L’autre pandémie

Des missiles thermonucléaires russes à Moscou, le 7 mai 2021
Photo: Vadim Savitsky/Russian Defense Ministry Press Service via AP Des missiles thermonucléaires russes à Moscou, le 7 mai 2021

Aux prises avec la pandémie de COVID-19, la planète investit des ressources considérables pour trouver un remède. Peut-on continuer à agir comme si d’autres pandémies ne nous guettaient pas ? L’absence de mesures préventives pour limiter la course aux armements couve un danger planétaire qui requiert une prise de conscience mondiale.

Il est vrai que par rapport à la pandémie de la grippe espagnole, nous disposons aujourd’hui de vaccins et de contre-mesures technologiques pour lutter contre la COVID-19. La recherche d’un vaccin homologué qui a pris avantage de l’intelligence artificielle a donné des résultats en des temps records. Les statisticiens ont développé des modèles qui contribuent à prendre des décisions relatives aux mesures de confinement dans les écoles, les lieux de travail ou les déplacements.

La notion d’aplanissement de la courbe de l’évolution du nombre de cas en fonction du temps en vertu de mesures de protection a été généralement assimilée par le grand public. La préoccupation actuelle est l’effet des mutations pathogènes hautement transmissibles Delta et Omicron, qui sont responsables de flambées épidémiques à l’échelle mondiale.

L’attitude des pays par rapport à la pandémie n’a pas été uniforme. Les pays de l’Asie du Sud-est, qui ont connu les ravages du pathogène virulent du SRAS, ont agi avec fermeté et célérité. En Chine, la recherche automatisée des contacts de tout un chacun a été imposée, alors qu’au sein des sociétés occidentales, des défenseurs des droits de la personne s’y sont opposés, y voyant des mesures d’intrusion de la vie privée.

En outre, il s’est trouvé des mouvances qui ont incité la population à refuser de se faire vacciner sous toutes sortes de prétextes, allant de l’objection au contenu génétique des vaccins à la prétendue conspiration visant à réduire la population terrestre… Les pays du tiers monde sont insuffisamment vaccinés et ne disposent pas de vaccins. Toutefois, la collaboration internationale relativement à la distribution du vaccin progresse.

La pandémie qui nous guette

Selon le Stockholm International Peace Research Institute (SIPRI), les dépenses militaires mondiales ont augmenté de 2,6 % en 2020, atteignant 1981 milliards de dollars. Les dépenses militaires en pourcentage du produit intérieur brut sont en progression sur tous les continents.

Entre 2018 et 2019, les ventes des 25principales entreprises de production d’armes ont augmenté de 8,5 %, atteignant 361 milliards. Plus de 13 000 ogives nucléaires sont déployées, dont 6550 aux États-Unis et 6375 en Russie. La Chine, qui dispose de 350 ogives nucléaires, veut atteindre la parité avec ces superpuissances et refuse de participer aux traités de réduction des armes stratégiques.

Alors que la doctrine de destruction mutuelle assurée avait neutralisé les superpuissances durant la guerre froide, le développement d’armes hypersoniques change dramatiquement l’équilibre des forces sur le plan mondial. Les armes hypersoniques, qui sont capables de suivre des trajectoires quasi erratiques à basse altitude à des vitesses dépassant six fois la vitesse du son, sont particulièrement difficiles à détecter et à intercepter.

La course à l’armement hypersonique est amorcée dans de nombreux pays. Les vitesses extraordinaires atteintes augmentent les risques de fausseperception et laissent très peu de temps pour prendre la décision de réagir. Se verra-t-on enclins à confier la réaction à un algorithme d’intelligence artificielle ? La réaction en chaîne d’attaques et de contre-attaques pourrait alors avoir un effet épidémique qui raserait la planète.

Accidents

Le pouvoir destructeur grandissant des armements met en jeu des énergies thermonucléaires hors de tout contrôle. Si un accident ou un engagement militaire se produit avec l’arme atomique, sommes-nous à même de réagir à juste proportion ? L’intrusion d’un missile hypersonique dans l’ADN de la défense déclencherait une avalanche d’anticorps qui augmentent le niveau d’alerte et cherchent à s’attaquer aux points faibles de l’immunité de l’adversaire…

Faudra-t-il attendre une catastrophe pour se préoccuper de mesures préventives et neutraliser l’épée de Damoclès qui flotte au-dessus de nos têtes ? Se préoccupe-t-on seulement de modéliser le nombre de victimes, les effets des radiations et le nombre d’hospitalisations qui s’ensuivraient ? Une telle éventualité serait-elle gérable ?

De la même façon que la lutte contre la COVID-19 a incité à la collaboration de biologistes, d’épidémiologistes, de statisticiens et d’informaticiens, il est grand temps que la collaboration internationale fasse intervenir différents segments de la société pour alerter le monde du danger que représente la prolifération des armements et inviter à la table de concertation le plus simple du bon sens. Autrement, le laisser-aller en la matière revient à remettre l’avenir de la planète dans les mains des marchands d’armes.

La crise de la COVID-19 a mis en évidence la fragilité de la vie sur Terre et le miracle que constitue la survie au sein de la biosphère. Faut-il fragiliser encore plus les chances de survivance ?

Devant les dimensions inconnues de la crise de la COVID, les politiciens et les scientifiques ont proposé des mesures qui, pour le grand public, ont été perçues somme une séquence ininterrompue de pas en avant et de pas en arrière. Cette tergiversation pourrait être fatale à l’ère des engins hypersoniques. Dans la course aux armements en cours, 7,8 milliards d’âmes sont prises dans un engrenage destructif. Le leadership qui peut leur montrer la lumière au bout du tunnel manque à l’appel.

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