Lettres - L'architecture solaire dérange

Les gouvernements n'encourageront jamais le solaire, car l'énergie du solaire est gratuite. Ils sont avant tout des collecteurs de taxes, et le soleil n'est pas taxable. Ils préfèrent encourager les investissements dans le gaz de schiste, l'éthanol ou les autres sources d'énergie traditionnelles, comme le pétrole, le nucléaire et l'hydroélectricité qui garantissent des revenus à l'État.

De plus, l'architecture solaire a un défaut. Les bâtisses doivent être orientées au sud pour capter un maximum de rayonnement solaire. En tenant compte de l'ensoleillement, tous les terrains situés sur les versants nord deviendraient inconstructibles. Les développements urbanistiques devraient tenir compte de l'ensoleillement. Cela deviendrait un véritable cauchemar pour les municipalités.

Un autre argument contre l'architecture solaire vient des constructeurs eux-mêmes. Ils érigent leurs oeuvres à partir de plans types sans tenir compte de l'orientation. Le même plan peut servir à construire une maison orientée au sud et une autre au nord. L'une recevra un apport thermique solaire significatif et pas l'autre. Pourtant, elles recevront toutes le même «Label Totoclimat». Aujourd'hui, ce sont ces lobbyistes qui rédigent les lois au pays.

Puis, d'un autre côté, l'architecture solaire dérange certains. Ceux-là ne veulent pas conscientiser la population à l'importance du soleil sur la qualité de vie des êtres humains. Le soleil, la nature, l'air pur d'après eux, ne doivent surtout pas être considérés comme essentiels à la vie. Aujourd'hui, il est acceptable de voir des garages à voiture construits avec de magnifiques fenêtres pour valoriser l'architecture. Tout le monde sait qu'une voiture peut souffrir de dépression à cause du manque de lumière du jour. Par contre, on n'a aucun scrupule à construire des édifices sans fenêtre pour les employés. Une secrétaire oeuvrant dans un bureau sans lumière du jour n'étouffe pas de honte ses supérieurs hiérarchiques. Les lobbyistes ne veulent surtout pas qu'on imagine que la lumière du jour et encore moins le soleil peuvent avoir un quelconque effet sur le bien-être et la santé des individus.

Alors, nous pouvons encore attendre pour voir l'architecture solaire valorisée par l'État. Nous devrons en attendant un changement de politique, nous contenter des beaux articles dans les journaux et autres revues spécialisées.

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Jean-Paul Michon, architecte solaire depuis 1983 - Saint-Augustin-de-Desmaures, le 11 septembre 2011
 
3 commentaires
  • Fabien Nadeau - Abonné 13 septembre 2011 07 h 24

    Chut!

    Ne dites jamais que le soleil n'est pas taxable, vous donneriez des idées aux gouvernements qui s'empresseront de voter des taxes sur les systèmes solaires!
    Je veux dire, les systèmes de captation de l'énergie du soleil...

  • François Dugal - Inscrit 13 septembre 2011 08 h 00

    L'électricité gratuite

    L'électricité gratuite? Hydro-Québec est contre, le gouvernement est contre, le lobby du pétrole est contre, même la chambre de commerce est contre
    Alors les «pelleteux de nuages», fermez-la; ce concept est trop beau pour être vrai.

  • celljack - Inscrit 13 septembre 2011 10 h 29

    Les urbanistes et architecteux

    Ce sont les géoliers dans cette prison qu'est la dépendance aux énergies fossiles et à la société de consommation.

    Impossible de trouver un terrain où faire de la culture maraichère, de faire son propre traitement d'eau, de produire sa propre énergie. Non, ces fonctionnaires gardiens feront tout pour vous empêcher de vous libérer.

    Pendant que l'UNESCO publie des plans pour construire des réacteurs à bio-méthanisation domestique pour petite famille dans les pays en voie de développement, nous ici nous devons nous battre avec les normes de construction pour pouvoir intégrer ces technologies à nos bâtiments. Pendant ce temps, les grandes institutions planifient de construire de grandes centrales où vous paierez pour qu'on vous détrousse de vos matières putrescibles et vous paierez encore pour acheter le bio-gaz produit, sans avoir aucun contrôle sur le processus.

    Les lois sont faites exprès pour vous garder dépendants. Le système d'éducation évite à tout prix de nous apprendre à pêcher: on nous apprend à travailler pour se l'acheter.