Des regards aînés sur la pandémie à Montréal… et après

Le Conseil citoyen du Réseau résilience aîné.es Montréal a  suggéré des moyens de resserrer le filet de sécurité autour des personnes aînées et de  rendre nos communautés plus résilientes.
Marie-France Coallier Le Devoir Le Conseil citoyen du Réseau résilience aîné.es Montréal a suggéré des moyens de resserrer le filet de sécurité autour des personnes aînées et de rendre nos communautés plus résilientes.

Même si sa devise est « Je me souviens », le Québec voue souvent à l’oubli les rapports et les recommandations sur les tragédies survenues au fil des ans. Nous pensons qu’un récent bilan de la pandémie, tiré directement des expériences de personnes aînées, fera exception.

Intitulé Regards aînés sur la pandémie, ce rapport est l’oeuvre de 11 personnes aînées réunies au sein du Conseil citoyen du Réseau résilience aîné.es Montréal (RRAM). Les signataires font partie de la population qui a été la plus éprouvée par la pandémie. Pour la première fois, ces voix aînées se font entendre sur le sujet et formulent des propositions concrètes pour l’avenir.

Constitué en mars 2020, le RRAM vise à favoriser l’inclusion, la participation sociale et la résilience des personnes aînées. Afin d’y parvenir, il canalise les efforts de plusieurs partenaires : la Ville de Montréal, les Petits Frères, la Coalition pour le maintien dans la communauté, la Fédération de l’âge d’or du Québec et la Table de concertation des aînés de l’île de Montréal. C’est la Direction régionale de la Santé publique du CIUSSS du Centre-Sud-de-l’Île-de- Montréal qui en assure la coordination.

Dès le départ, quelques citoyens aînés ont été associés à l’élaboration des projets du RRAM. Afin de pousser plus loin cette approche novatrice de coconstruction, on a créé le Conseil citoyen. Depuis octobre 2021, des personnes aînées aux profils divers, vivant dans différents quartiers de la métropole, se réunissent pour réfléchir aux défis du vieillissement.

À partir de ces échanges, le Conseil citoyen a pu enrichir les projets du RRAM. Après quelques mois d’existence, il a élargi sa zone d’influence en déléguant des membres à deux colloques sur la santé urbaine. Cette participation de personnes aînées à des événements où se discutaient des thèmes importants pour leur vie quotidienne a sans doute inspiré la Direction régionale de la Santé publique de Montréal. Par la suite, sa directrice, la Dre Mylène Drouin, a décidé de consulter le Conseil citoyen pour dresser un bilan de la pandémie et prévoir de meilleures pratiques pour l’avenir.

En réponse à quatre questions, le Conseil citoyen a relevé les bons coups et les innovations qui ont permis d’atténuer les impacts indésirés des mesures sanitaires. Il a signalé les erreurs que l’on ne devrait plus jamais refaire dans une autre urgence sanitaire. Il a aussi suggéré des moyens de resserrer le filet de sécurité autour des personnes aînées et de rendre nos communautés plus résilientes. Enfin, il a avancé des idées en vue d’intégrer les personnes aînées dans tout processus de création des politiques et des solutions permettant de mieux faire face aux futures urgences.

À partir de ces constats, le Conseil citoyen a formulé 16 recommandations accompagnées de pistes d’action concrètes. Nous en signalons quatre qui semblent urgentes. Les deux premières parce qu’elles faciliteront la mise en oeuvre de toutes les autres, et les deux autres parce qu’elles concernent des situations critiques dans les résidences privées pour aînés.

Lutter contre l’âgisme : Il serait évidemment difficile d’améliorer les conditions de vie des personnes aînées sans lutter contre l’âgisme. C’est pourquoi le Conseil citoyen propose d’agir sur tous les plans pour créer une solidarité intergénérationnelle.

Intégrer les personnes aînées dans les prises de décision : Associer les personnes aînées à l’élaboration, à la mise en oeuvre et à l’évaluation des politiques publiques de santé et autres est une façon de reconnaître leur rôle précieux dans nos communautés et un moyen essentiel pour déconstruire les préjugés âgistes. En prévision des prochaines situations d’urgence, le Conseil citoyen recommande donc d’intégrer, dès le début, des personnes aînées et des organismes communautaires dans les démarches liées, entre autres, au Plan d’urgence sanitaire et au Plan d’action régional intégré (PARI) de santé publique.

Adapter les mesures sanitaires aux populations aînées : Durant la pandémie, certaines résidences privées pour aînés (RPA) ont imposé des mesures de confinement excessives qui ont nui à la santé physique et mentale de leurs résidents. Lors des prochaines urgences, le Conseil recommande d’appliquer des mesures de protection qui tiennent compte de la diversité des conditions de vulnérabilité des personnes aînées.

Préserver les milieux de vie collectifs pour aînés : Alarmé par le nombre croissant de fermetures et de ventes de RPA, le Conseil citoyen souhaite obtenir des solutions durables pour préserver la stabilité et la qualité de ces milieux de vie collectifs. Il propose donc diverses actions : créer des comités indépendants permanents d’évaluation des RPA ; inclure, dans le contrat d’attribution des RPA, l’interdiction de modifier la résidence lors de la vente ; et ajouter une clause de préemption sur la vente donnant à une municipalité ou au gouvernement du Québec la priorité d’achat afin de conserver la vocation immobilière spécialisée de la RPA.

Le Conseil citoyen compte maintenant exercer des pressions pour obtenir la mise en oeuvre des 4 recommandations urgentes et l’examen des 12 autres contenues dans son rapport. Regards aînés sur la pandémie démontre que loin d’être un problème démographique, budgétaire ou sanitaire, les personnes aînées constituent un bassin important de connaissances, d’expériences et de solutions ingénieuses lorsque l’on prend les mesures nécessaires pour leur permettre de les faire valoir.

Dans cette période de pénurie de main-d’oeuvre et de crise climatique que nous traversons, le Québec ne peut pas et ne doit pas se priver de cette contribution. En fin de compte, les personnes aînées souhaitent continuer à être parties prenantes de notre société, bref, à vivre une vieillesse citoyenne. Et le Conseil citoyen du RRAM est là pour le rappeler !

* Ont aussi signé cet article, les autres membres du Conseil citoyen : Raphaël Assor, Odette Bourdon, Josette Bourque, Bruce Cameron, Marie Cantin, France Cardinal Remete, Michel Guenette,
Denise Veilleux, Bernadette Mwauka.

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