaire dans tout ça en tant que déclencheur des horreurs en question!
    Il est faux de penser que parce que l'on est une femme on est honnête, probe, et sans tache, et que parce que l'on est un homme, on en soit nécessairement le contraire, c'est à dire malhonnête, bandit, et plein d'opprobre.
    Continuer à rêver comme dans la chanson bien connue que tout mâle rêve d'être "cocu et content" relève de l'utopie la plus navrante qui soit.
    Tout effet a une cause, malheureusement, et ni le mensonge, ni le parjure, pourtant sur lesquels les juges ferment les yeux ne pourra permettre une médiation intelligente.
    Nous ne sommes plus à l'âge de l'humain des cavernes, et cependant les conséquences sont toujours là.
    La démarche souhaitée par le Ministre se doit d'être accompagnée de réflexion sereine et non partisane.
    Reconnaissons-lui le mérite de l'avoir fait, ...pour une fois!