Croire ou pas à l’évolution ?

«Au moment du mélange de l’ADN des parents qui va donner naissance à un tout nouvel individu, de nouvelles combinaisons vont apparaître et des erreurs de copie vont se produire qui feront naître des traits jusque-là inconnus»,  affirme l'auteur.
Photo: Roberto A Sanchez Getty Images «Au moment du mélange de l’ADN des parents qui va donner naissance à un tout nouvel individu, de nouvelles combinaisons vont apparaître et des erreurs de copie vont se produire qui feront naître des traits jusque-là inconnus»,  affirme l'auteur.

L’auteur est astronome, communicateur scientifique et professeur de didactique des sciences à l’UQAM.

Récemment, un candidat du Parti conservateur du Québec a affirmé ne pas croire en la théorie de l’évolution. Cela n’a rien de bien surprenant puisque, d’un sondage à l’autre, c’est généralement entre 30 % et 40 % des Québécois et des Canadiens qui disent, eux aussi, ne pas croire en cette théorie que l’on doit au naturaliste Charles Darwin, qui l’a popularisée dans son ouvrage majeur De l’origine des espèces au moyen de la sélection naturelle, paru en 1859. Nul doute que, parmi les candidats aux élections québécoises, tous partis confondus, il se trouve une proportion similaire de personnes qui remettent en doute le bien-fondé de cette théorie scientifique.

Cela soulève deux questions intéressantes. D’abord, peut-on « croire » en une théorie scientifique ? Ensuite, peut-on mettre en doute le fait que les vivants évoluent d’une génération à l’autre au gré des mutations pour s’adapter aux pressions de l’environnement ?

Pour répondre à la première question, interrogeons-nous sur le sens du mot « croire ». Dans le langage courant, croire en quelque chose est souvent une autre façon de dire que l’on accorde une certaine vérité à cette chose, qu’on la pense vraie, réelle. Dans un contexte religieux, croire, c’est avoir la foi, c’est-à-dire penser qu’une chose est vraie, réelle, sans demander de preuve à l’appui de cette conviction.

Rien dans le fait de « croire » ne pourrait être plus éloigné de la façon dont la science fonctionne, et les scientifiques eux-mêmes feraient sans doute oeuvre utile en cessant d’utiliser le mot « croire » lorsqu’ils parlent de leur adhésion à telle ou telle idée ou théorie scientifique. Par exemple, je ne « crois » pas en la théorie de la gravitation universelle de Newton. Malgré cela, je sais que ce n’est jamais une bonne idée de sauter par une fenêtre du dernier étage d’un gratte-ciel… du moins sans parachute !

Comme tous les scientifiques, j’adhère à cette théorie parce que la prépondérance des preuves observationnelles et expérimentales penche en sa faveur et, surtout, parce qu’aucun des nombreux tests auxquels cette théorie a été soumise jusqu’à présent n’a réussi à la prendre en défaut, du moins dans les limites classiques de son applicabilité. Bien sûr, dans les régimes de très forte gravité ou de très grandes vitesses, c’est la relativité générale qui nous permet de comprendre le comportement de la matière et de l’énergie, mais le raisonnement reste le même…

Qu’en est-il de la théorie de l’évolution des espèces par sélection naturelle ? Cette théorie dit simplement qu’en se reproduisant, les individus transmettront certains de leurs traits à leurs descendants à travers le mélange de leur bagage génétique. Certains de ces traits constitueront des avantages évolutifs qui favoriseront la survie et la croissance de certains individus, tandis que d’autres traits constitueront des obstacles, le tout en lien avec les ressources et les contraintes de l’environnement.

Les individus bénéficiant de traits avantageux se reproduiront plus facilement que ceux ayant hérité de traits moins avantageux, si bien qu’après quelques générations, les traits avantageux auront été transmis à un très grand nombre d’individus et les traits désavantageux auront pratiquement disparu de la population.

Si les girafes ont un long cou, ce n’est pas parce que ce dernier s’est étiré durant la vie des individus, qui auraient ensuite transmis ce trait acquis à leurs descendants. C’est plutôt parce que le hasard de la génétique a donné à un girafon un cou plus long que celui de ses congénères et que ce trait lui a donné un avantage évolutif (atteindre les feuilles situées plus haut sur les branches d’acacias) qui a favorisé sa reproduction.

Le mot clé, ici, est « hasard ». En effet, au moment du mélange de l’ADN des parents qui va donner naissance à un tout nouvel individu, de nouvelles combinaisons vont apparaître et des erreurs de copie vont se produire qui feront naître des traits jusque-là inconnus. Ces traits seront-ils avantageux ou pas ? C’est l’environnement qui, ultimement, décidera. On n’a qu’à penser à l’évolution des bactéries, qui changent d’une génération à l’autre et développent une résistance aux antibiotiques, pour voir « en direct » ce processus à l’oeuvre.

Le processus d’évolution des espèces par sélection naturelle est lent, mais la nature est patiente et, surtout, elle dispose de plus de temps qu’il n’en faut pour construire des structures vivantes complexes à partir d’un matériau simple et abondant. La vie sur Terre est apparue il y a près de 4,3 milliards d’années et, depuis les premières cellules capables de se reproduire en réalisant des copies d’elles-mêmes, il y a eu des milliards de milliards de générations pour porter des innovations, parfois avantageuses, parfois fatales, jusqu’aux êtres complexes que nous sommes. Des êtres capables de concevoir la complexité du cosmos, mais aussi la merveilleuse simplicité des forces à l’oeuvre dans le monde naturel.

À voir en vidéo