Et si nous parlions plutôt d’un Saint-Michel créatif?

« Les projets structurants existent», écrit l'autrice.
Photo: Valérian Mazataud Le Devoir « Les projets structurants existent», écrit l'autrice.

En lisant les propos de Richard Adam publiés dans la page Idées à la mi-décembre, je ne pouvais que partager ses constats. En effet, le quartier Saint-Michel manque cruellement d’infrastructures adéquates.

Rappelons deux faits bien documentés : d’une part, les services de proximité font partie des facteurs d’intégration qui peuvent aider des jeunes à trouver un ancrage pour devenir des citoyens à part entière ; d’autre part, les actes de violence surviennent davantage dans les milieux défavorisés où la pauvreté sévit. C’est pourquoi il est important qu’un investissement majeur soit fait dans les quartiers tels que Saint-Michel. Cela bénéficierait aux résidents, mais également à l’ensemble de la population montréalaise.

Cela étant dit, en tant que directrice de Vivre Saint-Michel en santé, je tiens à souligner la vitalité des organismes communautaires et culturels qui travaillent pour renforcer le tissu social dans le quartier. Je pense entre autres à la Maison d’Haïti qui, par l’entremise de son centre des arts, met en avant les talents des artistes tant locaux que de renommée internationale, et À portée de mains, qui organise avec les citoyens des activités de médiation culturelle et des animations dans les parcs.

Depuis le printemps 2020, les groupes œuvrant en prévention voyaient des tensions arriver et sentaient le vent tourner. Après des mois de confinement, d’apprentissages via les écrans et d’isolement social, les jeunes se retrouvaient désorientés et en perte de repères. Les parents, dont la priorité est d’offrir un toit et de mettre à manger sur la table, sont épuisés. Les programmes censés remédier à leur manque de disponibilité ne pouvaient opérer normalement.

Une fois de plus, les organismes communautaires et culturels ont su s’adapter et faire preuve de créativité. Des partenariats entre La Tohu, le Temps d’une pause, À portée de mains et d’autres ont permis d’aller en musique et en couleur à la rencontre des personnes et des familles isolées via les ruelles et les balcons afin d’offrir un message d’espoir à toute une communauté, rappeler les consignes sanitaires et renouer avec des vraies gens autrement que via un écran.

Projets structurants

La culture est une magnifique porte d’entrée pour les jeunes ; il suffit d’entendre les talents qui évoluent au sein d’organismes du quartier ou les musiciens en herbe de l’école Joseph-François Perrault. Ils sont créatifs et talentueux, leurs messages sont ancrés dans la réalité et sont communiqués sans filtre, ils ne demandent qu’à trouver des lieux à leur image où ils peuvent s’exprimer librement et en toute confiance.

Manque de chance, le bâtiment dans lequel se trouve la radio communautaire du Forum jeunesse de Saint-Michel a brûlé en août 2021. Sans autre lieu disponible, le Forum jeunesse Saint-Michel a investi le parc François Perrault tous les vendredis soir en sortant tables de pique-nique et BBQ portatifs afin de maintenir un précieux lien social.

Les projets structurants existent. Je pense notamment à la maison communautaire qui vient de se trouver, grâce à l’arrondissement, un terrain sur le boulevard Saint-Michel et au projet d’une serre « Quatre saisons » qui permettra de desservir non seulement les élèves qui suivent le cours EAU (environnement et agriculture urbaine) à l’école Louis-Joseph Papineau, mais également SAVEUR, qui est le système alimentaire qui rassemble de nombreux organismes et citoyens du quartier. Et que dira-t-on de Saint-Michel quand la carrière Francon ne sera plus le principal dépotoir à neige de la ville, mais deviendra le cœur du quartier et accueillera plutôt une multitude de services à disposition de la population de Saint-Michel ? Avec, pourquoi pas, un équipement culturel comme le suggère M. Adam ?

Si l’on veut voir les jeunes de Saint-Michel se développer pleinement, il faut un ensemble de mesures, dont deux me paraissent essentielles et urgentes : des infrastructures adéquates de proximité et un financement à la mission des groupes qui œuvrent auprès des plus vulnérables. Il s’agit d’un investissement, et non d’une dépense !

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